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Le fair play financier, descente de lit de Manchester City et des géants du continent

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Die Spieler von Manchester City jubeln

Crédit: Getty Images

ParPhilippe Auclair
14/07/2020 à 20:36 | Mis à jour 15/07/2020 à 14:34

LIGUE DES CHAMPIONS - Manchester City a remporté une victoire plus que symbolique, lundi, lorsque le Tribunal Arbitral du Sport a désavoué l'UEFA. Le club anglais ne sera pas suspendu de compétition européenne. Et cela signe l'arrêt de mort, ou pas loin, du fair play financier.

L'incrédulité qui a accueilli l'annonce du verdict du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) dans la matinée de ce lundi n'avait pas pour seule cause l'annulation pure et simple de la suspension de deux ans infligée le 14 février dernier par l'UEFA à Manchester City. On s'attendait plutôt à une réduction de peine, voire, dans le cas de figure le plus favorable (pensait-on) au club anglais, à une suspension. Mais à cela ? Personne. Il est vrai que personne ne s'attendait non plus au vrai motif de la décision du TAS.

Tenez-vous bien : il y avait prescription.

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Certaines des infractions imputées à City, et les plus dommageables, avaient été commises plus de cinq ans avant que l'UEFA ne les invoque pour justifier la mise à l'écart du club. Or l'article 37 des Règles de Procédure est clair sur ce point : au-delà de ce délai, la Chambre de Jugement de l'Instance de contrôle financier des clubs (ICFC) ne peut pas infliger la moindre punition, quelle que soit la gravité du "crime" versé au dossier.

De plus, City avait déjà été mis à l'amende le 16 mai 2014 pour des raisons similaires (à défaut d'être identiques) ; le club eut donc beau jeu de plaider que la Chambre d'Investigation de l'instance ne pouvait réouvrir un dossier qui avait fait l'objet d'un accord bipartite.

Enfin, ajoute un ami qui travailla aux services juridiques de la FIFA comme de l'UEFA, la Chambre d'Investigation de l'ICFC n'a autorité pour enquêter que sur la période de contrôle en cours - dans ce cas spécifique, les saisons 2016-17 et 2017-18. Et toutes les infractions dont City était accusées auraient été commises avant cela.

Le fond et la forme

C'est à se demander pourquoi le TAS mit si longtemps pour trancher l'appel en faveur de Manchester City - quatre mois et demi - quand les conseillers juridiques de l'ICFC et de l'UEFA avaient clairement manqué au plus rudimentaire de leurs devoirs : s'assurer que les décisions prises par ces instances fussent en accord avec les procédures qu'elles-mêmes avaient mises en place.

Le plus frustrant est que sur le fond de l'affaire, nous ne sommes pas mieux fixés qu'avant. Les accusations retenues par l'ICFC, qui avaient précipité la plus lourde sanction jamais infligée à un club par l'UEFA depuis la mise en place du FPF, ne sont citées nulle part dans le jugement du TAS, dont le texte complet sera publié dans les jours qui viennent.

L'authenticité des emails, publiés par le Spiegel, qui accablaient les dirigeants de Manchester City n'a pourtant été mise en doute par personne, pas même l'accusé, lequel ne communiqua jamais les "preuves irréfutables de son innocence" qu'il avait assuré avoir en sa possession, et se contenta de dénoncer la décontextualisation de leur contenu et les méthodes par lesquelles le magazine allemand se les étaient procurés (*).

Man City avait-il enfreint les réglementations du FPF en déguisant un financement direct par l'émirat d'Abou Dhabi sous le couvert de revenus de sponsoring ? Le jugement du TAS ne l'infirme ni ne le confirme ; mais tous les éléments mis sur la place publique à ce jour indiquent que ce fut le cas. Un email de l'ancien directeur financier de City Jorge Chumillas publié par le Spiegel stipulait ainsi que la société ADUG de Sheikh Mansour, le propriétaire du club, se chargerait de verser 57 millions de livres comme "contribution aux frais de sponsoring" de la compagnie aérienne Etihad pour la saison 2013-14. Le même Chumillas fit ensuite parvenir des factures à usage interne à deux de ses dirigeants, Simon Pearce et Ferran Soriano, qui indiquaient que 59,5 millions de livres des 67,5 millions dus par Etihad au regard de son sponsoring pour la saison 2015-16 seraient payés par ADUG, donc par l'émir. Difficile d'être plus clair. Manchester City avait de plus refusé de coopérer avec les enquêteurs de l'ICFC, ce qui est d'ailleurs la raison pour laquelle le TAS a confirmé, en la réduisant à 10 millions d'euros, l'amende infligée par l'UEFA.

Ce qui était à craindre est donc arrivé : la forme a primé sur le fond. L'UEFA avait trouvé le moyen de marquer le plus spectaculaire des buts contre son camp dans le match le plus important qu'elle ait eu à livrer depuis la mise en place du fair-play financier.

Que reste-t-il du FPF ?

Qu'en reste-t-il aujourd'hui après la gifle du TAS, de ce fameux fair-play financier ? Un tigre en papier, à moins qu'on ait fait une descente de lit de sa fourrure, dont la mâchoire ouverte fait peur aux tout-petits, mais sur laquelle les grands de ce monde peuvent s'essuyer les pieds. Le communiqué publié par l'UEFA après la publication du verdict du TAS aurait pu être bordé de noir comme un faire-part de décès.

"Ces dernières années, pouvait-on lire, le fair-play financier a joué un rôle important en protégeant les clubs et en les aidant à assurer leur viabilité financière ; l’UEFA et l’ECA restent fidèles à ses principes.

L’UEFA ne fera aucune autre déclaration à ce sujet".

On a connu des éloges funèbres plus vibrants que celui-là. Il est vrai qu'ils ne sont pas trop nombreux à verser des larmes sur le FPF, dont on nous avait assurés qu'il assainirait un football devenu follement dépensier, et qui, c'est vrai, le fit en partie si l'on s'en tient à l'équilibre financier des clubs qui participent aux compétitions de l'UEFA, mais à un coût tel qu'on en vient à regretter les errances d'antan.

Dix ans après que l'UEFA et l'ECA avaient fait cause commune pour mettre en place le FPF, cinq après qu'il devint pleinement opérationnel, le football européen est plus déséquilibré que jamais, ossifié, stratifié au point qu'il est devenu impensable qu'un nouveau-venu - l'Ajax ou l'Atalanta, par exemple - puisse se mêler à la super-élite autrement que par un accident ou un concours de circonstances que les réalités économiques auront vite fait de corriger. L'UEFA était d'ailleurs consciente des effets pervers que son FPF aurait sur ces "petits" clubs susceptibles d'être transformés par un investisseur ambitieux, et avait d'abord proposé que ceux dont le chiffre d'affaires - en 2010 - n'excédait pas 50 millions d'euros seraient exemptés des nouvelles réglementations.

Qui s'opposa à cette exemption ? L'ECA présidée par Karl-Heinz Rummenigge, représentant du Bayern Munich en son sein.

Et, au bout du compte, qui a payé cash ses manquements aux réglementations du FPF ? Quels clubs furent suspendus des compétitions de l'UEFA pour cette raison et durent purger leur sentence ? Les voici : Rapid Bucarest, Malaga, Metalurg Donetsk, Skonto Riga, Petrolul Ploiesti, et l'intrus dans cette liste, l'AC Milan, qui, il est vrai, n'est plus tout à fait le monstre d'antan malgré son étonnant réveil actuel. Les grands, eux, continuèrent de grandir, quand bien même leurs méthodes pour ce faire ne valaient pas toujours beaucoup mieux. Etonnant, tout de même, que des gabarits de ce type passent mieux entre les gouttes que ceux qu'ils écrasent à chaque pas.

Tigre en papier ou descente de lit, il est possible que le FPF ait vécu, de toute façon. L'UEFA, la main forcée par la pandémie, l'a suspendu "à titre temporaire" pour permettre aux clubs de faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire. Combien de temps ce "temporaire" durera, personne ne le sait. Le FPF, de toute façon, a sans doute vécu sous la forme qu'on lui connaissait. La sentence que le TAS a délivrée ressemble trop à une condamnation à mort pour qu'il en soit autrement.

(*) Ces emails faisaient partie des documents recueillis par le hacker et/ou lanceur d'alerte Rui Pinto, l'homme au coeur des Football Leaks.

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