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Le chant du cygne pour les leaders d'hier et d'aujourd'hui du Napoli ?

Le chant du cygne pour les leaders d'hier et d'aujourd'hui du Napoli ?

Le 24/02/2020 à 23:34Mis à jour Le 25/02/2020 à 18:55

Ce huitième de finale de Ligue des champions contre le FC Barcelone représente sans doute la dernière possibilité pour de nombreux joueurs napolitains de briller tous ensemble, avant une fin de cycle annoncée et programmée pour l’été. Un dernier acte d’amour pour des joueurs ayant fait rêver le San Paolo et s’étant approchés des sommets, avant de sombrer dans une saison très compliquée.

Le club napolitain avait d’autres ambitions. "Chaque année, on essaye d’améliorer l’équipe, avait prévenu Aurelio De Laurentiis en août, dans un entretien à ESPN. Parfois, on y arrive, d’autres fois, non. Je crois que dans les deux prochaines saisons, Naples aura plus de possibilités de gagner quelque chose d’important aussi bien en Italie qu’en Europe." De fait, quelques mois plus tard, le Napoli se retrouve à 24 points du leader, la Juve, et est même en dehors de la zone de qualification à la prochaine Ligue des champions. Un vrai coup d’arrêt alors que le club avait terminé sur le podium lors des quatre éditions précédentes.

Et aux difficultés sportives se sont ajoutées de multiples crises internes, entre la fameuse affaire de la rébellion après le match contre Salzbourg en C1 (novembre 2019) et la défiance toujours plus grande des supporters envers leur président. L’un des deux virages de supporters, la Curva B, a d’ailleurs annoncé sa décision de boycotter le huitième de finale aller de Ligue des champions contre le Barça en raison de la politique tarifaire au San Paolo. Il n’y a pas de trêve dans cette saison complexe des Partenopei et la génération dorée guidée par Benitez puis Sarri, Ancelotti et désormais Gattuso risque de finir son cycle dans un mélange d’indifférence et de déception.

Une génération biberonnée par Benitez, exaltée par Sarri

Dans les éléments de cette génération dorée, on retrouve pêle-mêle Dries Mertens et José Callejon, arrivés tous deux en 2013, mais aussi Kalidou Koulibaly (2014), Allan (2015) et le capitaine Lorenzo Insigne, revenu en 2012 de son prêt très fructueux à Pescara auprès du faiseur de talent Zdenek Zeman. Ces cinq joueurs ont tous atteint la barre des 5 saisons ensemble et ont fait les beaux jours du Napoli. Avec eux, le club de Campanie a d’abord grandi. Il s’est structuré sportivement à la faveur du professionnalisme et du perfectionnisme de Rafael Benitez. Grâce à la réputation de l’entraîneur ibérique et à l’intensification du bon travail réalisé par son prédécesseur Walter Mazzarri, l’équipe a retrouvé une certaine place sur l’échiquier européen, passant même à deux doigts de retrouver une finale de coupe d’Europe (demi-finale de l’Europa League en 2015). En faisant le choix de Benitez, le président napolitain a développé la richesse tactique de ses joueurs et les a dopés à l’expérience.

Naples a ensuite aiguillé son projet sur le style. Avec Maurizio Sarri, Aurelio De Laurentiis a confié les clés de son équipe à un bâtisseur et lui a laissé le temps de façonner son équipe, grâce aux solides fondations sur lesquelles le club reposait désormais. Le club a développé son identité, faite de football plaisir et d’opposition aux grands clubs du nord de l’Italie. Les joueurs ont beaucoup progressé, à la fois individuellement et collectivement. Les supporters ont d’abord profité du spectacle avant de rêver de titre. Il s’en est fallu de peu. Mais comme tous les autres, Naples s’est cassé les dents sur la Juve.

Kalidou Koulibaly

Kalidou Koulibaly Getty Images

L’arrivée de Carlo Ancelotti a reposé sur le besoin de se rapprocher du niveau européen. Le palmarès du technicien italien validait cette nouvelle vision. Avec lui, Naples devait profiter de son expérience, son sang-froid et de sa capacité à s’adapter. Aurelio De Laurentiis ne s’en cachait pas lors de la présentation de son nouveau Mister : "Mon meilleur coup sur le mercato, c’est Carlo Ancelotti. Il sera notre véritable avant-centre." Mais le grand écart effectué en termes de jeu a fini par avoir raison des ambitions. Cela a tenu tant bien que mal pendant un an, avant l’usure. Elle a été autant physique que mentale. Jusqu’à la rupture ces derniers mois. Depuis le début de la saison, les leaders de l’équipe sont à bout de souffle. Les membres de cette génération dorée ont tous reculé d’un, deux ou trois crans à titre individuel. Leurs performances sont à des années de celles aperçues entre 2013 et 2019. La tête commande les jambes, mais la tête ne répond plus.

Une fin de cycle douloureuse

Certains se seraient bien vus partir lors de l’intersaison 2019. Allan s’imaginait déjà au Paris Saint-Germain tandis que Mino Raiola soufflait le chaud et le froid, à son rythme comme toujours, concernant l’avenir de Lorenzo Insigne, déjà fatigué des critiques essuyées en deuxième partie de saison. Ils sont finalement restés. Si le Brésilien a été bloqué par le club, l’actuel capitaine napolitain n’attire plus les foules depuis déjà quelques mois. Malgré tous les efforts de son omnipotent agent, de gros doutes subsistent sur sa capacité à s’imposer ailleurs et les clubs ont vite été découragés par les montants réclamés par Aurelio De Laurentiis qui s’est fixé une nouvelle règle : toujours réclamer un montant à 9 chiffres pour ses joueurs.

" Les prolongations de Mertens et Callejon ? Je ne suis pas disposé à faire un grand sacrifice."

Les performances des deux joueurs affichent quelques rares "très haut" et de nombreux "très bas" cette saison. L’affaire de la rébellion dans laquelle le Brésilien et l’Italien ont été deux des leaders a fini par marquer l’usure avec une entité à la fois sportive et managériale. Volcanique, le président napolitain entretient des relations ambiguës avec ses joueurs, n’hésitant pas à aller les allumer dans la presse lorsque les prestations ou le comportement ne sont pas au niveau de ses attentes.

Dries Mertens et José Callejon, en fin de contrat en juin prochain, l’ont eux aussi constaté en octobre dernier. "Les prolongations de Mertens et Callejon ? Je ne suis pas disposé à faire un grand sacrifice, avait-il expliqué à Sky Sport. Chaque joueur a une valeur en fonction d’où il joue, de ses performances et de son âge. Si ensuite, quelqu’un veut aller racoler en Chine parce qu’il sera surpayé pour vivre deux ou trois années de merde, c’est son problème." Pour la sérénité et la paix des ménages, on repassera.

Un dernier Tango au San Paolo

Si selon les derniers échos d’Italie, Dries Mertens négocie encore pour prolonger son contrat, même si l’issue est hasardeuse, de son côté, Callejon semble se diriger vers la sortie, tout comme Allan, en rupture totale avec le président. Le flou demeure autour des cas Lorenzo Insigne, encore en difficultés sur le terrain cette saison mais qui n’a pas un marché aussi élevé que le rêve son président, et Kalidou Koulibaly. Le défenseur sénégalais affiche depuis le début de la saison des prestations très inquiétantes et est en plus bloqué à l’infirmerie depuis sa blessure contre Parme mi-décembre.

Lorenzo Insigne

Lorenzo InsigneGetty Images

Naples a déjà anticipé cette fin de cycle en recrutant à tour de bras cet hiver : Stanislav Lobotka, Diego Demme et Matteo Politano ont déjà rejoint le club en janvier, tandis que les arrivées d’Amir Rrahmani (Hellas) et Andrea Petagna (SPAL) sont déjà bouclées pour cet été. Montant de l’investissement ? 85 millions d’euros. Sans qualification en Ligue des champions, des ventes seront programmées et la génération dorée est dans le collimateur.

Ce match face au Barça offre une dernière grande occasion aux hommes de Gennaro Gattuso de se montrer fidèles à tous les rêves qu’ils ont pu procurer à leurs supporters depuis plus d’une demi-décennie. Il n’en va pas seulement d’une très hypothétique qualification, mais aussi et surtout d’un héritage, d’une passion, d’une émotion. Et quel meilleur endroit que le volcanique San Paolo pour saisir cette occasion ?

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