Le problème des magiciens, c’est qu’ils parviennent toujours à s’en sortir. Un simple tour et vous voilà touché d’amnésie. Pour un instant de magie, on oublie tout et on remercie. Voilà le rôle des esthètes dans le football, le devoir des élégants : rappeler en un geste, un dribble, une passe ou une simple feinte que la beauté est au moins aussi cardinale que l’efficacité. Même si on a trop tendance à l’oublier.

Houssem Aouar fait partie de ce gang-là. Chaussettes hautes, tête levée et pied de velours. Comme son idole Zinédine Zidane, le jeune Lyonnais a cette faculté à rendre les choses simples et donc belles. Ce qui est beau est rare. Et donc précieux. Mais pas toujours ponctuel. A l’heure dans les grands moments. Mais traînant des pieds au quotidien.

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L’aller, condensé de son talent encore trop intermittent

Ce vendredi, Aouar achèvera peut-être sa troisième saison complète à l’OL. Peut-être la dernière puisque son départ semble acté et que Tuttosport affirmait pas plus tard que jeudi que la Juve était bouillante dans ce dossier.

Il y a de quoi la comprendre : cette saison, en Ligue des champions, Aouar a été impressionnant. De caractère d’abord pour permettre aux siens de se relancer face à Leipzig avec un tour de magie dans une finale pour la qualification en 8es (2-2). De maîtrise technique ensuite avec cette manche aller où ses feintes, ses prises de balle et son accélération côté gauche ont permis à Tousart de mettre Lyon dans une situation enviable avant ce match retour (1-0).

Houssem Aouar, élu homme du match face à la Juventus

Crédit: Getty Images

Les supporters lyonnais n’ont pas été surpris. Signe qu’il a quelque chose en plus, Aouar élève toujours son niveau dans les chocs. Dès son premier derby en novembre 2017, il avait donné le tempo d’une équipe touchée par la grâce mais violente face à son ennemi stéphanois (0-5). En mars 2018, c’est malade et diminué qu’il avait éclaboussé le Vélodrome de son élégance (2-3). Face à Manchester City, l’an passé, Pep Guardiola était tombé raide dingue de sa vista et son intelligence tactique (2-2).

Quelle trace à l’OL ?

Tout ça, c’est côté pile. Côté face, c’est un autre Houssem. Quand l’OL ne tourne pas rond, comme ce fut souvent le cas cette saison, il a parfois tendance à disparaître. Et reste cette question de fond : où le placer dans la hiérarchie des "pépites lyonnaises" © par rapport à ses prédécesseurs ? Aouar n’a pas connu les joies d’un titre national comme Karim Benzema ou Sidney Govou. Il n’a pas connu l’ivresse d’un parcours européen comme celui de l’OL 2017 des Lacazette, Fekir et autres Tolisso. Pire, pour cet amoureux du foot, il n’a jamais connu un OL sûr de son ADN et convaincu que c’était à lui qu’il fallait laisser les clés du camion.

Parfois trimbalé sur le côté gauche de l’attaque, parfois utilisé en récupérateur dans un 4-2-3-1 censé mettre Nabil Fekir dans les meilleures dispositions, Aouar a souffert de sa polyvalence. Et d’un niveau technique bien moindre à ses côtés. L’arrivée de Bruno Guimaraes a coïncidé avec un regain de forme bienvenu. Mieux entouré, on se sent tout de suite moins esseulé.

Voilà donc le dernier défi de l’esthète Aouar. Laisser une trace dans l’imaginaire lyonnais avant d’aller monnayer ses talents ailleurs. Il n’y aura ni titre (a priori), ni podium. Mais il reste la possibilité du grand soir. Celle qui marque les esprits durablement et fait oublier tout le reste. Alors, ce vendredi, les fans de l’OL ne demandent qu’une chose : un dernier tour de magie pour prolonger un peu le plaisir.

Houssem Aouar

Crédit: Getty Images

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