La réputation est intacte mais la dynamique est grippée. Connu et reconnu pour être l'une des machines à cash du Vieux Continent, Porto est désormais sérieusement confronté aux limites d'un modèle qui s'est essoufflé. Là où le mercato était autrefois l'un des rouages de sa santé sportive, il est aujourd'hui, avant tout, une bouée de sauvetage économique l'empêchant de se construire un projet de fond. Moins souverain sur son territoire, il n'est plus bâti, non plus, pour réussir des coups en Coupe d'Europe. Même s'il a pris l'avantage (2-1) sur la Juventus, qu'il retrouve ce mardi (21h00) en huitièmes de finale retour de Ligue des champions.
D'ici quelques semaines, les Dragons fêteront d'ailleurs le 10e anniversaire de leur dernier titre européen. C'était en C3, avec André Villas-Boas et une équipe "pornographique" comme ils ne pourraient plus en construire aujourd'hui. À l'époque, Porto comptait encore avec la tierce propriété pour s'offrir des talents - Sud-américains pour la plupart - et les faire exploser aux yeux de l'Europe.

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Le principe ? Le club ne détenait qu'une partie des droits économiques d'un joueur, le reste étant partagé avec un ou plusieurs fonds d'investissement. Le FCP pouvait ainsi s'offrir des éléments plus chers (donc plus talentueux) alors que les entreprises tierces, elles, profitaient de la vitrine offerte par l'équipe portista pour se garantir une importante plus-value à la revente.

750 millions d'euros d'indemnités de transferts en quinze ans

Hulk, James Rodriguez, Radamel Falcao... D'innombrables joueurs marquants du club au XXIe siècle ont été achetés grâce à ce système. Et Porto s'y retrouvait : de 2000 à 2015, année où la FIFA a décidé d'interdire la tierce propriété, les Dragons ont décroché neuf titres nationaux, une Ligue des champions, deux C3... et généré environ 750 millions d'euros d'indemnités de transferts sortants.
Mais lorsque la plus haute instance du football a sévi, et même si la TPO (Third-party ownership) a évolué sous d'autres formes, le club des bords du Douro a dû réajuster son modèle. Rendu incapable de rivaliser avec d'autres entités européennes sur le marché d'Amérique du Sud, Porto s'est tourné vers des éléments du championnat portugais. Moins jeunes, moins talentueux et mais aussi moins chers et moins rentables.

Le but de Taremi après à peine plus d'une minute de jeu lors de Porto - Juventus, le 17 février 2021

Crédit: Getty Images

Cette saison, son meilleur buteur s'appelle Mehdi Taremi, un attaquant international iranien révélé au Qatar et arrivé en provenance de Rio Ave en septembre dernier contre un peu moins de cinq millions d'euros. La moyenne d'âge de son onze-type approche les 29 ans et les joueurs Sud-américains régulièrement utilisés par Sergio Conceição se comptent sur les doigts d'une main.
Bref, ce Porto-là tranche franchement avec celui qu'il était il y a dix ans et, à vrai dire, l'arrivée de l'ancien entraîneur de Nantes, en 2017, a accéléré le processus. À l'opposé des techniciens issus de la filière universitaire, le coach de 46 ans a pu bâtir un groupe à son image : solide, homogène et parfois même un peu rustre.

Et maintenant, Porto vend ses oeufs avant de les voir éclore

Porto tente donc de faire de la résistance mais il est chahuté. Sur les cinq dernières années, son grand rival, le Benfica, a enlevé plus de titres que lui. Cette saison, c'est son autre ennemi juré, le Sporting, qui semble bien parti pour décrocher la timbale. Et ce pourrait ne pas être un hasard : longtemps dans l'ombre des deux autres Grandes, le club lisboète s'est (re)construit autour de son centre de formation. Sur ses onze joueurs ayant cumulé le plus de temps de jeu en championnat cette année, quatre ont été formés au club.

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Pour Porto, la formation est également un sujet existentiel. Moins performant que ses ennemis du Sud dans le domaine, il s'efforce tout de même à façonner de jeunes joueurs avec un intérêt bien plus financier que sportif. Alors qu'il ne peut plus vendre grassement des jeunes talents brésiliens, colombiens ou uruguayens pour éponger une partie de ses dettes colossales, le club azul e branco se sert maintenant de son propre centre pour équilibrer les comptes. Ces dernières années, Diogo Dalot, André Silva ou encore Ruben Neves ont ainsi permis de récupérer des dizaines de millions d'euros et d'assurer le sauvetage économique du club.
Certains éléments sont même poussés dehors avant même de s'installer en équipe première. C'est ainsi que Fabio Silva, attaquant de 18 ans, a été vendu à Wolverhampton pour 40 millions d'euros l'été dernier alors qu'il n'avait pris part qu'à une vingtaine de matches avec l'équipe première. Jorge Mendes, le super-agent portugais, avait assuré une négociation sans fioriture. Il est également passé près d'envoyer Diogo Leite, un jeune défenseur à peine sollicité par Conceição, au Valence CF, un autre club sur lequel il dispose d'un certain pouvoir sportif.
Partie remise ? Sûrement. Parce que Porto, asphyxié financièrement, n'a pas le choix que de vendre ses œufs avant de les voir éclore. Tant pis pour le terrain. Tant pis pour les belles histoires. La prochaine victime d'un modèle ultra-fragile pourrait d'ailleurs être Francisco Conceição. Le fils de Sergio.

Francisco Conceicao, fils de Sergio, ici lors d'un match opposant Porto à Boavista, le 13 février 2021

Crédit: Getty Images

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