Longtemps, pendant l’ère Cristiano Ronaldo, le jeu du Real Madrid a pris la forme d’un concerto d’Antonio Vivaldi : l’orchestre devait mettre à l’honneur le jeu virtuose du violoniste. Le Portugais avait les traits d’un caprice de Niccolo Paganini. Pour exister, il fallait suivre la partition écrite pour et par CR7. Là où beaucoup se seraient agacés et lassés, Karim Benzema a persévéré. Confronté à la concurrence de Gonzalo Higuaín et Álvaro Morata, le Gone a subi les critiques, les quolibets, la bronca aussi, parfois, du public versatile du Santiago-Bernabéu.
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15/06/2022 À 16:35
Au moment où KB Nueve prolonge en 2017, il lui reste encore deux saisons de contrat. La Casa Blanca lui propose une rareté : deux ans supplémentaires alors qu’il fête ses 30 ans trois mois plus tard. Florentino Pérez fait une exception. Peut-être parce qu’il a vraiment voulu le Français et qu’il s’est accommodé de la présence de Cristiano Ronaldo, recruté par son prédécesseur Ramón Calderón (FloPer a même essayé de casser le contrat signé en décembre 2009 mais la pénalité de 30 millions d’euros à verser à Manchester United l’en a dissuadé).
Peut-être aussi parce que Benzema n'a jamais joué de la vielle à roue pour négocier une augmentation. Cette confiance mutuelle aboutira en août dernier à une nouvelle prolongation jusqu’en 2023, alors qu’à cet âge, théoriquement, le Real Madrid ne propose qu’une seule saison supplémentaire et une autre en option, même quand on s’appelle Sergio Ramos.

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Trop précieux

Aujourd’hui, Grand Jacques, c’est trop facile. Facile d’empiler les chiffres, les classements, les titres. Facile de constater que Karim Benzema est le joueur à avoir le plus porté le numéro 9 de toute l’histoire du Real Madrid, derrière l’indétrônable Carlos Santillana et ses 17 temporadas. Facile de le placer au sommet des favoris pour ce Ballon d’Or désormais attribué sur une saison complète et non sur une année civile. Facile d’édulcorer, voire d’oublier les méandres de son parcours merengue.

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Au soir d’une nouvelle nuit de folie contre Manchester City, Marca ne tarissait pas d’éloges pour l’international tricolore qui s’est arraché pour dévier une ouverture d’Eduardo Camavinga et la convertir en offrande pour Rodrygo, début d’une remontada dans la plus pure tradition vikinga. Des airs de flûte enchantée : "35 M€ et un avion privé affrété pour un aller-retour Madrid-Lyon-Madrid, c'est ce qu'a coûté l'un des recrutements les plus rentables de l'histoire du Real Madrid et qui, 13 ans après son arrivée au Santiago-Bernabéu, touche le Ballon d'Or des deux mains.
Seuls Florentino Pérez, celui-là même qui s'est rendu dans la ville française pour s'asseoir dans le salon de l'attaquant afin de le faire signer au Real Madrid, et Benzema lui-même, ont cru qu'il pourrait un jour être le meilleur joueur du monde". Amen.

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Comme un ange (qui pleure)

Pellegrini, Mourinho, Ancelotti, Benítez, Zidane, Lopetegui, Solari : tous les entraîneurs de Benzema ont eu à répondre aux invectives de la presse à son encontre. Mourinho est le seul à l’avoir allumé publiquement et sa tirade du chat est toujours dans les mémoires. La saison de la Décima, KB9 est sifflé par le Bernabéu. Une rumeur annonce son départ à Chelsea et l’arrivée de Falcao à la Casa Blanca.

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Le reproche est toujours le même : Benzema joue adagio plutôt que vivace. Après le Clásico perdu à domicile en décembre 2017 (0-3), AS l´étrille dans un article titré : "Benzema ou jouer à 10" : "seulement 2 buts en Liga et 14 buts toutes compétitions confondues sur toute l’année 2017, des statistiques indigne d’un numéro 9 du Real Madrid (…). Zidane continue de s’obstiner maladivement avec Benzema et la seule réponse qu’il reçoit de la part de son protégé est une série de désastres".
Le quotidien sportif madrilène dégaine une nouvelle fois la sulfateuse en 2018, alors que le secteur offensif est en panne d’inspiration et que l’ombre de CR7, parti à la Juventus, se fait de plus en plus oppressante : "Benzema est incapable de faire un travail duquel il a toujours été exonéré".

La joie de Karim Benzema après son but face à Levante

Crédit: Getty Images

Défendu par son entraîneur, KB9 en prend pour son grade, au point qu’il n’est plus perçu comme un titulaire et encore moins comme un leader : "la déclaration de Lopetegui, sincère ou politique, contraste avec l’opinion des supporters madrilènes". Des supporters madrilènes qui réclament à cor et à cri son remplacement dans le XI de départ par… Mariano Díaz !

Persistance rétinienne

Il a donc fallu que Karim Benzema attende 2020-2021 pour enfin vivre une saison sans critique. Son intelligence tactique, son altruisme et sa sérénité pour marquer ont fait de lui l’alpha et l’omega d’une équipe qui s’en remet exclusivement à lui pour exister. Olivier Messiaen avait l’oreille absolue, lui a le football absolu et le Real Madrid est son orchestre.

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Mariano Díaz, tout comme Luka Jovic acheté à prix d’or, jouent les utilités. Gareth Bale quitte la Casa Blanca en fin de contrat, sans tambours ni trompettes. Gonzalo Higuaín a connu de beaux moments en Serie A mais sa dernière très grande saison remonte à 2015-2016 avec Naples.
Quant à Cristiano Ronaldo, il n’a jamais pu remporter la Ligue des Champions avec un troisième club et égaler Clarence Seedorf. Depuis qu’il a quitté Karim Benzema, il n’a plus jamais connu un dernier carré de C1. La reconnaissance tardive comme Compay Segundo. Mais au son cubain, KB Nueve préfère le merengue. Un point commun avec Florentino Pérez certainement.
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