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Avant Borussia Dortmund-Real Madrid : Mats Hummels, sous sa juste valeur
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Publié 31/05/2024 à 00:16 GMT+2
Unanimement salué comme homme intelligent et joueur intègre, Mats Hummels a l'occasion de couronner sa carrière en soulevant le trophée de la Ligue des champions. Jusqu'ici, et malgré des performances parfois magistrales, le patron de la défense du Borussia Dortmund n'a pas pleinement bénéficié de la reconnaissance qu'il mérite, notamment dans son club formateur du Bayern Munich.
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Video credit: Eurosport
"L'un des hommes les plus importants, sinon le plus important, pour cette finale, est évidemment Mats Hummels." Arne Bensiek, journaliste au quotidien Der Tagesspiegel et spécialiste du Borussia Dortmund, est on ne peut plus clair. Et s'appuie sur des faits qui parlent d'eux-mêmes : le patron de la défense des Jaune et Noir a disputé la totalité des douze rencontres de Ligue des champions de son équipe cette saison, terminant trois fois "homme du match". Il ne lui reste plus qu'à soulever le prestigieux trophée de vainqueur de la compétition, après la Coupe du monde il y a dix ans et surtout après avoir échoué la saison d'avant en finale (1-2) contre le Bayern – son précédent, futur et seul autre club.
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Mats Hummels en finale de la Ligue des Champions 2021-2013, face à Arjen Robben.
Crédit: Getty Images
Ce, sans esprit de revanche particulier sur son propre parcours, qui l'a mené de Munich à Dortmund (en 2008), puis de Dortmund à Munich (en 2016), et enfin de Munich à Dortmund (en 2019). Pourtant, "Mats Hummels a sans aucun doute été sous-estimé à Munich", affirme Arne Bensiek. "Sinon, le Bayern ne l'aurait pas laissé filer à l'âge qu'il avait quand il est parti (28 ans, ndlr). Et il aurait vraisemblablement pu terminer sa carrière en Bavière. À l'époque, c'est déjà son déficit de vitesse qui l'a condamné à la catégorie de ceux qui ne sont pas dignes du Bayern. Les Bavarois considéraient qu'il leur fallait des défenseurs centraux aptes à répondre à la vitesse des attaquants d'aujourd'hui. C'était leur exigence. À Dortmund, où l'on fait traditionnellement venir des joueurs qui ne sont pas du tout premier chapeau, les dirigeants se sont dit : "Il nous connaît, et s'il veut revenir, on le prend. Si ce n'était pas Hummels, on ne pourrait certainement pas se payer un défenseur de cette qualité." Et il faut bien admettre que, contrairement au retour de Götze, celui d'Hummels est une réussite totale."
La demi-finale contre le Paris Saint-Germain en est évidemment l'illustration éclatante puisqu'il a été élu homme du match... à l'aller et au retour ! "Ni Paolo Maldini, ni Sergio Ramos, ni Fabio Cannavaro n'ont réussi pareille performance...", susurre Arne Bensiek, "même s'il faut convenir que ces derniers jouaient dans des équipes plus dominatrices. Mais Hummels mérite tous les superlatifs dans la mesure où il a répondu présent exactement au moment crucial. Et ces superlatifs, tu ne les reçois pas si tu n'es pas, au moins par moments, un joueur de classe mondiale. En d'autres termes, Mats Hummels peut encore jouer à ce niveau. Contre Mbappé ou Dembélé, il a compensé son déficit de vitesse par un jeu de position extrêmement précis. Il a très bien senti les situations, il a parfaitement anticipé, ce qui lui a permis de remporter une grande partie de ses duels. Et, il ne faut pas l'oublier, il a eu la petite part de chance sans laquelle ce jugement de ses performances, et de celles de tout le secteur défensif du BvB, serait évidemment très différent..."
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Mats Hummels a été excellent face au PSG en demi-finales de Ligue des Champions 2023-2024.
Crédit: Getty Images
En ne convoquant pas Hummels dans son groupe pour l'Euro, le sélectionneur de la Mannschaft voit les choses comme le Bayern. "C'est le déficit de vitesse du joueur de Dortmund qui est la raison principale de son absence", juge Arne Bensiek. "Dès lors qu'il ne fait pas partie des titulaires – qui sont, pour Nagelsmann, Rüdiger et Tah –, la partie est perdue pour lui puisqu'il est considéré, même s'il s'en défend, comme un mauvais remplaçant, quelqu'un qui met le bazar quand il est sur le banc. Tant mieux pour Dortmund, puisque cela accroît sa motivation et sa soif de revanche pour la finale de la Ligue des champions. Il va vouloir se montrer, encore un fois, sous son meilleur jour. Et, qui sait, couronner sa carrière avec le titre. S'il joue un rôle important dans cette finale, plus personne ne pourra le sous-estimer. Et la lecture de sa carrière et de son palmarès en sera très différente. Mais il peut aussi être débordé trois fois en vingt minutes par Vinicius et le Borussia mené 0-3 très tôt dans la partie ! Et là, on dira qu'en demi-finale, il a simplement eu de la chance..."
D'autres fois, ce fut plutôt de la malchance. Comme lorsqu'il a manqué une énorme occasion de la tête lors du 3e match de poule de la Coupe du monde 2018 contre la Corée du sud. Un match douloureux pour lui aujourd'hui encore, ainsi qu'il l'a rappelé cette semaine dans une interview accordée à l'hebdomadaire Sport Bild. Alors, il se prépare tout particulièrement pour cette finale. "À la maison, je regarde beaucoup de matches du Real et je me demande ce que j'aurais fait dans telle ou telle situation. Et je trouve des solutions", explique-t-il. Peut-être son passé de joueur offensif – chez les jeunes du Bayern, dans les années 2000, il évoluait même devant Toni Kroos sur le terrain – l'y aide-t-il.
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Mats Hummels avec les Juniors du Bayern Munich, le 4 juin 2006.
Crédit: Getty Images
Étalé dans la presse tabloïd, le feuilleton de sa séparation avec Cathy Hummels, influenceuse de poids, n'a jamais vraiment abîmé son image et le bonhomme passe, en Allemagne, comme un joueur d'une grande intégrité, capable de faire circuler des messages forts, qui refuse par exemple pour des raisons familiales tout transfert vers un exotique pays lointain. Un joueur impeccable, doté d'une tête bien faite. Qui lui permet d'analyser avec mesure la décision du sélectionneur. "Je conçois qu'un groupe s'est formé depuis mars", lâche-t-il. "À titre individuel, c'est une amertume car je suis persuadé de faire partie des cinq meilleurs défenseurs centraux d'Allemagne à l'heure actuelle. Si j'avais été à mon niveau d'aujourd'hui au moment de la nomination de mars, je ferais peut-être partie du groupe. Mais pour un tel tournoi, il ne s'agit jamais de faire appel aux 26 meilleurs joueurs ; il faut que les remplaçants soient ravis de faire partie de l'aventure", juge le champion du monde 2014. "À la place du sélectionneur, je ferais pareil."
29 Klassiker, un record
Reste que la reconnaissance sportive du natif de Bergisch Gladbach n'a jamais parue totale. "À 18 ans, personne ne me promettait une carrière de top niveau mondial", se souvient-il. "Si l'on m'avait dit, alors, que je pourrais avoir ce parcours, j'aurais signé ne serait-ce que pour la moitié. Et pourtant, il y a eu des moments où cela aurait pu être mieux encore." Comme lors de son second chapitre bavarois (2016-2019) où, bien que systématiquement champion d'Allemagne, il n'a disputé que 74 rencontres et s'en est allé deux ans avant la fin de son contrat. À Munich, fin mars, où il disputait son 29e Klassiker (un record), il a répondu à sa non-convocation en équipe nationale en livrant une prestation défensive prodigieuse – placement, anticipation, gestuelle, tacles décisifs, sauvetages spectaculaires, toute la panoplie y est passée –, forçant la presse locale à lui attribuer la meilleure note, le titre d'homme du match, et à convenir que sa convocation pour l'Euro, aux côtés de son compère de la défense Nico Schlotterbeck, serait légitime. Un malentendu, sans doute.
Dans la Ruhr, Hummels jouira un jour ou l'autre du statut de légende, dès que les supporters les plus exigeants lui auront pardonné la parenthèse de trois saisons au Bayern. Début avril, il franchissait la barre des 500 matches officiels avec le club – seul Michael Zorc, l'homme qui l'a recruté en prêt début 2008, le devance, désormais, avec 572 apparitions –, tutoyant les 300 victoires et la quarantaine de buts. Cela fait désormais 16 saisons consécutives que le grand brun inscrit au moins un but en Bundesliga, un record partagé avec quelques autres poids lourds du football allemand. À 35 ans, il envisagera seulement après la finale d'éventuellement prolonger son contrat à Dortmund. Étant donné son influence sur le jeu et le vestiaire jaune et noir, le remplacer serait un sacré chantier, même si le jeune Filippo Mané, 19 ans, se tient prêt pour cet été...
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Mats Hummels face à Darmstadt, le 18 mai 2024.
Crédit: Getty Images
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