Ligue des champions | Barrages | A Newcastle, les folies, c'est désormais de l'histoire ancienne
Eurosport sur GoogleAlors que Newcastle affronte Qarabag pour les barrages, sa puissance financière n'est plus la même. Un temps vanté comme "club le plus riche du monde", adossés à leurs propriétaires saoudiens, les Magpies n'ont pas eu beaucoup de résultats malgré de grosses dépenses. Avec les fluctuations actuelles du baril de pétrole, le projet ne paraît plus prioritaire au sein du royaume du Golfe.
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Le quotidien The Independent l'affirmait en janvier 2024: "Newcastle est le club le plus riche du monde". Seules les réglementations du fair-play financier version anglaise (les"profit and sustainability rules", ou PSR) pouvaient freiner son essor. Les Magpies avaient un propriétaire aux moyens quasi-illimités, l'Arabie Saoudite, qui entendait faire du club de la Tyne l'un des porte-étendards de sa stratégie de conquête du sport mondial. Un futur champion d'Angleterre. Un futur champion d'Europe.
Quand il s'agissait des Saoudiens et du sport, on ne parlait plus en millions, mais en milliards, et même en dizaines, en centaines de milliards pour ce qui est de l'argent qu'ils avaient investi et entendaient investir dans le golf, la F1, la boxe, les e-sports, et mêmes les sports d'hiver, avec le football, évidemment, au premier rang. C'est qu'on savait déjà que le royaume dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane serait l'hôte de la Coupe du Monde en 2034. Les jeux étaient faits, quand bien même ce ne soit que début décembre 2024 que la Fifa de Gianni Infantino officialisa la nouvelle après un processus de "sélection" qui tenait de la mascarade.
Aucune recrue cet hiver
Deux ans plus tard, les choses ont bien changé sur les bords de la Tyne. Le "club le plus riche du monde" vit une saison morose. On a entendu quelques huées pour le moins inhabituelles (à tout le moins depuis le départ du honni Mike Ashley) à St James Park au début de ce mois, quand Brentford s'y imposa 3-2. Newcastle avait désormais perdu 19 points après avoir mené au score en cette saison de Premier League, une triste statistique dans laquelle il était difficile de ne pas lire l'impact d'une fatigue tout aussi bien mentale que physique au sein d'un groupe il est vrai miné par les blessures (*).
Eddie Howe assure pourtant qu'il a toujours le soutien de ses propriétaires... pour ce qui est de son poste. Car il en va tout autrement pour ce qui est de leur appétit pour de nouvelles dépenses. L'été dernier, incapable de retenir Alexander Isak, auteur de 23 buts en 34 matches de Premier League, Newcastle avait aussi échoué dans sa tentative d'attirer Hugo Ekitiké, ne pouvant rivaliser avec l'offre faite par Liverpool à Eintracht Frankfurt, et avait dû se rabattre sur Nick Woltemade.
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La cession du buteur suédois au même Liverpool, pour 145 millions d'euros, avait certes donné les moyens à Howe d'étoffer son effectif à la veille d'une saison qui serait des plus chargées. Outre Woltemade, Anthony Elanga, Yoane Wissa, Jacob Ramsey et Malick Thiaw avait pris le chemin de St James Park; mais était-ce là le recrutement d'un club qui se donnait pour objectif avoué de viser le titre il y a deux ans seulement ?
Le désengagement progressif des propriétaires saoudiens s'est de nouveau fait sentir cet hiver, et de manière encore plus amère pour son manager, quand Newcastle, encore en lice sur quatre fronts, donnait d'inquiétants signes d'essoufflement. Pas un seul joueur ne rejoignit le club le mois dernier. Pas un seul.
Et pas de C1 en vue
14èmes de PL au Boxing Day, 10èmes aujourd'hui après leur première victoire en cinq rencontres (face à un Tottenham en perdition), les Magpies, également surclassés en demi-finale de la Coupe de la League par Manchester City, pointent aujourd'hui à 21 points du leader Arsenal et à neuf longueurs de Manchester United, quatrième. Sauf miracle, la Ligue des Champions se jouera sans Newcastle en 2026-27.
Pour rappel, aucun club au monde n'avait dépensé autant que Newcastle sur le marché des transferts pendant l'année calendaire 2022, qui suivit son acquisition par le fond souverain saoudien PIF en octobre 2021 : 243,5 millions d'euros net, seulement 20 millions de moins que ce que Liverpool investit l'été passé dans un mercato alors qualifié de "démentiel".
Deux ans plus tard, changement de cap à 180 degrés, malgré la présence des Magpies en C1 et un chiffre d'affaires record de 370 millions d'euros, dû en grande partie aux très généreux partenariats commerciaux passés avec des entités liées à l'Arabie Saoudite. La saison 2024-25 se conclut avec un solde positif de plus de 20 millions sur le marché des transferts. Le temps du dépenser sans compter est bel et bien fini.
Le pétrole décide du destin de Newcastle
Comment expliquer un tel retournement de situation ? Howe a fait mieux que tenir sa part du marché conclu avec ses employeurs. Il avait sauvé un club qui pointait à la 19ème place du classement lorsqu'il en reçut la charge, début novembre 2021, et finit cette saison-là à la 11ème. L'année suivante, les Magpies se qualifiaient pour la Ligue des Champions pour la première fois depuis près de deux décennies et parvenaient en finale de la Coupe de la League. Le 16 mars 2025, leurs supporters célébraient leur premier trophée depuis la Coupe des Villes de Foire de 1969, une Coupe de la League acquise face à Liverpool, rien que cela, dans un Wembley en feu. Newcastle décrochait aussi in extremis une nouvelle place en C1. Howe n'a pas à rougir d'un tel bilan.
Certes, Newcastle doit se conformer aux "PSR" citées plus haut. Ayant tant dépensé dans un premier temps, il était logique que le club réduise la voilure pour ne pas risquer le genre de punition qui frappa Everton et Nottingham Forest il y a deux ans ; mais la vraie cause du recul sensible des propriétaires saoudiens est ailleurs : ils ont pris conscience de ce que leurs moyens ne sont pas "infinis" comme on l'avait dit un peu vite.
Et ils le sont d'autant moins que leur économie est à la merci des mouvements du prix du pétrole. Un baril de brut produit en Arabie Saoudite se vendait 85$ en moyenne en 2023. Il se négocie à 64$ aujourd'hui, soit une dépréciation de presque 25%, alors que la vente de pétrole et de gaz naturel constitue plus de la moitié des revenus du gouvernement saoudien. Il est compréhensible que l'on s'interroge désormais à Riyadh sur le bien-fondé des investissements colossaux dans le sport ordonnés par Mohammed ben Salmane.
Néom, projet en pause
C'est ainsi que les Jeux Asiatiques d'hiver, que l'Arabie Saoudite devait organiser en 2029, ont été reportés "indéfiniment", la faute aux dépenses en infrastructure qu'ils supposaient. La station de Trojena, partie intégrante de NEOM, le plus pharaonique des projets de "Mb"S (coût estimé: 8,8 mille milliards de dollars US, dix-sept fois plus que prévu), ne sera pas prête à temps. Le sera-t-elle jamais?
Et quid des quinze stades censés accueillir les matches du Mondial de 2034, qui sont tous à construire ? Là aussi, on marque une pause. Ceux qui étaient prévus (et figuraient dans le dossier soumis à la Fifa) sont désormais trop chers à bâtir. Leurs architectes ont été priés de retourner à leurs ordinateurs et d'en concevoir des versions plus modestes.
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La construction du Mukaab, ce "mégaprojet" qui devait abriter 100 000 habitants (!), s'est interrompue, alors que les fondations avaient été posées. La fameuse "Ligne" de gratte-ciels de 170 kilomètres qui devait accueillir 1,5 million de personnes à NEOM d'ici 2030, ne fera finalement que 2,4 kilomètres de long.
Avouez que dans tout cela, on comprend que Newcastle United FC ne fasse pas partie des priorités du gouvernement saoudien, plus pour le moment en tout cas. Rien de plus logique que le club se mette à tousser lorsque son propriétaire s'enrhume.
(*) Les joueurs de Newcastle avaient manqué un total de 640 jours de la présente saison sur blessure au 20 janvier 2026, davantage que quelque autre club de Premier League alors.
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