Ligue des champions I Côme - Leipzig I Cesc Fabregas, l'ascension express d'un entraîneur à part
Eurosport sur GoogleÉlu meilleur entraîneur de la saison passée en Serie A, Cesc Fabregas poursuit son ascension à Côme, qui va découvrir la Ligue des champions pour la première fois de son histoire face à Leipzig ce jeudi (21h). Déjà suivi par les plus grands clubs européens, l'ancien milieu de terrain s'impose comme l'un des techniciens les plus prometteurs de sa génération.
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Il y a les joueurs qui décident de s'arrêter pour ensuite faire une pause, faire le point, et décider la tête reposée de ce que sera leur futur proche. Puis il y a ceux qui, une fois les crampons raccrochés, décident de rempiler tout de suite et sans attendre. Cesc Fabregas, lui, appartient à cette deuxième catégorie.
Après 21 années au plus haut niveau et un palmarès somptueux, auréolé, outre le titre mondial, de deux Euros, d'un championnat d'Espagne, d'un Mondial des clubs, d'une Coupe d'Espagne, de deux titres de champion d'Angleterre avec Chelsea et de deux Coupes d'Angleterre avec les Blues et Arsenal, l'ancien milieu de terrain espagnol décidait, une fois son ultime pige à Côme terminée (2022-2023), d'accepter l'offre des dirigeants de l'ambitieux club lombard de devenir entraîneur de la Primavera (l'équipe réserve, principalement composée de jeunes, ndlr). Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a bien fait.
Depuis trois ans, Cesc Fabregas n'a cessé de gravir les échelons au sein du club le plus riche d'Italie. Si les moyens qui lui sont mis à disposition à chaque mercato sont colossaux (encore 165 millions d'euros dépensés cet été, presque 300 millions sur les trois dernières saisons), le jeune technicien est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs en Italie. Si ce n'est le meilleur, d'ailleurs, lui qui vient de recevoir le trophée de coach de l'année après avoir qualifié Côme pour la Ligue des champions pour la première fois de son histoire. En trois ans, l'équipe lombarde est passée de la Serie B au top 4 de l'élite. En cinq, de la troisième division aux étoiles de la C1. Aujourd'hui, Fabregas est la grande figure de proue du projet sans limite de la famille Hartono.
Nous recherchons la beauté du jeu
Si vous demandez à la plupart des observateurs du Calcio, tous (ou presque) vous répondront que les Comaschi sont magnifiques à voir jouer. "Côme, c'est l'équipe qui produit le meilleur jeu", confirmait Thierry Henry en février dernier sur le plateau de CBS. Le Français est d'ailleurs actionnaire minoritaire du club lombard, où il fréquente notamment Raphaël Varane, membre du conseil d'administration et dirigeant.
"Côme a quelque chose de plus que tout le monde dans le jeu (...) C'est l'équipe qui joue le meilleur football en Italie", abondait Fabio Capello en juin à la Milano Football Week. Un football moderne, offensif, novateur. Fabregas a su faire bouger les lignes et créer un modèle pour tout un mouvement jugé parfois trop conservateur.
"Je crois de moins en moins au joueur avec un poste bien défini. Donnez-moi un joueur qui comprend le football et que je peux faire jouer à droite, à gauche, en 9, en 10, en 6 ou en 8", expliquait-il cet été dans une longue interview au Corriere dello Sport. Selon lui, le football est de moins en moins lié aux positions et de plus en plus aux duels, à l'intelligence et à la capacité d'adaptation : "C'est pour cela qu'un joueur intelligent, fonctionnel, est beaucoup plus important qu'un joueur limité par son poste."
Questionné sur ces propos, Luis Enrique lui avait emboîté le pas. "Je devrais voir l'interview de Fabregas, qui montre son niveau d'entraîneur, c'est incroyable ce qu'il fait avec Côme. Je pense que l'entraîneur a ses propres schémas. Je pense que le plus important, c'est de s'adapter aux joueurs. Je fais les choses différemment de quand j'étais dans d'autres clubs. On cherche à progresser, à changer, car les adversaires s'adaptent. C'est passionnant pour moi, et c'est ma motivation. Je suis d'accord avec Fabregas, si tu n'as pas de mobilité, tu ne peux pas surprendre. Il faut trouver de nouvelles clés pour se renouveler", estimait l'entraîneur du PSG en conférence de presse. Un adoubement ?
Courtisé par les plus grands
C'est en tout cas cette philosophie que Fabregas a cherché à imposer à Côme : "Nous sommes partis de zéro. Même de moins dix, en essayant d'imposer une nouvelle culture et de nous donner une identité." Fabregas le rappelle : pour lui, l'objectif n'est pas seulement de gagner, mais aussi de proposer un football reconnaissable entre mille. Une phrase résume sa pensée : "Nous recherchons la beauté du jeu." C'est ce qui a notamment attiré Maxence Caqueret, en janvier 2025.
"C'est un mix entre le jeu espagnol, avec de la possession, des ressorties de balle par derrière, et du jeu à l'italienne, résumait l'ancien Lyonnais à L'Equipe. Le coach s'adapte car il sait que c'est un championnat tactique, donc il en met, que ce soit offensivement ou défensivement, pour que chaque joueur sache quoi faire le week-end. C'est très important dans le foot d'aujourd'hui car tous les adversaires font de la vidéo et te connaissent très vite. Après, il est très proche des joueurs. Le fait qu'il soit retraité depuis peu (été 2023) permet cette proximité. C'est vraiment intéressant car il donne beaucoup de conseils mais toujours de façon très explicite. Il t'explique facilement ce qu'il veut et ce qu'il attend. Il ne va pas venir te parler pendant trente minutes, il lui en faut cinq pour que ça rentre. Il est aussi à l'écoute, on peut lui poser des questions, ne pas être d'accord et il va s'expliquer. Il a réussi à créer un groupe qui vit"
En Italie, Fabregas possède toutes les qualités recherchées aujourd'hui par la plupart des grands clubs. C'est un jeune entraîneur, moderne, ambitieux et très porté sur le jeu, qui préfère l'intelligence et la polyvalence de ses joueurs aux positions figées. Une vision qui séduit bien au-delà des rives du lac de Côme. Arrigo Sacchi, ancien entraîneur historique de l'AC Milan et référence absolue en matière de jeu en Italie, a notamment salué son parcours : "Il a étudié dans les meilleures universités du football européen : Arsenal et Barcelone. Il a assimilé le goût du jeu. Quand on a Wenger et Guardiola comme professeurs, il est difficile de se tromper."
Son ancien coéquipier à Chelsea John Terry est encore plus élogieux : "Il a le meilleur cerveau footballistique que j'aie jamais vu. Je pense qu'il deviendra un entraîneur de très haut niveau." Des compliments qui illustrent la cote grandissante de Fabregas et expliquent pourquoi son nom revient désormais régulièrement lorsqu'un banc prestigieux se libère. Ce fut notamment le cas à l'Inter Milan l'an passé, lorsque Simone Inzaghi a claqué la porte après la finale de Ligue des champions face au PSG. Les Nerazzurri ont tout tenté, mais Côme a résisté.
Ces deux derniers étés, Fabregas a également été annoncé dans le viseur de l'AC Milan, de la Roma, de Naples et du Bayer Leverkusen, mais son choix n'a jamais changé : "Quand je prends une décision, je n'en change pas. Non, je n'ai jamais été proche de quitter Côme. J'avais été très clair avec mon président. Par respect, j'écoute les autres, car cela me permet d'expliquer mes raisons à ceux qui m'accordent de la valeur, à ceux qui me sollicitent."
De l'autre côté des Alpes, tous lui prédisent (sans trop se mouiller) un futur dans un très grand club. Au Barça, par exemple, où il a évolué entre 2011 et 2014 ? Pas impossible tant sa philosophie colle à l'identité historique du club catalan. Le Camp Nou pourra en juger par lui-même le 27 janvier prochain, lorsque Côme s'y déplacera en Ligue des champions.
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