France - Belgique, Freluquet, "tard-mature", discret : Charles De Ketelaere incarne pourtant la relève du football belge

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LIGUE DES NATIONS - Sélectionné par Roberto Martinez pour affronter l'équipe de France à Turin ce jeudi en demi-finales de la Ligue des Nations, Charles de Ketelaere profite de sa forme internationale pour signer sa troisième convocation chez les Diables Rouges. Avant cette demi-finale de Ligue des Nations, zoom sur l’un des plus grands talents offensifs en devenir du football belge.

Charles De Ketelaere midfielder of Belgium during a training session of the Belgian Red Devils at the Belgian National Football Center Base Camp prior to the semi final match against France during the UEFA Nations League Finals on October 5, 2021 in Tubiz

Crédit: Getty Images

100 % de dribbles réussis, 88,8 % de passes réussies. Le 15 septembre dernier, et à seulement 20 ans, l’attaquant du Club de Bruges Charles De Ketelaere a ébloui l’Europe du football face au PSG, mettant sur les rotules le capitaine parisien Marquinhos et son compère Presnel Kimpembe, contraint au partage des points (1-1) dans un Jan Breydelstadion en fête.
Du haut de son mètre quatre-vingt douze, ce natif de Bruges éblouit par son intelligence, son sens du placement et sa dévotion collective, l’une des notions fondamentales de son jeu. Pourtant, le talent noir-jaune-rouge ne faisait pas partie des pépites marquées sur le calepin des entraîneurs en équipe de jeunes. Sa réussite dans le monde professionnel, il l’a doit à l’audace d’un homme, Philippe Clément : "Il est le coach qui lui a fait confiance, là où ses entraîneurs chez les jeunes étaient moins convaincus", nous confie Matthias Dierckx, supporter et chroniqueur dans l’émission "De Knokke" consacrée au Club de Bruges.

Entre le tennis et le football...

Comme un coup de fil du destin, c’est dans ce même Jan Breydelstadion face au Paris Saint-Germain mais deux ans plus tôt que le grand dadais au physique de jeune premier débute sa carrière chez les adultes. Titularisé à la surprise générale en lieu et place du capitaine néerlandais Ruud Vormer, Charles De Ketelaere épate au poste de milieu central et la "manita" subie par le Club en devient même anecdotique au regard du sang-froid et de l'audace dont il fait preuve durant 57 minutes.
Les yeux des observateurs se posent alors sur ce gamin du cru passé par toutes les catégories d’âge au Club de Bruges : prédestiné à devenir champion national de tennis, sport dans lequel il brille puisqu’il évolue à un très haut niveau, maniant le coup droit comme le revers avec habilité, Charles De Ketelaere se retrouve face à un "match-point" imposé par ses parents. Il doit choisir: la petite balle jaune ou le ballon rond. Intervient alors une notion capitale inhérente à son éducation et sa personnalité, idée que nous retrouverons plus tard dans son jeu, l’esprit d’équipe : ne voulant pas mener une vie de nomade voyageant d’un continent à l’autre à la recherche de son meilleur niveau, son coach pour seul partenaire, il délaisse le tennis à 16 ans pour se concentrer sur un sport collectif et sa carrière au Club de Bruges.
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Presnel Kimpembe à la lutte avec Charles De Ketelaere

Crédit: Getty Images

Avec les "tard-matures"

"De l'avis de tous les entraîneurs qui l'ont accompagné au Club de Bruges, De Ketelaere n’a jamais fait partie des meilleurs. Chez les jeunes, il oscillait entre une place sur le banc et parfois, il était titularisé mais à aucun moment, il n’a vraiment excellé et surtout, il avait un gabarit, maigre, freluquet, calme, discret, qui ne faisait pas du tout de vague, sans sautes d’humeur… Il ne sortait pas du lot", nous confie Matthias Dierckx du podcast "De Knokke".
Ce caractère docile l’a sans doute aider à Bruges. Il y a des clubs où les jeunes avec du caractère sont recherchés, chez les Blauw en Zwart, on préfère la discrétion… et la polyvalence. Alors que certains "prospects" se plaignent lorsqu’ils n’évoluent pas à leur poste de prédilection, Charles De Ketelaere cultive l’art d’être au service des autres à tel point qu’il n’a jamais vraiment détenu un poste fixe sur le terrain.
Thierry Siquet, qui le sélectionne avec les U17 belges pour affronter le Danemark, le positionne en défense central gauche "mais je joue milieu de terrain coach!", répondra-t-il à l’entraîneur belge, qui poursuit : "À l'époque, il évoluait avec la deuxième équipe que l'on appelait les ‘tard-matures’ c’est à dire des garçons à maturité tardive qui doivent encore se développer physiquement avant d’évoluer avec l’équipe représentative de la Belgique. Nous, on le faisait jouer en défense centrale car on avait pas les joueurs adéquats à ce poste mais lui s'en sortait très bien! On sentait qu'il avait déjà cet instinct, ces capacités d’infiltration, de pénétration et de frappe au but."
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Youri Tielemans midfielder of Belgium & Charles De Ketelaere midfielder of Belgium during a training session of the Belgian Red Devils at the Belgian National Football Center Base Camp prior to the semi final match against France during the UEFA Nations L

Crédit: Getty Images

Une polyvalence qui lui permet d'élargir sa palette

La saison dernière, alors que le Club se déplace à Dortmund sans ses deux latéraux gauche, c'est lui-même qui dépanne Philippe Clément et arpente le couloir dans un système à 3-5-2 où il affronte Jadon Sancho. Il passe une soirée difficile (le Club perdra 3-0 avec un but de l’international anglais) mais ne démérite pas. Lorsque Hans Vanaken, maître à jouer des Brugeois est absent, il prend sa place en meneur de jeu et lorsque ce sont les ailiers qui manquent à l’appel, il s’adapte et emprunte les deux côtés sans discuter, même si il est moins à l’aise à ce poste où il n’a marqué que deux buts depuis ses débuts en professionnel.
Si le niveau de certains joueurs peut parfois baisser lorsqu’ils sont obligés de dépanner à différentes postes, Charles De Ketelaere y trouve l’opportunité idoine d’engranger de l’expérience. Ainsi, il améliore sa science du mouvement avec ou sans ballon et intègre une nouvelle responsabilité dans l’animation tactique qui l’entoure. Là où certains perdent leurs repères, lui en gagne de nouveaux. Mieux encore, sa science du sacrifice et son volume de jeu – "il a une endurance au-dessus de la moyenne" nous confiait son sélectionneur avec les U17 Thierry Siquet - augmente sa lucidité et sa capacité à comprendre le mouvement de ses coéquipiers dans l’espace. Ce qui devait être une sinécure devient bénédiction.

Menacé en 2020, il explose comme titulaire en puissance

Une carrière se construit sur du toupet et de la réussite: après sa première saison, en 2019- 2020, il effectue une préparation estivale catastrophique et l’idée de le prêter dans un club moins huppé émerge dans l’esprit de son entraîneur, Philippe Clément. Le coach belge en attend plus de lui et Waasland-Beveren, alors toujours en première division belge, montre son intérêt. Charles De Ketelaere ne l’entend pas de cette oreille. Alors qu'il se sent menacé par le spectre d'un départ temporaire, l’attaquant brugeois se réveille, éclabousse les deux matches suivants de son talent et amène le staff brugeois, pas fan des buteurs alors à leur disposition, à reconsidérer son statut au sein du groupe.
S’en suit une saison 2020-2021 où le faux numéro 9 s’impose comme titulaire en puissance mais dont le potentiel est affaibli par sa polyvalence selon Matthias Dierckx, notre supporter/chroniqueur : "Cela a été l’année de la confirmation où il a montré sa capacité à jouer au plus haut niveau mais ses statistiques n’étaient pas toujours suffisantes, ce qu’on lui reprochait beaucoup". Seulement deux petits buts en 11 matches disputés sur le front de l'attaque brugeoise, un maigre bilan personnel arrondi par cinq passes décisives qui nous amène à reconsidérer, malgré son positionnement, le véritable rôle multidimensionnel de l’international belge.
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De Ketelaere, Bruges-Zenit, Champions League

Crédit: Getty Images

Il veut évoluer prioritairement dans l'axe

"Cela ne m’étonnerait pas que Roberto Martinez lui fasse confiance contre la France et qu’il ne soit pas là uniquement que pour regarder les autres…", confie Thierry Siquet, désormais sélectionneur des U18. "Il a le respect d’une certaine hiérarchie mais n’a pas peur de dire ce qu’il pense et c'est un de ses atouts". Comme lorsqu’en mai dernier, lors du dernier match de championnat et sur la pelouse de l’ennemi juré du Sporting d’Anderlecht où le Club fêtait son 17e titre de champion de Belgique, il profite d’un micro tendu par le diffuseur officiel, sourire saillant mais non-innocent aux lèvres, pour confirmer qu’il compte rester chez les Blauw & Zwart à ses conditions : Charles De Ketelaere veut évoluer prioritairement dans l'axe du jeu la saison suivante car plus propice à son développement.
Pas de doute, "Charlie" sait ce qu'il veut. Sa tête bien-faite, son caractère unique au profil malléable séduit le sélectionneur des Diables Rouges qui ne peut compter pareil profil parmi les talents dont la Belgique jouit déjà. Plus que jamais, cet ancien espoir du tennis belge a fait de sa science du service une force et ce sont toutes les défenses adverses qu’il devrait bientôt mettre à revers…
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