Quoiqu'il arrive dimanche, un Français remportera la Ligue des Nations. Une certitude qui fonctionne dans l'autre sens, puisqu'un Espagnol est assuré de soulever le trophée. Deux hommes possèdent en effet la double nationalité : Aymeric Laporte, le défenseur central de la Roja. Et Théo Hernandez, piston gauche des Bleus. Deux hommes qui symbolisent à merveille l'entremêlement des deux sélections et les frontières poreuses entre elles.
Les frères Hernandez, Aymeric Laporte et même Antoine Griezmann, quatre joueurs qui n'ont jamais défendu les couleurs de clubs français, auraient tous pu, à un moment ou un autre de leur carrière, enfiler chacune des deux tuniques. Ce dimanche, l'Espagne aurait pu former les trois quarts de sa ligne défensive avec des joueurs nés en France. Seul Laporte a cédé aux sirènes de la Roja après, pourtant, des convocations à Clairefontaine. Les frères Hernandez, eux, ont longtemps hésité.
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Griezmann, Laporte : la France les boude, l'Espagne les accueille

Selon Marca, Théo Hernandez avait lui entamé des démarches pour rejoindre les rangs ibériques, et il est allé jusqu'à snober un rassemblement avec les Espoirs français : "On va dire aussi qu’on ne m’avait pas poussé à y aller, peut-être que certaines personnes espéraient peut-être que je choisisse l’Espagne", se confiait-il en 2019. Aujourd'hui, il s'en défend : "Dès le début, je voulais jouer avec la France, je suis né ici, c’est mon pays, a-t-il rectifié vendredi en conférence de presse. C’est vrai que l’Espagne me voulait, mais pas moi." Ce ne fut pas le cas de son grand frère : "L'Espagne m'a tout donné. Si on m'appelle, j'y vais", déclarait Lucas sur TVE, douze jours avant de rejoindre Clairefontaine pour la première fois en mars 2018.
Des arguments repris par Laporte, recalé notamment par le centre de formation de l'OM, au moment d'officialiser son choix : "Ce que m’avait donné l’Espagne, tout au long de ma carrière et pas que maintenant, n’a rien à voir avec la France." L'Espagne a aussi "tout donné" à Antoine Griezmann. Lui-aussi, refoulé par une petite dizaine de centres de formation français, a fini par trouver son bonheur dans le Pays basque, à la Real Sociedad.
Je pense en français, mais, quand je m'énerve, c'est plutôt en espagnol
Sans la Liga, l'équipe de France n'aurait peut-être jamais profité de son talent. L'Espagne l'a adopté, l'a façonné et il aurait même pu, lui aussi, se laisser tenter par le maillot de la Roja. "Quand j'avais 14 ans, il y a eu une approche, on m'a dit qu'on aimerait que je joue avec les équipes de jeunes en Espagne, confiait-il en juin 2016 au Parisien. Ensuite, il n'y a plus eu de contact, du moins pas directement."

antoine griezmann, real sociedad, la liga

Crédit: AFP

Dans ce même entretien, le champion du monde assumait sa double culture : "Je pense en français, mais, quand je m'énerve, c'est plutôt en espagnol." Né à Marseille, les frères Hernandez, eux, ont rejoint l'Espagne très jeunes (4 ans pour Lucas, 3 ans pour Théo). "Je parle mieux espagnol que français, avouait sans mal l'aîné lors de sa première conférence de presse à Clairefontaine en mars 2018. J'ai un peu l'accent comme vous pouvez le voir. Tout ça est vrai, mais ça n'empêche pas que mon pays, c'est la France et que c'est une fierté pour moi de défendre le maillot Bleu." Leur culture est hispanophone et il n'est pas étonnant d'avoir vu les deux frangins entonner le même standard mexicain lors de leur bizutage en sélection : la Bamba.

Le refuge de Benzema

Sur le terrain, il n'est d'ailleurs pas rare côté français d'entendre des "Vamos !" lors des célébrations. Ce fut le cas face à la Belgique par Karim Benzema, qui défend lui aussi les couleurs d'un club espagnol depuis 12 ans. Tout comme Raphaël Varane, membre éminent du Real Madrid durant 10 ans avant de rejoindre Manchester United cet été. L'Espagne a fait d'eux les références mondiales qu'ils sont aujourd'hui. Vénéré de l'autre côté des Pyrénées, KB9 (lire KB nueve et non pas KB neuf…) n'a jamais joui de la même cote de popularité en France et il y a trouvé refuge, comme Franck Ribéry en Allemagne avant lui, alors que sa sélection l'a boudé durant six ans. "Que ce joueur ne participe pas à l’Euro, c’est un crime", pouvait-on lire dans Marca avant que Deschamps le rappelle en mai dernier.

Karim Benzema a inscrit son 200e but en Liga avec le Real Madrid

Crédit: Getty Images

Autant dire que l'équipe de France n'a jamais été aussi hispanophile. Alors que la génération 1998 (Zidane, Deschamps, Thuram) a été formatée par l'exigence du football italien, alors que la suivante (Henry, Vieira, Pirès, Wiltord, Gallas) s'est révélée sur les pelouses de Premier League, c'est aujourd'hui l'Espagne qui a construit une grande partie des Bleus de Deschamps. Mais chacun a les idées claires : "Si on perd, Koke va me chambrer tous les jours. J’aimerais bien être celui qui chambre un peu lundi", rappelait dans un sourire Griezmann vendredi. Autrement dit, pas question de faire des faveurs. Ils aiment l'Espagne, ils adoreront la battre ce dimanche.
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