Le buste haut, le regard fier, il fait défiler à ses côtés tous ses potes. Antoine Griezmann, Kylian Mbappé, Karim Benzema, Anthony Martial : ils prennent tous, tour-à-tour, la pause avec le patron de l'équipe de France façon fidèles qui cherchent la bénédiction du saint homme. Paul Pogba ne lâche pas le trophée et étire la nuit milanaise au milieu d'un parterre de confettis. Il l'a bien mérité. Si la France a retrouvé son rang, elle doit en grande partie à son interminable milieu de terrain, formidable capitaine de route, aboyeur en chef, rampe de lancement. Pogba est tout ça et bien plus encore. Au crépuscule d'une année internationale qui l'aura vu prendre une autre dimension au sein de l'équipe de France. Son équipe de France.
A l'Euro, principal danger des Bleus, il avait déjà gagné en épaisseur en gavant ses attaquants (Mbappé, Benzema) de munitions dont ils n'ont pas toujours fait bon usage et il dut parfois s'occuper lui-même d'exécuter la sentence en nettoyant les lucarnes comme en 8e de finale face à la Suisse. Mais ce gadin lui restera en travers de la gorge. Parce qu'il a mis un terme à l'aventure et parce que c'est lui qui perd ce fichu ballon au milieu du terrain au bout du temps réglementaire. Il le gardera au fond de lui tout l'été. Mais Pogba est un champion et sa réaction en Italie, après un mois de septembre maussade en Bleu, témoigne aussi de sa force de caractère.
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Leader expressif entre les générations
"On n'est jamais rassasiés, on a soif de victoire", témoignait-il dimanche après avoir posé avec la terre entière devant le kop des Irrésistibles Français. Il est le garant de cet état d'esprit qui a (ré)animé les Bleus face à la Belgique puis l'Espagne. Il guide, secoue, réveille. C'est lui qui a sonné le tocsin quand, percutée par les Belges ou hypnotisée par les Espagnols, la France était plongée dans le formol. En demie, son discours mobilisateur à la pause ("Si on met un but, on va les faire douter… On est la France") a réveillé tout le monde. En finale, il a commencé par mettre le pied, et une grosse semelle à Busquets, quand aucun Français n'osait mettre l'orteil. Et sa colère noire dirigée à l'encontre d'un Benjamin Pavard amorphe a complètement secoué le cocotier.
Il fut le premier à mettre les intentions. "Oui, il a pris de l'importance par rapport à ses débuts, témoignait Deschamps en début de semaine dernière. C'est un leader expressif qui se situe entre les générations. Il a cette réflexion collective". Pogba jette des ponts entre Griezmann et Mbappé par exemple. Il remonte les bretelles quand ça ne va pas mais soude aussi avant et après que l'orage a grondé. Tout cela n'aurait pas beaucoup de valeur si, sur la pelouse, il n'était pas dans le ton de ce qu'il demande aux autres. On peut lui reprocher sa légèreté passagère dans la discipline tactique en première période sur les deux matches de Ligue des Nations mais c'est une péripétie au regard de ce qu'il apporte.

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Virtuosité des grands compas, force dissuasive du gabarit

Quand la France souffre, et elle a beaucoup souffert entre Piémont et Lombardie, il est l'un des rares, pour ne pas dire le seul, à pouvoir lui donner de l'air par ses sorties de balle autoritaires. Soit par la virtuosité de ses grands compas, soit par la force dissuasive de son gabarit. Le résultat est, au fond, le même. De nombreuses fois, il a rattrapé son équipe par le col, elle qui s'avançait face au gouffre. "On doit faire mieux, on le sait, a-t-il avancé. Le résultat, c'est la victoire. Si c'est comme ça qu'on doit gagner… pourquoi pas !" Oui, les Bleus peuvent faire mieux. Lui aussi. Mais en attendant, cela suffit.
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