On avait fini par l'oublier et elle avait complètement disparu des débats depuis la rentrée internationale. La situation en club d'Olivier Giroud a fini par devenir un non-sujet. Face à son réalisme en Bleu, à l'enchaînement de sélections probantes, à son statut d'indispensable, sa crédibilité n'était plus vraiment mise en cause et il semblait filer vers l'Euro dans la peau d'un titulaire indiscutable et indiscuté.
L'effritement soudain, et un peu inattendu avouons-le, de son statut s'est déroulé en trois temps samedi soir : la feuille de match de Portugal – France (0-1), la prestation collective des Bleus en général et d'Anthony Martial en particulier et, si un doute demeurait, les déclarations sans équivoque de Didier Deschamps après la rencontre. Le sélectionneur ne fait rien par hasard. Tout est calculé minutieusement pour faire passer des messages. Démarrer le choc de cette Ligue des Nations, le match le plus important avant l'Euro, sur le banc de touche, ne ressemblait pas à une promotion pour Olivier Giroud. Et il fallait déjà lire la titularisation de Martial comme une menace.

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Un système qui n'est plus taillé que pour lui

Dans ce système, le 4-2-3-1 utilisé en Russie, Giroud a toujours figuré comme la seule et unique option en pointe. Seuls les tests en 4-4-2 ont permis à Anthony Martial ou Kylian Mbappé de chiper quelques titularisations dans l'axe notamment face à la Croatie en octobre dernier. Ce samedi, ce n'était plus une expérimentation. A Lisbonne, Deschamps a fait des choix et aligné la meilleure équipe possible. Giroud n'en faisait pas partie. Martial, si.
La rencontre a validé les options prises par le sélectionneur. Et ce samedi marquera peut-être un tournant dans la carrière internationale de Giroud, et par miroir celle de Martial. Les Bleus ont signé leur meilleure prestation collective depuis la Coupe du monde dans un match qui avait tout d'un grand rendez-vous : par son intensité et par la valeur de l'adversité. Titulaire à l'aller, Giroud s'était cassé les dents sur la forteresse portugaise sans jamais trouver la faille.

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Un match qui laissera une trace

Au moment où l'enjeu dépassera la Ligue des Nations, où l'Allemagne, la Hongrie et le Portugal, de nouveau, se présenteront face à eux, Deschamps se souviendra de ce rendez-vous de Lisbonne. Il se souviendra que, ce soir-là, les Bleus ont dominé individuellement, collectivement et techniquement l'un des favoris de l'Euro. Il se souviendra que Martial avait débuté la rencontre. Bien sûr, il n'a pas marqué et il a beaucoup raté face à Rui Patricio. Mais, avec lui, les Bleus ont mieux joué. Le Mancunien a créé des espaces et ses appels dans le dos de la défense ont apporté une alternative à ce que propose l'équipe de France depuis quelques mois.

Anthony Martial lors du match amical opposant l'équipe de France à la Finlande, le 11 novembre 2020

Crédit: Getty Images

S'il serait bien cavalier d'affirmer que Martial a gagné sa place de titulaire pour l'Euro et que l'avenir de Giroud, qui nous a appris qu'il ne fallait jamais le condamner, passe par le banc, les propos de Didier Deschamps après la rencontre tracent une vraie direction. Et c'est peu de dire que le sélectionneur a appuyé son argumentaire. Avec trois arguments massues :
  • Alors qu'elle ne faisait plus l'actualité, DD a rouvert, sans que personne ne lui demande, le débat la situation délicate en club de Giroud, barré à Chelsea par la nouvelle armada offensive. Une façon de fragiliser sa place en Bleu et de lui lancer un ultimatum :
"Olivier, c'est obligé qu'il soit impacté, d'abord avec la situation qu'il a en club, en sachant que c'est un grand gabarit et qu'il a besoin de rythme, c'est dur (…). Forcément, il a tout intérêt à ce que ça ne perdure pas, pour lui, pour rester compétitif, mais il ne faut pas oublier ce qu'il a fait avec nous et ce qu'il est encore capable de faire."

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  • Pour justifier son choix, le sélectionneur a choisi aussi d'insister sur le profil d'un Martial qui apporte autre chose que le champion du monde en pointe :
"Je fais les choix qui me semblent le mieux pour l'équipe de France. Avec Anthony qui est bien, cela nous permet d'avoir un peu plus de profondeur (…). Il a un profil différent mais qui donne des options."
  • Et finalement, ce dimanche dans Téléfoot, Deschamps a enfoncé le clou en saluant la performance de Martial face au Portugal :
"Je suis malheureux que Martial n'ait pas été récompensé par un but. Il a cette capacité à prendre la profondeur, et d'enchaîner dans la zone de vérité. Il est revenu à son meilleur niveau."
Si l'heure n'est pas encore à une passation de pouvoir officielle, ce samedi a installé un énorme doute. Didier Deschamps ne l'a pas dissipé. Bien au contraire. Pour Giroud, l'heure n'est plus désormais à l'avertissement mais à la menace. Une menace nommée Martial.
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