Camavinga, plus haut, plus fort ? "Un talent de créateur qu'on n'imagine pas"
Par Glenn Ceillier
Publié 03/09/2020 à 23:15 GMT+2
LIGUE DES NATIONS – Alors qu'il découvre l'équipe de France, Eduardo Camavinga évolue plus haut sur le terrain avec le Stade Rennais cette saison, de quoi lui permettre de démontrer son savoir-faire dans les derniers mètres. Ce qui interroge sur son poste pour l'avenir. Mais ceux qui l'ont vu grandir ont une idée assez précise sur la question.
Eduardo Camavinga avec Rennes
Crédit: Getty Images
C'est tout le charme des jeunes talents : il est toujours tentant d'essayer de deviner quels footballeurs ils vont devenir. Et c'est un jeu très alléchant avec Eduardo Camavinga. Depuis son entrée dans le grand bain professionnel un soir d'avril 2019 à Angers, à 16 ans et 5 mois, le jeune prodige du Stade Rennais ne cesse de nous bluffer. Et, avant de découvrir l'équipe de France de Didier Deschamps cette semaine, il a encore réussi son coup en marquant un but sublime contre Montpellier (2-1), grâce à une accélération, des passements de jambes et des feintes de corps dignes d'un ailier. De quoi s'interroger sur son poste sur le long terme.
Ses premiers pas en pro, Eduardo Camavinga les a réalisés au cœur du jeu, devant la défense. À une place de sentinelle ou de relayeur, où il a brillé par sa capacité à jouer juste, à conserver le ballon et à presser ses adversaires. Avec sa technique et sa maturité, il est vite sorti du lot. Et pas seulement pour une question de précocité. "La saison dernière, on a appris à découvrir un phénomène sur le plan de la qualité technique, des passes, du pressing avec cette capacité à gicler dans les pieds adverses et de ne pas lâcher le ballon. En revanche, il était un peu inhibé sur le côté offensif", estime cependant notre confrère Benjamin Idrac, qui le connait parfaitement pour l'avoir suivi depuis ses plus jeunes années pour Ouest-France.
Si les attentes sont déjà énormes, la palette de Camavinga semble beaucoup plus large qu'on pouvait le penser. Et Julien Stéphan, son entraîneur à Rennes, est en train une nouvelle fois de lui donner les moyens de le démontrer en l'alignant dans un milieu à trois avec Steven Nzonzi et Benjamin Bourigeaud. "Si Julien (ndlr : Stéphan) recrute des joueurs comme Nzonzi pour asseoir sa défense, c'est qu'il a certainement une idée derrière la tête et souhaite donner plus de liberté à un garçon qui a un talent de créateur que l'on n'imagine pas. Au fur et à mesure, je le vois gonfler ses stats", prévient Patrick Rampillon, l'ancien directeur emblématique du centre de formation du Stade Rennais.
Plus haut sur le terrain, plus libre aussi de dézoner et d'aller apporter le danger par sa vision du jeu et sa technique, le milieu de terrain élancé (1,82m, 68 kg) affiche d'autres qualités. Plus offensives. Sans grande surprise pour ceux qui le connaissent bien. "Mathieu Le Scornet (l'adjoint de Julien Stéphan, qui a repéré Camavinga et l'a fait venir à Rennes) m'avait glissé en fin de saison dernière qu'Eduardo était à 60% de ce qu'il peut faire. Les 40% qu'il manque, c'était les 25 derniers mètres adverses. Sur le début de saison, on voit le vrai Eduardo, comme il évolue plus haut sur le terrain", nous confie Benjamin Idrac.
Après deux journées, "Cama" compte d'ailleurs déjà un but et une passe décisive. Et c'est tout, sauf du hasard. "Dans les équipes jeunes et en réserve, il était habitué à beaucoup plus marquer, à faire basculer des matches en provoquant des fautes et des penalties. Avec sa capacité à dribbler, à aller déséquilibrer une défense, il était très influent et déterminant dans les 30 derniers mètres adverses", se rappelle encore notre confrère chez Ouest-France, qui précise : "En jeunes, il a quasiment joué à tous les postes : libéro, ailier et même une saison entière comme attaquant à 12-13 ans. Il a des réflexes de finisseur, de passeur et à la récupération." "J'étais pas plus défensif que ça en arrivant en Ligue 1, j'ai pris gout à ça", a d'ailleurs avoué cette semaine le natif de Miconje.
Alors, à quel poste le faire jouer pour exploiter au mieux ses qualités immenses ? "Quelqu'un qui est doué techniquement, qui respire le foot et est juste dans ses transmissions - et quand je dis juste, c’est-à-dire, au bon moment, au bon endroit et avec la bonne dose -, obligatoirement, ce sont des qualités recherchées dans les 30 derniers mètres", constate Patrick Rampillon. "Il ne sera jamais un numéro 9 ou un ailier de débordement, mais il est capable d'entreprendre dans les 30-40 derniers mètres et de créer. On risque de le retrouver un peu plus haut dans le jeu. Eduardo a un esprit créateur. Il est capable de donner un avant-dernier ballon ou un dernier ballon, mais il pourra aussi terminer lui-même les actions car il a tout pour."
De là à penser qu'il peut se retrouver en 10 dans un 4-4-2 par exemple, il n'y a qu'un pas… qu'il ne faut visiblement pas franchir. "J'ai posé la question à Julien Stéphan, nous avoue Benjamin Idrac. Il m'a dit non car dos au but, ce n'est pas son registre. Ce serait l'utiliser dans un répertoire plus restreint et perdre ses qualités de vitesse, d'évitement, de percussion. Mais si on se pose question, c'est aussi qu'on ne l'imagine plus numéro 6. Sa vraie zone de terrain, c'est le 8 dans un 4-3-3. Si tu l'utilises numéro 6, tu l'utilises bridé. Il est trop loin de la zone d'influence directe par rapport à ce qu'il peut apporter".
C'est bien connu, il faut bien sûr ne jamais dire jamais. En fonction du profil de son équipe et comme il l'a déjà fait à ses débuts en pro, Camavinga pourra évidemment toujours rendre de nombreux services plus bas sur le terrain si le besoin s'en fait sentir, grâce à ses multiples talents. "L'équipe qui a le plus de talents est certainement l'équipe avec le plus de créateurs quel que soit les postes, et dans cet esprit-là, il peut se retrouver dans le rôle des deux sentinelles devant la défense", estime Patrick Rampillon, qui conclut : "Je suis sûr que Julien (Stéphan) sait où il peut le conduire et qu'il en a encore un petit peu sous la semelle. Et comme c'est un individu de qualité avec un entourage à la hauteur de son talent, j'espère que ça durera pour qu'on le voit encore grandir."
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