Le premier adversaire de Thomas Tuchel, nouveau sélectionneur des Three Lions : l'Angleterre elle-même

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Ancien entraîneur du Borussia Dortmund, du PSG et de Chelsea, notamment, Thomas Tuchel prendra les rênes de l'équipe nationale d'Angleterre à partir du 1er janvier 2025, comme cela a été officialisé ce mercredi. Une décision qui suscite déjà un certain scepticisme, voire des critiques outre-Manche. Le nouveau sélectionneur des Three Lions n'est pas anglais.

Thomas Tuchel, nouveau sélectionneur de l'Angleterre.

Crédit: Getty Images

Pour la troisième fois de son histoire, l'Angleterre a donc choisi de placer le destin de son équipe nationale entre les mains d'un étranger, en l'occurrence Thomas Tuchel. Pour la troisième fois, les mêmes questions ont été posées.  Ceux qui les avaient déjà mises sur la table du temps de Sven-Göran Eriksson et de Fabio Capello - ils sont toujours là, aux aguets, prêts à défendre leurs Three Lions de la griffe et des dents - ne se demandent même pas pourquoi ils s'acharnent à les ressasser maintenant. Ce n'est pas une vieille habitude. C'est devenu un réflexe.
Un étranger. Un Allemand, en plus. UN ALLEMAND, en majuscules, comme on put le lire sur la première page d'un tabloïd ce mercredi 16 octobre.  Bobby Moore s'en retourne dans sa tombe. Il n'y aurait donc pas un seul entraîneur anglais digne de se faire descendre en flammes dès la première anicroche ?

Insupportable aveu d'impuissance

Et la réponse, évidemment, est que, non, il n'y en a pas. Aucun manager anglais n'a gagné le championnat d'Angleterre depuis Howard Wilkinson en 1991-92, l'An -1 de la Premier League. Un seul a placé son club dans le Top 3 de ce championnat depuis que Glenn Hoddle avait mené Chelsea à la troisième place de la PL en 1998-99 : Eddie Howe, avec son Newcastle boosté par les pétrodollars saoudiens, il y un an et demi de cela. Ce n'est pas maigre, c'est famélique.
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Newcastle United Head Coach Eddie Howe waves to the fans during the Global Football Week exhibition match between A-League All Stars Men and Newcastle United FC at Marvel Stadium on May 24, 2024 in Melbourne, Australia.

Crédit: Getty Images

Ce n'est pas d'un complexe de supériorité dont souffrent les Anglais. C'est tout l'inverse, en fait. C'est la honte. C'est une forme de colère envers soi-même qui en vient à se cristalliser sur un autre : l'étranger. L'hostilité à laquelle Tuchel doit faire face avant même d'avoir entamé sa mission est l'expression d'un insupportable aveu d'impuissance. Nous avons donné le football au reste du monde, et nous voilà incapables de faire ce que font - presque - toutes les autres nations (celles qui réussissent, en tout cas) : trouver en notre sein un homme qui soit notre Deschamps, notre De La Fuente, notre Scaloni, voire même notre Nagelsmann.

Tuchel chantera-t-il "God Save the King" ?

De bien des manières, les questions qui furent posées à Thomas Tuchel lors de sa première conférence de presse, ce mercredi à Wembley, étaient plus révélatrices que les réponses pourtant soignées et non sans finesse de l'Allemand. Il ne fut pas question des carences toujours visibles de cette équipe d'Angleterre et de la façon dont Tuchel entendait y remédier. Non. Ce que le parterre de journalistes envoyés par leurs rédactions à la dernière minute voulait savoir, c'est s'il chanterait "God Save The King".
C'est que Lee Carsley, tout de même international irlandais, ne l'avait pas fait et ne le fera pas lors des deux derniers matches de son intérim, ce qui, pour une partie de l'opinion, constituait un scandale. Tuchel se tira plutôt bien de ce guêpier ("cet hymne m'émeut...j'ai encore le temps d'y réfléchir..."), mais il n'a pas fini d'entendre la ritournelle.
Comment un étranger pourrait-il exhorter des Anglais à se battre ou mourir sur le champ de bataille du football ?
Ce qui ne lui en veulent pas déjà d'être qui il est, et surtout, de ne pas être qui il n'est pas, lui en voudront dès que l'occasion leur en sera donnée. Ceux qui lui en veulent déjà n'ont pas perdu une minute pour dégainer. Le plus virulent de ceux-là a été le chroniqueur du Daily Mail Jeff Powell, un fossile de Fleet Street que les patrons du quotidien pro-Brexit ont extrait de sa falaise pour pondre un brulôt xénophobe et insultant, dont ce paragraphe résume le ton.
"Comment un étranger pourrait-il exhorter des Anglais à se battre ou mourir sur le champ de bataille du football ?", s'étrangle-t-il. "Est-ce qu'un Suédois, un Italien ou un Allemand aurait pu inspirer les troupes comme Henry V le fit quand il implora ses hommes : 'Retournons, chers amis, retournons à la brèche, ou comblons-la de nos cadavres anglais.' Parfois, quand tout le reste a failli, seule la passion peut sauver la mise".
Laissons de côté ce que Shakespeare, ici dans la traduction de Victor Hugo, Henry V et Azincourt, qui date quand même un peu plus que Wembley 1966, ont à voir avec les qualifications pour la Coupe du monde de 2026 (Powell, cela va de soi, aurait choisi Howe). Ce torrent verbal, dans lequel la Suède de Sven-Göran Eriksson est décrite comme "un pays de skieurs de fond où il fait nuit la moitié du temps", n'a de sens que pour qui s'intéresse à ce que la relation d'une partie de l'Angleterre avec son équipe de football a de névrotique. En cela, Powell, au-delà de ses outrances, est un révélateur.

Une nation recroquevillée sur son passé

Bien que finaliste de deux Euros consécutifs, ce que beaucoup lui envieraient, l'Angleterre n'en finit pas de pleurer sur ce qu'elle considère être des échecs. Elle s'imagine que le football qu'elle a donné au reste du monde a une dette envers elle, mais ne trouve pas trace du récépissé. Aussi se recroqueville-t-elle sur son passé, encore et toujours. Aussi une partie pas si insignifiante que cela de ses supporters continuera de chanter "Twelve German Bombers", un chant qui émeuvra Tuchel d'une autre façon que "God Save The King" s'il l'entend à Wembley. Et il l'entendra, là ou ailleurs.
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Thomas Tuchel übernimmt die englische Nationalmannschaft

Crédit: Getty Images

L'argument selon lequel l'entraîneur d'une sélection devrait être de la nationalité du pays dont il a la charge se défend, et le défendre ne signifie pas nécessairement qu'on ait sombré dans un nationalisme borné. L'argument inverse se défend lui aussi. Aucun sélectionneur irlandais de naissance ne donna davantage à l'Irlande que l'Anglais Jack Charlton. On peut aussi penser à Marcelo Bielsa avec le Chili et l'Uruguay, ou à ce renard d'Autrichien, Otto Rehhagel, qui mena la Grèce au titre de champion d'Europe en 2004.
Pour Tuchel, le problème n'est pas là. Il est hautement qualifié pour la tâche qui l'attend. Il souhaitait revenir dans un pays dont il aime profondément, passionnément, même, le football. Le problème est que le premier des adversaires qu'il doive affronter est l'Angleterre elle-même et que chaque fois que son équipe entrera sur le terrain, ce combat reprendra.
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