"Bienvenue dans la petite Roma, Mister Mourinho". A peine débarqué à Tirana en début de semaine, que José Mourinho peut déjà se sentir comme chez lui. Accueilli en grande pompe dans la capitale albanaise, où un étendard de plusieurs mètres a même été déployé à sa gloire, l'entraîneur de l'AS Rome s'apprête à disputer une nouvelle finale européenne face à Feyenoord, mercredi (21h). Ce n'est que la Ligue Europa Conférence ? "Cette finale, pour moi, sera la plus importante", a rétorqué le Spécial One la semaine dernière. L'Italie doit d'ailleurs au Portugais son dernier titre européen de club. C'était avec l'Inter Milan, en 2010, lors du triomphe de Madrid face au Bayern Munich (2-0) en finale de la Ligue des champions. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et la cote du "Mou" a quelque peu baissé.
Ces dernières années, l'ancien entraîneur de Manchester United, Chelsea ou Tottenham a en effet dû vivre avec une série de critiques. Pour certains, le Portugais est complètement dépassé. Et pour d'autres, son management n'est plus vraiment possible avec le football moderne. Pourtant, depuis son arrivée à Rome l'an passé, José Mourinho est parvenu à redonner de l'élan à une carrière en perdition. Adulé par tout le peuple giallorosso, qui le considère comme LE vrai leader à suivre, il est parvenu à hisser son équipe en finale de la C4 après pas moins de 14 matches dans la compétition depuis l'été dernier. Une vraie performance quand on sait que la Roma peut y gagner un premier trophée européen après deux finales perdues (1984 en C1, 1991 en C3), si on excepte le succès en 1961 dans la Coupe des villes de foires, ancêtre officieux de la Ligue Europa.
Ligue Europa Conférence
Les larmes de Mourinho : "Ce titre est dans l'histoire du club, mais aussi dans la mienne"
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"Quand la compétition a débuté, il y a eu quelques critiques. Les gens ont vu des barrages sans équipes allemande, anglaise ou espagnole... Mais on a vu des demi-finales avec 70 000 personnes à Rome, des stades pleins à Marseille ou Leicester, cette compétition devient importante parce que des équipes comme nous la prennent au sérieux", assurait-il. Mardi, il en a remis une couche en conférence de presse : "Cette finale est déjà historique. Ce que j'éprouve, c'est la même chose que pour ma première il y a vingt ans. Rien n'a changé."
J'aimerais gagner pour moi, mais surtout pour les supporters
Pour sa première saison romaine, le Special One a toutefois eu bien des turbulences. Soit dit en passant, l'inverse aurait été improbable. Entre un vestiaire à la mentalité fragile et des défaites parfois cinglantes (3-0 lors du derby aller, 6-1 en phase de groupes par Bodo/Glimt) ou incompréhensibles (celle contre la Juve, de 3-1 à 3-4, restera la plus marquante), l'idylle a connu ses premiers accrocs. Il y a même eu des attaques frontales avec certains joueurs, des recrues décevantes et des premières rumeurs de départ le concernant (toujours démenties).
"Je suis pleinement impliqué dans un projet de plusieurs années", aime-t-il rétorquer, lui qui sait bien que son travail demande du temps. Ses dirigeants en sont conscients et n'ont jamais considéré une quelconque séparation anticipée, malgré une sixième place finale derrière... la Lazio (5e). Avec un autre entraîneur en poste, les critiques auraient certainement été plus nombreuses. Mais pas avec Mourinho, qui jouit d'un soutien inconditionnel dans la ville éternelle, où plusieurs fresques à son effigie sont toujours présentes.
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"J'aimerais évidemment gagner pour moi, mais surtout pour les supporters qui n'ont pas vécu un tel moment depuis longtemps, et pour les joueurs pour faire un premier pas dans leur carrière. Je suis moins égocentrique, davantage homme de club", a assuré le "Mou", qui a terminé la demi-finale face à Leicester en larmes, conscient d'avoir donné une "joie unique" aux tifosi. Pour sa première saison, il a souhaité mettre l'accent sur ce qu'il sait faire de mieux : transmettre une mentalité gagnante à ses joueurs. Et une victoire, mercredi, viendrait parfaitement compléter ce processus.
Elle permettrait également à Mourinho de redorer son blason de vainqueur, après l'expérience mitigée à Tottenham, lui qui n'a jamais perdu de finale européenne (hors les Supercoupes UEFA, perdues trois fois). "Mais même sans trophée, il a déjà effectué un travail qui se perçoit au quotidien. C'est déjà une grande victoire, même si ce n'est pas une ligne supplémentaire au palmarès. Entre Mourinho et la "piazza" (l'environnement, ndlr), ça a parfaitement 'matché'", nous confie un habitué de Trigoria, le centre d'entraînement du club romain. "La saison sera une réussite dans tous les cas, a estimé Mourinho mardi. Pour la Roma, arriver à la sixième place est quelque chose de normal."

Totti, premier soutien du "Mou"

Julio César, l'un de ses fidèles soldats lors de son passage à l'Inter, estime que son ancien entraîneur est parvenu à faire "taire ses détracteurs" cette saison. "Ces dernières années, les gens qui suivent le football n'ont pas eu un Mourinho qui a répondu à leurs attentes après ce qu'il a fait dans le passé. Quand vous ne voyez pas Mourinho gagner un trophée à la fin de la saison, les fans et les gens du football disent des choses négatives sur lui, mais cette saison, il a l'opportunité de faire taire ces gens quand ils parlent de lui", a confié l'ex-portier à Goal. Pour lui, le "Mou" est encore capable de "prendre un joueur normal et peut lui faire croire qu'il est le meilleur joueur du monde". Même Francesco Totti, qui sera bien évidemment à Tirana mercredi, a donné sa bénédiction au technicien portugais.
"Cela faisait très longtemps que la Roma n'avait pas disputé une finale, confiait début mai la légende romaine, qui pourrait bientôt endosser le costume de dirigeant. Mourinho est l'un des plus grands entraîneurs au monde. Lui sait comment gérer une équipe et reste parfaitement conscient de ses manques, et le club fera tout pour le satisfaire l'été prochain." En attendant l'ouverture du mercato, José Mourinho est devenu le premier entraîneur à atteindre la finale de C1, C2, C3 et C4 avec quatre clubs différents : Porto (Ligue Europa et Ligue des Champions), Inter (Ligue des Champions), Manchester United (Ligue Europa) et donc la Roma (Ligue Europa Conférence).
Le Special One, qui va disputer sa cinquième finale continentale en tant qu’entraîneur, vise maintenant un cinquième trophée européen après avoir déjà gagné la Ligue des champions (2004 avec Porto, 2010 avec l'Inter Milan) et la Ligue Europa (2003 avec Porto, 2017 avec Manchester United).
(Avec AFP)
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