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Le supportérisme luxembourgeois à ses balbutiements : "Au moins, ils essayent"

Le supportérisme luxembourgeois à ses balbutiements : "Au moins, ils essayent"

Le 13/12/2018 à 15:27Mis à jour Le 13/12/2018 à 16:12

LIGUE EUROPA - Un club luxembourgeois en phase de groupes de Coupe d’Europe, c’est un petit évènement. S'il va disputer son dernier match ce jeudi contre le Betis Séville, la qualification de Dudelange en Ligue Europa a provoqué un regain d’intérêt pour le football local et entraîné la création d’un fan-club. Reportage.

Sur le parking du supermarché Match de Dudelange, qui porte bien son nom ce soir-là, une demi-douzaine de supporters s’affaire bières à la main. À leurs pieds, deux bâches et deux mégaphones attendent leur heure : à 19h, Dudelange reçoit l’Olympiakos pour le compte de la troisième journée de Ligue Europa. Pour les membres du fan-club du F91 – l’autre nom de l’équipe – c’est un des six matchs d’une vie : pour la première fois, un club luxembourgeois participe à une phase de groupes en Coupe d’Europe.

Cet exploit a permis de fédérer un fan-club autour de lui, avec la vente d’écharpes et de tenues du club. Sur internet, des vêtements aux couleurs de Dudelange sont achetés en Allemagne ou en France. Dans le même temps, créé en septembre, le fan-club compte 85 membres, et regroupe des supporters jusqu’alors éparpillés dans le stade Jos Nosbaum. “Pendant cinq ou six ans, c’était plutôt calme mais il y avait toujours des petits groupes pour chanter, mais rien n’était coordonné”, raconte Maximilian, un membre important du fan-club.

Pas tout à fait à domicile

Cette absence de supporters s’explique en partie par le peu d'intérêt des locaux pour les équipes du pays. “Les Dudelangeois n’ont pas toujours suivi le football luxembourgeois. On a un stade juste devant notre porte, alors pourquoi rester devant sa télévision ?”, reprend Maximilian qui explique que beaucoup de natifs du Luxembourg supportent une équipe à l’étranger en même temps qu’un club local.

Mais ce n’est justement pas chez eux que Dudelange affronte l’Olympiakos. Le stade Josy Barthel, le plus important du Luxembourg avec ses 8.000 places, est le théâtre des confrontations européennes. Pour faire la vingtaine de kilomètres qui sépare Dudelange de Luxembourg-ville, le club affrète trois bus pour ses fans. Auparavant, un quatrième avait récupéré des jeunes du club pour se rendre dans l’enceinte. Les bus sont loin d’être pleins, une cinquantaine de personnes y grimpent. “Beaucoup de gens vont directement au stade”, murmure Maximilian, bien conscient que l’effet de masse n’est pas très impressionnant.

Dans le premier car, les supporters les plus actifs se regroupent, avec quelques personnes plus âgées à l’avant du véhicule. Derrière, le président du fan-club, Maël, et quelques autres donnent de la voix, soutenus par un tambour. Sur le chemin, ils stopperont une fois les cris à la gloire de leur club, pour pointer du doigt un stade en construction : c’est la future enceinte principale du Luxembourg, “là où nous nous qualifierons pour l’Euro en 2020”, nous explique en rigolant un ancien, assis juste devant nous. À l’arrivée au stade Josy Barthel, la dizaine de supporters les plus bruyants restent au pied du bus, et attendent de se regrouper. Les membres des autres cars ne s’arrêtent pas et tracent leur route direction le stade.

Le stade de Dudelange en Ligue Europa

Le stade de Dudelange en Ligue EuropaEurosport

Entourés de supporters grecs

Il est 18 heures, le coup d’envoi se rapproche mais l’enceinte sonne encore creux. Hot-dog à trois euros et Coca à quatre sont là pour faire patienter, si tant est qu’on choisisse de frapper au porte-monnaie. C’est le moment pour la petite bande de rentrer dans le stade en chantant, suivie par deux stewards. Il faut discuter, d’ailleurs, avec des membres de la sécurité pour accrocher des drapeaux et des banderoles sur les grilles. Avec succès.

C’est ainsi que le plus dur commence pour Maximilian et les autres : faute de culture du supportérisme au Luxembourg, des gens tentent de s’asseoir en plein milieu du pré-carré, en quart de virage, dédié au fan-club. Chaque nouvel arrivant regarde le numéro de son siège, et veut s’y installer, tant pis pour les supporters actifs. Un spectateur d’une vingtaine d’années ira même jusqu’à déplacer le tambour de quelques sièges, estimant que celui-ci le gène. Dans le même temps, un groupe de cinq spectateurs s’énervent contre les membres du fan-club : ils se sont installés sur leurs places, et ne veulent pas entendre d’avoir juste à s’installer ailleurs. “Au marché noir, des fans peuvent récupérer des places un peu n’importe où, pense Maximilian. Mais dans ce cas précis, c’est surtout qu’ils voulaient accrocher un drapeau grec. On leur demandait de le faire ailleurs…”. Dans l’enceinte, le nombre de fans de l’Olympiakos est important, et pas seulement dans la tribune réservée aux visiteurs.

Il est vrai que le marché noir, dans ce genre de configuration, peut battre son plein. Le pack trois matchs est parti en quelques heures lors de sa mise en vente, avec des spectateurs attirés par la rencontre contre le Milan. À 19 heures, le stade sera comble. Si quelques sièges restent vides, c’est aussi et surtout parce que des spectateurs décident de rester debout, en haut des gradins.

Celui du fan-club reste très peu occupé. Au plus fort du match, ils ne seront qu’une vingtaine à chanter, dans un ordre disparate et avec une motivation variable. S’il y a bien quelqu’un au mégaphone, il ne lance que très peu de chants, et chacun semble ainsi libre de lancer le sien. “C’est difficile, mais au moins ils essayent, souffle un ultra important d’un groupe de l’Est de la France, venu au Luxembourg assister à la rencontre pour voir, aussi, ce que donnent les supporters de l’Olympiakos. Contre le Legia, il n’y avait personne. Contre Milan, ils étaient six. Maintenant ils sont une vingtaine, ça progresse”. Durant toute la rencontre, les chants seront irréguliers et l’ambiance pas franchement en rendez-vous. Ces quelques fans font ce qu’ils peuvent, donc, pas franchement aidés par l’ambiance feutrée des autres spectateurs qui s'amassent dans les tribunes.

Les supporters de Dudelange en Ligue Europa

Les supporters de Dudelange en Ligue EuropaEurosport

Une sélection nationale pleine de promesses

“Des groupes de supporters, il en existe partout au Luxembourg”, nous assure Maël, le président du fan-club. Si celui-ci semble à ses balbutiements, il y a un engouement dans le pays provoqué par les résultats de Dudelange et ceux du pays. Après un match nul homérique contre la France lors des dernières qualifications pour la Coupe du Monde 2018, le Luxembourg est en tête de son groupe dans la quatrième division de la Ligue des Nations. “La qualité du championnat a augmenté, insiste Maximilian. Et au niveau de la sélection, on peut commencer à croire en notre participation à une compétition internationale”.

“Il faut rester humble, nous rétorque un ancien intendant de la sélection nationale. C’est super pour Dudelange, c’est super pour le Luxembourg, mais on est en quatrième division, on a battu Saint-Marin”. Celui qui semble en avoir vu d’autres fait un petit rappel historique : “Le Luxembourg n’a gagné aucun match entre 1980 et 1995, aussi parce que le président de la fédération de l’époque refusait d’organiser des rencontres contre Andorre ou le Lichtenstein. Et si c’est une première pour Dudelange, des équipes du Luxembourg ont déjà affronté le grand Milan”. C’était à une époque où toutes les équipes, quel que soit leur statut, commençait sur la même ligne de départ.

Une époque, aussi, où des tribunes s’élevaient parfois dans les airs quelques drapeaux, mais où le supporterisme actif n’avait pas encore pris racine en Europe. Sur le terrain, malgré Milan Bisevac et Landry Bonnefoi, Dudelange n’a pas pu exister contre l’Olympiakos (0-2). Mais sur la pelouse, les joueurs savaient que ce serait dur, en Ligue Europa. Peut-être que, de son côté, le fan-club pensait vivre un match moins compliqué et avec plus d’osmose, en tribunes : même dans le supportérisme, le Luxembourg doit rattraper son retard.

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