Getty Images

Avant Rennes - Betis Séville : Stéphan, le discours et la méthode

Stéphan, le discours et la méthode

Le 13/02/2019 à 23:40Mis à jour Le 14/02/2019 à 14:28

LIGUE EUROPA - Inconnu du grand public il y a trois mois, Julien Stéphan va diriger l'un des matches les importants de l'histoire du Stade Rennais : un 16e de finale de Ligue Europa face au Betis Séville. Ses anciens joueurs nous en disent davantage sur sa méthode, qui a permis de relancer les Rouge et Noir.

En deux premiers mois particulièrement chargés, Julien Stéphan a su écarter les doutes qui escortaient sa nomination. Benjamin des entraîneurs, sans expérience en Ligue 1, le natif de Rennes s'est imposé avec une certaine sérénité, celle qu'il dégage en conférence de presse, où il sait choisir ses mots, quitte à ce que sa communication puisse paraître un peu lisse. Et les résultats sont au rendez-vous. En Ligue 1 : six victoires, deux défaites, et un nul.

Quatorzième au soir de la dernière de Sabri Lamouchi, le 2 décembre, face a Strasbourg (1-4), Rennes s'est hissé au huitième rang. Un chiffre illustre mieux l'ampleur du rebond : le club breton ne pointe plus qu'à un point de la quatrième place, alors qu'il en était à dix longueurs il y a deux mois. Tout n'a toutefois pas été idyllique. Il y eut notamment cette élimination aux tirs au but en quarts de finale de Coupe de la Ligue face à un Monaco en perdition, ou ce revers à Guingamp (2-1, le 16 janvier). Mais Stéphan peut aussi revendiquer d'avoir emmené Rennes au-delà d'un premier tour de Coupe d'Europe, une première dans son histoire, en l'emportant à domicile face à Astana (2-0, le 13 décembre). Face au Betis, en 16e de finale, il se trouve devant le plus grand défi de sa jeune carrière.

La récupération haute comme pilier

Quand Rennes a annoncé, le 3 décembre, la nomination de Stéphan, son statut de benjamin et son choix d'entraîner dès ses 25 ans pouvaient le rapprocher d'un profil à la Julian Nagelsmann - Olivier Létang avait d'ailleurs cité le nom de l'Allemand lors de sa présentation - mais Stéphan a esquivé le jeu des comparaisons et soigneusement évité de s'identifier à une chapelle technique, tout en affichant des considérations foncièrement pragmatiques.

"Notre priorité sera de nous restructurer sur le plan défensif", annonçait-il. C'était la nécessité du moment, puisque Rennes, avec 25 buts encaissés, était la troisième défense la plus perméable de L1, mais c'est manifestement aussi un pilier de sa méthode. "Pour avoir le ballon et pour gagner, il nous disait qu'il fallait être d'abord être hyper costaud défensivement", confirme Hugo Jacquemin, entraîné par le fils de Guy Stéphan, de 2012 à 2017, des U19 du Stade Rennais à l'équipe réserve. "Je me rappelle que dès le début de saison, il avait mis en place une équipe de mannequins en face de nous avec des chasubles de couleurs différentes, rembobine le milieu offensif, et selon la couleur annoncée le bloc-équipe devait se déplacer vers, par exemple, le latéral avec la chasuble jaune, en imaginant qu'il avait le ballon. Ca nous donnait des repères pour savoir comment presser selon les circonstances du match."

Les principes appliqués aujourd'hui ne semblent pas différer. On voit notamment des Rennais particulièrement concernés par une récupération du ballon la plus rapide possible à la perte. Quitte ensuite à évoluer en bloc bas. "Ce qui était fort avec lui, c'est qu'il arrivait à faire prendre du plaisir aux éléments offensifs comme moi même sur les séances défensives", reprend Jacquemin. Dimanche dernier, au terme de Rennes - Saint-Etienne (3-0), Stéphan s'est notamment félicité des efforts de repli produits même en fin de match par Hatem Ben Arfa, pas forcément le joueur le plus combatif sous Lamouchi. En neuf matches de Ligue 1, Rennes n' a pris que six buts, dont quatre face au PSG, ce qui en dit long sur le nouvel hermétisme de l'équipe, qui a terminé sept matches avec une clean sheet.

Hatem Ben Arfa et Julien Stéphan lors du succès face à Dijon

Hatem Ben Arfa et Julien Stéphan lors du succès face à DijonGetty Images

Des phrases qui boostent

Plus jeune entraîneur de l'élite, Stéphan n'est toutefois pas un entraîneur vert. Il avait débuté sur les bancs dès 2005, à Dreux, alors qu'il y terminait sa carrière de modeste défenseur central. Viendront ensuite Châteauroux, Lorient, et Rennes. "Il gérait très bien son groupe, se souvient ainsi le défenseur, Emilio Omam-Biyik, entraîné par Stéphan à la Berrichonne de 2008 à 2010, il était proche de nous, mais quand il fallait nous recadrer, il savait être ferme". "Il était serein, calme, posé", brosse Nasser Chamed, autre produit du centre de formation castelroussin. "Je prenais beaucoup de cartons pour un attaquant, et il a su me calmer", ajoute l'actuel élément du Gaz Metan Medias (Roumanie).

Chamed comme Omam-Biyik confient savoir que la gestion de Stéphan était particulièrement appréciée par Ousmane Dembelé, quand le joueur du FC Barcelone faisait ses classes en Bretagne. Aujourd'hui, le courant passerait aussi particulièrement bien avec le groupe. Contraint de faire avec un calendrier particulièrement chargé (15 matches en 65 jours, trêve comprise), Stéphan n'a disposé que de peu de séances pour transmettre ses principes de jeu, mais il sait manifestement marquer les esprits par ses mots. "Il trouve toujours des petites phrases pour nous faire passer un message, disait ainsi Benjamin Bourigeaud, au terme d'un match âpre face à Montpellier (0-0), par exemple là il nous a dit 'le succès ne précède le travail que dans le dictionnaire'. Il est toujours positif et sait nous rebooster", ajoutait l'ex-Lensois.

Alexandre Leroyer, dirigé par l'entraîneur de 2014 à 2018, se rappelle lui d'une séance vidéo où les sièges avaient été disposés en V par le staff. "C'était le V de la victoire, explique le joueur de l'US Saint-Malo (N2), il cherchait toujours un moyen de nous motiver". Hugo Jacquemin abonde : "Tu ressortais de ses causeries et tu te disais 'il est fort quand même'".

Un planificateur

En quelques semaines, Stéphan a donc su transmettre quelques idées fortes et s'offrir une crédibilité. Avec les mots, l'appui de la vidéo et des entraînements "toujours axés sur le jeu", dixit Leroyer. Tactiquement, il mise sur un 4-2-3-1 qui devient un 4-4-2 quand l'adversaire prend le contrôle du ballon. "Une fois en séniors, il avait déjà énormément augmenté son exigence, se rappelle Jacquemin, il n'était plus là pour nous former et insistait sur l'efficacité intrinsèque au haut niveau. Avec lui, tout était clair, reprend le milieu de terrain qui évolue aujourd'hui à Dinan-Léhon (N3), on sentait qu'on avait en face de nous quelqu'un qui savait ce qu'il faisait, que ce n'était pas n'importe qui. Et puis, ce qu'il préparait aux entraînements, ça fonctionnait en match".

Julien Stéphan (Rennes)

Julien Stéphan (Rennes)Getty Images

En conférence de presse, Stéphan a souvent insisté sur cette notion de "construction du match". "On a fait le match qu'on avait prévu de faire", s'était-il ainsi félicité après la victoire décisive face à Astana, où Rennes avait attendu la deuxième période pour accélérer et faire la différence. Au-delà de la qualification, cette planification avait de quoi donner du crédit à un entraîneur en poste depuis seulement dix jours. "A la fin des matches, on se disait 'il avait raison', se souvient Leroyer, ce qu'il nous avait dit lors de l'analyse vidéo ou en causerie se vérifiait en match, c'est surtout ça qui nous donnait confiance en lui."

Amateur contrarié de la possession ?

Julien Stéphan serait donc passé de la Nationale 3 avec la réserve du Stade Rennais à la Ligue 1 comme s'il s'agissait d'une nouvelle étape dans sa carrière, et non comme d'un grand saut. "Je me suis formé l'an dernier pour cela [il avait obtenu son DEPF, NDLR]", avait-il répondu, avec conviction, lors de sa conférence de présentation. Généreux à la perte du ballon, hermétique derrière, et avec du talent devant. C'est ce à quoi ressemble, pour le moment, son Stade Rennais, sauf lors de ses rares mauvais jours. Sa capacité à s'adapter aux circonstances serait peut-être une autre des cordes à son arc. Les Rouge et Noir viennent, en tout cas, d'en coller trois à Saint-Etienne malgré une possession de balle inférieure (44%).

Mais cette même équipe avait été l'une des rares à disputer la possession au PSG, au Parc des Princes, au moins pendant une période (48% au repos). "C'est un entraîneur qui aime le beau jeu, estime Leroyer, mais qui s'adapte aussi toujours à l'adversaire, qu'il étudie en détail, et au profil de ses joueurs". "C'est un amoureux du foot, qui aime la possession, considère pour sa part, Emilio Omam-Biyik, je me rappelle ainsi avoir joué face à ces U19 de Rennes, et ça jouait vraiment au ballon, c'était impressionnant".

Pour le moment, Stéphan le pragmatique préfère miser sur le goût pour le jeu vertical de Sarr, Ben Arfa, ou Niang. En attendant d'avoir du temps pour modeler encore davantage le Stade Rennais à son goût ? Avant cela, il y a un 16e de finale alléchant à disputer, face au Betis de Quique Setien.

Pariez sur le Football avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313
0
0