C'était une autre époque, voire même un autre monde. C'était un temps où rien n'allait à l'AC Milan, à peine humilié par l'Atalanta Bergame (5-0) et condamné à des fêtes de fin d'année 2019 décidément bien moroses. C'était une époque où Zlatan Ibrahimovic n'était pas encore arrivé pour secouer tout ce petit monde. Un temps où Rafael Leão était encore considéré comme un "objet mystérieux", un terme souvent employé en Italie quand un joueur affiche un rendement en deçà des attentes. Acheté quelques mois auparavant à Lille pour 28 millions d'euros bonus compris (selon le site Milannews, toujours bien informé au sujet du club lombard, NDLR), le Portugais venait d'assister à la débâcle bergamasque aux premières loges. Titulaire, il avait sombré comme tous ses coéquipiers face à la Dea.

Les fêtes passées, Milan avait décidé de commencer sa nouvelle année d'un autre pied. Ou plutôt avec deux (grands) autres. Ceux de Zlatan Ibrahimovic, accueilli comme le sauveur par tout un club et tout un peuple. Le temps leur donnera raison. A peine arrivé, le Suédois s'asseyait sur le banc face à la Sampdoria le 6 janvier. Cinq jours plus tard, il débutait titulaire sur la pelouse de Cagliari aux côtés d'un certain... Rafael Leão. Tout sauf un hasard. Après en avoir discuté avec Stefano Pioli, l'entraîneur milanais, "Ibra" avait désigné l'ancien Lillois comme son partenaire d'attaque idéal. Bingo. Les deux joueurs marquent et les Rossoneri s'imposent en Sardaigne (0-2). Depuis, Zlatan a fait de Leão son protégé. Celui à l'énorme potentiel mais qui doit encore progresser. A 21 ans, l'avenir peut lui appartenir. Mais à condition d'écouter les conseils qui lui sont prodigués par son "grand frère".

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Potentiel "incroyable"

"Ma première rencontre avec Zlatan ? C’était à l’entraînement, révélait-il à L'Equipe en février dernier. Il est venu me dire : "Je vais t’aider, avec moi tu vas gagner, demande-moi ce que tu veux." C’est un grand frère pour moi. Des fois, il s’énerve, mais si quelqu’un veut vous aider, il ne va pas toujours vous dire les choses avec le sourire. J’écoute tous les conseils qu’il me donne, notamment à l’entraînement, il a eu une grande carrière, on ne veut pas lui manquer de respect." Si les dirigeants milanais avaient décidé d'investir une jolie somme sur Leão à l'époque, c'est que son profil collait parfaitement à la politique du club : un jeune joueur à fort potentiel. Maintenant, encore faut-il l'exprimer.

Milan: Leao, Dalot e Diaz

Crédit: Getty Images

Durant sa première saison milanaise, l'ancien Dogue a soufflé le chaud et le froid. Le très bon, Le bon et le moins bon. Il faut dire que son temps de jeu a parfois été limité. En Serie A, Leão n'a démarré "que" douze matchs en tant que titulaire contre 19 entrées en cours de jeu. Il a aussi pâti de la première partie de saison difficile des siens, entre un changement d'entraîneur en octobre et un fond de jeu inexistant. Si le Portugais s'est lui aussi ressaisi avec l'arrivée de Zlatan, en même temps qu'une reprise post-confinement exceptionnelle pour le club (24 matches sans défaite, série en cours), il n'a flamboyé que par séquences, souffrant notamment de l'explosion d'Ante Rebic à son poste d'ailier gauche. Deux faits sont toutefois à retenir : son entrée en jeu face à la Juve début juillet, conclue par un but décisif dans la "remontada" milanaise (4-2). Puis son début de match face à Cagliari (3-0) en toute fin de saison, malheureusement interrompu par une blessure musculaire avant la demi-heure de jeu. "Il a un potentiel incroyable", aime répéter son entraîneur quand on l'interroge au sujet de son joueur. Mais alors, qu'est-ce qui cloche ?

Une régularité à gagner

Du haut de ses 21 ans, Rafael Leão a bien évidemment encore tout le temps de progresser. Au pays de la tactique, nul ne doute qu'il y apprendra encore plein de choses. Mais l'un des reproches qui lui est régulièrement fait est sa régularité sur 90 minutes. Trop souvent, l'international Espoirs portugais s'y perd. Il peut y être aussi étincelant que déroutant. Face à l'AS Rome la semaine passée, par exemple, on l'a notamment vu délivrer deux passes décisives, dont la deuxième après une accélération exceptionnelle. Mais parfois, la lumière s'éteint et Leão disparaît. Son langage corporel, souvent désinvolte, ne plaide pas en sa faveur. "S'il gagne en continuité, il peut devenir un crack", écrivait le Corriere della Sera le lendemain du match. Tout le monde est à peu près d'accord sur son cas : le talent est là, la régularité pas encore. Même si l'ancien Dogue semble bien décidé à tout exploser cette saison. Après 8 matches toutes compétitions confondues, il a inscrit 3 buts et délivré 3 passes décisives. Presque autant que sur toute la saison passée : 6 buts et 3 passes décisives. Leão a notamment profité de l'absence de Rebic sur blessure pour grappiller du temps de jeu.

"Il a un sacré physique, presque meilleur que le mien, plaisantait Zlatan Ibrahimovic après le derby remporté face à l'Inter Milan, où le Portugais lui avait délivré une passe décisive. Il doit se concentrer sur le football. Il doit comprendre qu'il joue à Milan." Et dans les tristes années à peine écoulées pour Milan, certains joueurs l'avaient probablement oublié. Aujourd'hui, Zlatan est là pour le rappeler à tout le monde. Paolo Maldini, ancien capitaine et désormais dirigeant, aussi.

Pour gagner définitivement une place de titulaire, Leão va donc devoir confirmer les belles choses entrevues jusqu'ici. Il peut prendre exemple sur son coéquipier et grand ami Alexis Saelemaekers. Discipliné, ordonné et capital pour l'équilibre du 4-2-3-1 milanais : le Belge est peut-être moins talentueux que le Portugais, mais il a su gagner sa place dans le couloir droit avec des prestations complètes et pleinement convaincantes. C’est peut-être ce qu’il manque, aujourd’hui, à Rafael Leão. A lui de décider ce qu’il veut faire de sa carrière. Elle peut être très belle s’il transforme son potentiel en quelque chose de concret sur le terrain. Dans le cas inverse, il pourrait tomber dans l’oubli des joueurs talentueux mais jamais vraiment aboutis. Il ne serait malheureusement pas le premier. Mais ça, Zlatan a déjà dû lui dire...

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