Cela ne plaira pas nécessairement à tout le monde, mais l'intérimaire qui avait pour principal argument de vente "je ne suis pas José" est toujours en place à Manchester United, deux ans et presque trois mois plus tard. Encore un trimestre, et il aura dépassé - en termes de longévité -, non seulement David Moyes et Louis van Gaal (c'est déjà fait), mais aussi Mourinho, quand bien même il n'ait pas remporté le moindre trophée à Old Trafford, à la différence des deux derniers cités. Maintenant que Mauricio est au PSG, Ole peut dormir sur ses deux oreilles. Il ne fait aucun doute aujourd'hui qu'il sera toujours en place lorsque commencera la saison 2021-22, censée être la dernière de son contrat actuel.
Comment Solskjaer a survécu, comment, à force d'avancer en crabe, il a fini par s'imposer sans s'imposer, par devenir un patron sans jamais cesser de donner l'impression d'être autre chose qu'un employé, a des allures de mystère. Soyons francs. Il arrive à son équipe de marquer de jolis buts, mais cela ne l'empêche pas de jouer mal, la plupart du temps, ou en tout cas moins bien que ce qu'on pourrait espérer d'un effectif qui (en se basant sur la seule liste des vingt-cinq déposée auprès de la PL) a coûté plus de 700m€ à assembler, davantage que quiconque en Premier League, les voisins de City exceptés.
Une chose est certaine : Solskjaer avait pu être un choix catastrophique pour Cardiff City, cela n'en faisait pas un incapable pour autant. Il peut sembler perdu sur son banc quand les choses vont moins bien pour lui, et beaucoup trop petit pour les fauteuils baquet installés au-dessus de la zone technique d'Old Trafford; il ne dégage ni le charisme d'un Klopp, ni l'intensité d'un Guardiola, ni le calme et l'humanité d'un Ancelotti. Sa "vision" du jeu n'a rien de prophétique, ou même simplement d'enthousiasmant.
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Ole Gunnar Solskjaer et Jurgen Klopp

Crédit: Getty Images

Une équipe de contre… et pas grand-chose d'autre

En fait, cette "vision", qui sait en quoi elle consiste, au-delà de "nous voulons gagner"? Manchester United est une équipe de contre et...pas grand-chose d'autre, en fait. Contre Manchester City, cela nous a donné une performance qui n'était loin d'être un modèle en son genre, à condition de laisser de côté le scénario très particulier de ce match. Quatre jours plus tôt, contre Crystal Palace, le pire 0-0 de la saison de PL, ç'avait été une pénitence. Mais Solskjaer, qu'on le veuille ou non, fait son travail consciencieusement, et, osons le dire, il le fait plutôt bien, sans qu'on comprenne vraiment comment.
Une seule défaite en championnat depuis le 2 novembre, ce n'est pas rien, au vu des parcours en dents de scie de tous les autres prétendants au Top 4 pendant cette période. La présence des Red Devils en Ligue des Champions 2021-22 ne fait plus vraiment de doute, et, pour un peu, on oublierait - presque - comment MUFC trouva le moyen de se saborder en Ligue des Champions après avoir fait le plus dur dès la première journée de la phase de poules (croyait-on), en allant battre le PSG 2-1 chez lui, ce qui constitue une sorte de résumé de l'ère Solskjaer.
C'est comme si on s'attendait tellement à un échec - pas possible autrement, il viendra! - que tout succès, même relatif, nous prend un peu par surprise. On n'arrive pas tout à fait à y croire, pourtant. Et c'est justement parce qu'on n'est toujours pas convaincu que, deux ans et quelque plus tard, il est toujours là. S'il n'a pas vraiment réussi (il lui manque un titre, et on n'a pas réussi quand on trouve le moyen de se faire battre par Istanbul Basaksehir en C1), il n'a pas vraiment échoué non plus.

Ole Gunnar Solskjaer

Crédit: Getty Images

L'école du pragmatisme

Le robinet ne débite que de l'eau tout juste tiède, un peu comme ses déclarations aux médias, mais cela vaut mieux que prendre une douche froide. Lorsque United bégaie, le choc est moindre que ce qu'il devrait être, et, à cause de cela, eh bien, on le lui passe un peu plus facilement, d'autant plus qu'il n'est pas un fanfaron, qu'il a l'air un peu perdu quand même, et un peu triste aussi, un brin déprime de fin de week-end. C'était chouette, mais demain, c'est lundi.
Mais ne serait-ce pas un avantage, en cette période qui ne ressemble à aucune autre, que de ne pas avoir de "philosophie" ? D'être un entraîneur prudent, pragmatique, un peu falot, dont la "vision" se résume à quelques slogans quand il faut l'exprimer en public, mais qui est aussi capable d'abattre le travail essentiel sur le terrain d'entraînement ? Après tout, ni Matt Busby, ni Alex Ferguson, ne furent des hommes de système ou des romantiques du football. Ils eurent la chance d'être servis par des joueurs exceptionnels, et l'intelligence de trouver le cadre dans lequel ils pourraient s'exprimer au mieux. Solskjaer n'est ni Sir Matt ni Sir Alex, mais il se reconnaîtrait dans le premier, et fut à l'école du second. Une école dans laquelle la première des vertus qu'on enseigne est le pragmatisme.
Or nous voilà au coeur d'une des plus grandes crises, guerres exceptées, que le football n'ait jamais dû confronter. Un calendrier surchargé jusqu'à l'absurde impose aux entraîneurs de renouveler leurs onze de match en match, ce qui avantage évidemment ces clubs dont les effectifs sont les plus fournis, et ceux de ces managers dont le jeu repose sur l'intensité et le pressing - comme Klopp ou Hasenhüttl en Premier League - sont obligés, ou devraient l'être, de songer à un Plan B moins exigeant que ce que leurs convictions imposent d'ordinaire. Solskjaer, lui, n'a pas de ces états d'âme ou de ces interrogations. Il travaille aujourd'hui comme il travaillait hier, dans un contexte qui favorise son approche. Et il travaille bien, reconnaissons-le. Il n'y a pas de "mystère" Solskjaer, et ce pourrait bien être ce qui fait sa force.

Ole Gunnar Solskjaer

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