Dans la vie d’un sportif de haut niveau, il y a des moments où la célébrité peut devenir un sérieux inconvénient. Pour Kevin Trapp, le pic de l’humiliation en public s’est produit le 8 mars 2017, un soir de huitième de finale retour de C1. Pourtant, rien n’était à craindre de cet affrontement sur le papier. Aucune équipe dans l’histoire de la Ligue des champions n’avait connu l’élimination après avoir remporté le match aller par quatre buts d’écart. Au jour de la Saint-Valentin, le Paris Saint-Germain avait giflé le Barça 4-0 au Parc des Princes et Trapp avait passé une soirée à admirer ses partenaires faire tourner les Catalans en bourrique.
Le problème, c’est que tout le monde m’en parle
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Mais dans un Camp Nou bondé malgré une mission impossible à réaliser, le Paris Saint-Germain s’est liquéfié. Luis Suárez bat Trapp une première fois, 1-0. Layvin Kurzawa panique devant Trapp et marque contre son camp, 2-0. Mi-temps. Leo Messi bat Trapp sur penalty, 3-0. Edinson Cavani marque, 3-1 ! Mais le mauvais rêve se poursuit à deux minutes de la fin du temps réglementaire : Neymar trouve la lucarne droite de Trapp sur coup franc, 4-1. Neymar transforme le penalty obtenu par Suárez, 5-1. Et le clou du spectacle : Sergi Roberto offre la qualification au Barça au buzzer sur un ballon par-dessus la défense de Neymar, 6-1… L’horreur s’invite dans les têtes des Parisiens et son gardien se retrouve aujourd’hui avec une réputation ternie et une cicatrice indélébile.
"Le problème, c’est que tout le monde m’en parle, expliquait l’intéressé à France Football en 2020. Il y a quelques jours, mon partenaire Filip Kostic est venu me voir et m’a dit : ‘J’ai vu le match contre Barcelone.’ Je lui ai demandé : ‘Lequel ?’ Il m’a répondu : ‘Le 6-1.’ Voilà, encore. (Sourire.) Je lui ai dit d’arrêter de m’en parler. J’essaie de l’oublier. Mais j’ai appris beaucoup de choses avec cette rencontre. J’ai vécu trois années magnifiques à Paris. Il y a juste un seul match que j’essaie d’oublier." Ce 14 avril 2022, Kevin Trapp ne pourra plus fuir cette déception passée, il faudra l’affronter avec l’Eintracht Francfort, le club où il a déjà joué entre 2012 et 2015 avant de s’engager dans l’aventure parisienne. Mais en est-il réellement capable ?

Stamford Bridge, entre rires et larmes

Pour répondre à cette question, il faut déjà comprendre que Trapp est considéré comme un taulier du vestiaire des Aigles de Francfort. À la différence de son statut à Paris où Unai Emery le mettait en concurrence régulière avec Alphonse Areola (le titi parisien avait notamment joué l’intégralité de la phase de poule de la campagne de C1 2016-2017), Trapp est titulaire depuis maintenant quatre saisons dans un club de Bundesliga habitué à la lutte pour l’Europe. Malgré sa blessure à l’épaule l’obligeant à rejoindre l’infirmerie pendant deux mois et demi en pleine saison 2018-2019, l’Allemand a été conservé par l’Eintracht. Ces 10 millions d’euros investis ont permis au club de la région Rhin-Main de stabiliser leur dernier rempart pour plusieurs années.

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Mieux encore : la saison suivante, l’Eintracht accède à la phase de poules de la Ligue Europa 2018-2019 et remporte tous ses matches du groupe H en compagnie de la Lazio, l’Apollon Limassol et l’Olympique de Marseille. Par la suite, Trapp va servir de point d’encrage grâce à son expérience en Ligue des Champions. Trois clubs classés troisièmes de leur groupe en C1 vont se casser les dents sur l’équipe allemande : le Shakhtar Donetsk (2-2, 4-1), l’Inter Milan (0-0, 1-0) et le Benfica Lisbonne (0-1, 3-0 après prolongation). En demi-finale de la compétition, Francfort bute face à Chelsea à Londres (1-1, 1-1) lors d’une séance de tirs au but perdue 4-3. Dans le but, Trapp a stoppé le penalty de César Azpilicueta pour mettre son équipe en position de force, mais Martin Hinteregger et Gonçalo Paciencia ont craqué sous la pression au moment d’aller qualifier leur équipe en finale. Stamford Bridge était pourtant un bon souvenir pour Trapp, venu s’imposer avec le PSG contre Chelsea deux saisons plus tôt (2-1).

La forme internationale

En finale de la Ligue Europa 2018-2019, Chelsea avait soulevé la C3 après avoir corrigé Arsenal (4-1). En d’autres termes, Francfort s’était fait sortir in extremis par le futur champion. Voilà donc une preuve que l’écart entre le succès et l’échec reste infime pour Trapp. Pour lui et son équipe, cette troisième campagne consécutive en C3 afin de figurer parmi les têtes d’affiches ne doit pas être galvaudée. Et face à un ogre européen comme le Barça, Trapp peut être capable du meilleur. Sa prestation lors du match aller au Waldstadion atteste de sa forme du moment : quatre arrêts décisifs dans la partie, dont une envolée sublime sur une frappe de Ferran Torres qui se dirigeait à toute allure vers la lucarne.

Kevin Trapp

Crédit: Imago

Appelé en sélection nationale allemande lors du dernier rassemblement de mars, Trapp est considéré comme le troisième meilleur gardien de son pays derrière Manuel Neuer et Marc-André Ter Stegen. Malheureusement, il n’a jamais eu l’opportunité de passer devant ses deux aînés dans une hiérarchie préétablie. Pendant la pandémie de Covid-19, le garçon aux airs de gendre idéal avait œuvré en partenariat avec son club afin de livrer à domicile les courses des personnes âgées et nécessiteuses. Ses bonnes actions seront-elles remerciées sur le terrain ? Ce jeudi soir à Barcelone, Trapp aura un premier élément de réponse sur sa capacité à surmonter le traumatisme majeur de sa carrière sportive.
À 31 ans, voilà probablement sa dernière opportunité de prouver qu’il mérite davantage de considération de la part d’un public allemand rivé sur les prouesses du Bayern Munich en championnat comme sur la scène européenne. En Ligue Europa, Trapp a la possibilité d’écrire un chapitre plus joyeux dans son histoire et celle de l’Eintracht Francfort, finaliste malheureux de la C1 en 1960. "Mon retour à Francfort ? Je connaissais la maison, évoquait le footballeur pour beIN Sports en 2019. J’avais déjà dit que si je pouvais revenir ici, je le ferais. On a eu des bonnes discussions, notamment au sujet des objectifs." Gagner la Ligue Europa, compétition déjà remportée en 1980, faisait-il partie de la feuille de route ? Pour Trapp et le club qui lui a toujours accordé une entière confiance, accomplir une telle performance pourrait cette fois-ci avoir des airs de conte de fées.
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