Si l'Euro commençait demain, personne ne serait en mesure de prédire quel onze Luis Enrique alignerait face à la Suède. Et pour cause, le nombre de titulaires indiscutables se porte au nombre de… deux. Depuis son arrivée à la tête de la Roja, l'ex-entraîneur du Barça n'en finit plus de multiplier les tests. De nouveaux visages apparaissent constamment et il suffit qu'un joueur enchaîne cinq bons matches pour qu'il fasse office de potentiel convoqué. Luis Enrique le reconnaît, il n'est pas encore dans l'optique d'établir une liste définitive. Vu le doute dans lequel il baigne, il ne peut pas se le permettre.
Kepa est sur le banc à Chelsea, tandis que les performances de De Gea avec l'Espagne oscillent entre le convaincant et l'alarmant. En défense centrale, Pau Torres semble disposer de la confiance du sélectionneur, ce qui ne l'empêche pas d'avoir des difficultés à l'heure de défendre en avançant. L'option Éric García reste en vigueur, d'autant qu'elle permettrait à Ramos de jouer sur son profil habituel, le gauche. Au poste de latéral gauche, José Luis Gayà semblait bien parti pour hériter de la place de Jordi Alba, avant que l'explosion de Sergio Reguilón ne vienne rebattre les cartes.
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À droite, on s'est rendu compte que Jesús Navas était bien moins utile s'il jouait avec un ailier qui colle la ligne devant lui. Au milieu de terrain, les essais se succèdent, les occupants de l'attaque marquent mieux qu'ils ne dribblent, tandis qu'en pointe l'Espagne dispose de joueurs plus à l'aise dans le jeu que face au gardien. Comme la Sagrada Familia, la Selección est un véritable chantier.

Baisse de niveau drastique

Si tout s'était passé comme prévu, l'Espagne devrait être présentement emmenée par une génération 92 au firmament. Mais force est de constater que les Koke, Morata, De Gea, Illarramendi et autres Isco n'ont pas eu les carrières que leur talent méritait. Les générations suivantes, elles, disposaient de moins d'aptitudes. Aucun joueur de l'Espagne finaliste de l'Euro U21 en 2017 et vainqueur en 2019 n'est pour l'heure devenu un crack mondial.

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Crédit: Eurosport

Victime de ce trou générationnel, la sélection espagnole ne dispose d'aucun noyau dur et la construction du groupe s'avère particulièrement difficile pour Luis Enrique. Là où Didier Deschamps peut se permettre d'élaborer sa liste en pensant aux dynamiques à long terme au vu de la quantité de Bleus indiscutables, Luis Enrique doit s'en remettre aux états de forme des joueurs sur le mois précédant chaque trêve internationale.
Le visage le plus connu de l'Espagne serait Sergio Ramos et le second...
Entre les très jeunes joueurs (Ansu Fati, Ferran Torres, Éric García), les chantres de l'irrégularité (Morata, De Gea, Ceballos), les vieux de la vieille (Ramos, Navas, Busquets) et les joueurs peu connus pour les non-amateurs de Liga (Canales, Campaña, Pau Torres), cette Espagne-là a une drôle d'allure.
"Si l'Espagne doit jouer demain une demi-finale contre la France et qu'il faut créer une affiche avec le visage des joueurs pour vendre le match, le visage le plus connu de l'Espagne serait Sergio Ramos et le second serait… également Sergio Ramos. Actuellement, on ne pourrait pas vendre le match avec un autre visage car ce ne sont pas des joueurs connus hors d'Espagne," constate Adrían Blanco, journaliste pour Marcador Internacional et Mister Underdog.

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L'époque où la majorité des joueurs de la sélection garnissait les rangs des clubs européens candidats à la victoire finale en Ligue des champions est oubliée. Désormais, plus de la moitié des appelés ne jouent même pas cette compétition-là.
"Beaucoup de ces joueurs sont en train d'arriver à maturité, comme Sergio Canales. Mais Canales n'a aucune soirée importante en Ligue des champions à son actif et aucune soirée importante dans un club de l'élite européenne. Au-delà de ça, des noms comme Canales, Campaña ou même Koke, ce sont des noms qui sont très bons dans une structure collective, mais au niveau individuel, ce sera peut-être trop juste quand l'Espagne jouera contre la France, l'Allemagne ou le Portugal," complète Adrían Blanco.
Campaña dispose d'une qualité technique et d'une inventivité inouïes, cela ne l'empêche pas de se retrouver à jouer le maintien avec Levante cette saison. Autre exemple, celui d'Adama Traoré. Le joueur des Wolves fait preuve d'une compréhension du jeu si rachitique qu'il aurait été impensable de le voir sous le maillot rouge il y a quelques années. Aujourd'hui, on lui tresse des louanges car il l'est l'un des seuls Espagnols capables de dribbler ses vis-à-vis.

Le football de possession vit ses heures les plus sombres

Afin de masquer ce différentiel de qualité, la Roja devra trouver des solutions au niveau collectif. C'est là que les regards se tournent vers le coach. Dans un football où il n'est pas rare que les sélectionneurs aient une carrière en club bien maigre, Luis Enrique Martínez et son palmarès détonnent. Il l'a montré à maintes reprises, Lucho dispose d'une capacité (parfois salvatrice) à créer des animations qui permettent à ses joueurs d'amenuiser leurs faiblesses et d'exacerber leurs qualités. Reste toutefois une question particulièrement complexe à résoudre pour le sélectionneur : quel style de jeu adopter ?

Luis Enrique

Crédit: Eurosport

Depuis sa résurrection au début des années 2010, le football de possession vit ses heures les plus sombres. Face à des équipes misant toujours plus sur les transitions, l'approche espagnole n'est plus à la mode. Luis Enrique a beau avoir cherché à transformer les attaques lentes et prévisibles des siens en des percées plus rythmées et verticales, sa Roja continue de souffrir en transition défensive.
"L'Espagne doit trouver un équilibre. Je crois que Luis Enrique est conscient qu'il ne peut pas aller jouer un match à tombeau ouvert contre la France par exemple. Mais il est vrai aussi que le déficit de talent ne lui permet pas d'avoir une équipe ultra-dominatrice avec le ballon. L'Espagne n'a pas un Toni Kroos ou un Luka Modric dans ses rangs, elle n'a pas ce profil qui va lui permettre de dominer depuis la passe comme par le passé," constate Adrían Blanco.

L'Espagne doit se mettre à la page

Afin de trouver cet équilibre, Luis Enrique pourra compter sur la variété des profils présents sous ses ordres. Surtout dans l'entrejeu. Longtemps le refuge des menus milieux traitant le ballon avec délicatesse, la Roja doit tourner la page. Le jeu actuel requiert d'autres types de demis : habiles balle au pied, bons passeurs mais également très mobiles et dominants physiquement.

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Évoluant sous les couleurs de la Real Sociedad (véritable machine à former ce genre de profils), Mikel Merino pourrait bien être le joueur sur lequel repose la cohérence de tout un collectif. "On voit que si Busquets est mal entouré, il souffre beaucoup en transitions et l'Espagne termine coupée en deux, comme ça a été le cas en Russie. Je ne verrais pas d'un mauvais œil que les trois milieux soient Thiago, Busquets et Merino. Ils ont chacun un profil différent. Thiago est le joueur le plus important à mi-hauteur, Busquets est le premier passeur et Merino, sa mobilité lui permet d'apporter quelque chose à toutes les hauteurs," devise Adrían Blanco.
Merino a beau être l'un des meilleurs milieux de la compétition domestique, il symbolise bien l'état de cette sélection, obligée de s'appuyer sur les joueurs d'un championnat local en perte de vitesse, faute de mieux. En 2020 et avec des joueurs moins bons qu'avant, l'Espagne doit s'adapter et tenter de faire la synthèse entre le football qui l'a portée au sommet et le football avec lequel ses adversaires gagnent aujourd'hui.
La tâche est colossale, peut-être même irréaliste. On n'est prêt à se l'avouer qu'à demi-mot, mais de l'autre côté des Pyrénées, on lorgne déjà 2022. D'ici là, on espère que Ceballos, Fati, Ferran, Éric García, Fabian Ruiz ou encore Reguilón seront des références mondiales à leur poste. Ce n'est pas pour rien que le président de la Fédération a offert à son Luis Enrique un contrat expirant après le mondial qatari.
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