Les "oriundi" comme Paletta, sauveurs de l'Italie ?

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Gabriel Paletta (Parme) a été appelé par Cesare Prandelli pour affronter l'Espagne. Paletta est un "oriundo", comme il y en a de plus en plus en sélection.

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Pour sa dernière liste avant le Mondial, Cesare Prandelli a fait appel à deux nouveaux joueurs pour affronter l'Espagne en amical : l'attaquant du Torino Ciro Immobile et le défenseur de Parme Gabriel Paletta. Ce dernier a la particularité d'être un "oriundo", c'est à dire un joueur étranger naturalisé dans le but d'évoluer avec la Squadra Azzurra et qui a - dans la grande majorité des cas - un ancêtre italien. D'où la présence massive d'oriundi argentins dans l'histoire de la Nazionale, Paletta étant en effet le 21e joueur provenant d'Argentine sur un total de 42. Des joueurs comme Ogbonna, Balotelli, Rossi ou El Shaarawy n'entrent pas dans cette catégorie puisque possédant la nationalité italienne depuis leur naissance ou presque.
Quoi qu'il en soit, les "oriundi" font partie intégrante de l'histoire du football italien, notamment depuis les années 30. Citons par exemple les Argentins Orsi et Monti et l'Uruguayen Andreolo, vainqueurs de la Coupe du monde avec l'Italie. Un "recrutement" pas toujours bien vu et qui a notamment convaincu l'Argentine d'envoyer une équipe composée d'amateurs au mondial italien en 1934, de peur de se faire piquer ses meilleurs éléments. La tradition des "oriundi" s'est poursuivie jusque dans les années 60, avec des joueurs légendaires tels Sivori, Schiaffino ou Altafini, ces deux derniers étant mêmes champions du monde avec leur première équipe nationale, respectivement avec l'Uruguay en 1950 et le Brésil en 1958.

De moins en moins de sélectionnables

Par la suite, la fermeture des frontières aux joueurs étrangers en 1966 (mesure prise après la débâcle de la Nazionale au Mondial anglais) les a fait disparaître de la circulation. Ainsi, on ne recense aucun "oriundo" de 1963 - et la dernière sélection de Sormani - à 2003 et les débuts de Camoranesi. Ils sont finalement revenus à la mode sous Prandelli avec Ledesma, Amauri, Thiago Motta et Osvaldo. Un retour massif qui s’explique en premier lieu par un réservoir de sélectionnables de plus en plus réduit, les étrangers étant désormais majoritaires en Serie A avec un rapport de 55/45 cette année. Ce pourcentage est même en hausse dans les clubs de haut de tableau.
L'Inter n'est ainsi plus la seule équipe à aligner 10 ou 11 étrangers au coup d'envoi, c'est régulièrement le cas du Napoli, de la Lazio et de la Fiorentina. Prandelli peut compter au mieux sur une dizaine d’italiens titulaires dans les top clubs de Serie A (et presqu'aucun dans les équipes étrangères compétitives hormis le trio parisien Sirigu-Verratti-Motta). Cela le contraint ainsi à ratisser large au moment d'établir ses listes, pêchant allègrement dans les moyens/petits clubs et, donc, en faisant appel aux "oriundi". Ce qui oblige les dirigeants de la fédération à s'adonner parfois à une ridicule course à l’échalote. Ils ont par exemple tenté par tous les moyens de convaincre Icardi de choisir l'Italie et lorsqu'un Roncaglia flambe deux mois à la Fiorentina la saison passée, on s'empresse de lui demander ses préférences quant au maillot de l'équipe nationale qu'il voudrait endosser.

Et presque plus de défenseurs

L'Italie était habituée à voir des "oriundi" milieux de terrain ou attaquants, Paletta n'est que le second défenseur, 79 ans après l'Uruguayen Mascheroni. Ce qui illustre parfaitement la décadence d'un pays qui doit sa réputation de géant du football à ses défenseurs mythiques (Maldini, Baresi, Scirea, Nesta, Cannavaro, Facchetti pour ne citer qu'eux) plutôt qu'à ses avant-centres. C'est la conséquence de la politique des clubs italiens qui préfèrent recourir massivement aux joueurs étrangers dont une bonne partie ne justifie pas leur présence en Italie (la liste est longue), négligeant dans le même temps les autochtones et la formation. Prandelli se retrouve ainsi en difficulté, rappelons que, déjà à l'Euro 2012, le sélectionneur italien avait convoqué Ogbonna alors en Serie B avec le Torino.
Que reste-t-il donc de la légendaire école des défenseurs centraux italiens ? Pas grand-chose ! On peut remercier la Juve - réservoir historique de la Nazionale - qui propose les trois seuls joueurs dignes de ce nom à ce poste, l'inséparable trio Barzagli-Bonucci-Chiellini. Le numéro 4 dans la hiérarchie est depuis quelque temps Astori qui évolue à Cagliari et qui a donc légitimement du mal à passer un cap. Puis c'est déjà le vide, Ogbonna et Ranocchia font banquette à la Juve et à l'Inter. Les autres top clubs italiens n'offrent que des remplaçants (Zaccardo au Milan), des briscards (Domizzi à l'Udinese, Biava à la Lazio), ou des éternels espoirs (Bonera encore au Milan). Qu'en est-il de la génération vice-championne d'Europe Espoirs en juin dernier ? Caldirola surnage à peine au Werder, Regini joue à gauche à la Sampdoria tandis que Capuano et Bianchetti évoluent en Serie B. Un coup d’œil à l'étranger ? Bocchetti au Spartak Moscou et rien d'autre à l'horizon. Le reste de la Serie A compte au mieux d'honnêtes joueurs de club trop justes pour la sélection (les Gastaldello, Gamberini, Lucchini, Lucarelli, etc...). Il y avait bien Paolo Cannavaro fut un temps, mais Prandelli ne l'a jamais pris en considération tandis que Benitez l'a torpillé. Elle est loin l'époque où un Ferrara et un Iuliano faisaient office de remplaçants de luxe tandis qu'un Panucci pouvait tranquillement être snobé.

Pourquoi Paletta ?

C'est pourquoi Prandelli a choisi de miser sur Paletta qui aurait d'ailleurs pu faire ses débuts dès novembre s'il n'avait pas été blessé les deux premiers mois de la saison. Cela fait maintenant quatre ans que l'Argentin évolue à Parme et, très vite, il a été considéré comme l'un des meilleurs défenseurs de la Serie A. Son retour à la compétition coïncide avec la série d'invincibilité des Parmesans (14 matches), un hasard ? Pas si sûr, ses qualités typiques de défenseur argentin (rugueux mais jamais méchant, excellent de la tête et dangereux sur les coups de pied arrêtés offensifs) sont indispensables à la bonne tenue de la défense gialloblù. En outre, c'est l'un des leaders de cette équipe de Parme qui se prend à rêver aux fastes d'antan et, s'il n'a pas encore rejoint un club italien plus huppé, ce n'est qu'à cause du prix élevé demandé par ses dirigeants.
Âgé de 28 ans, il est en pleine force de l'âge et n'est donc pas qu'une simple solution de repli pour la Nazionale, laquelle l'est en revanche pour les derniers "oriundi" car selon les propres dires de Cesare Prandelli, Paletta a longtemps hésité avant de se décider. Ce qui relance le débat sur la légitimité d'un tel choix (le cas Diego Costa plus médiatique illustre très bien ce dilemme), les lointaines origines calabraises de l'Argentin pesant finalement bien peu dans sa décision. Rappelons également qu'il avait déjà goûté à l'Albiceleste puisqu'il a été sacré champion du monde en 2005 avec les U20, en compagnie des Messi et autres Agüero. Il pourrait même encore porter le maillot de l'Argentine. En effet, il n'est impossible de faire machine arrière qu'après avoir défendu les couleurs d'une sélection en A et en compétition officielle et il est d’ailleurs étonnant que Sabella n'ait pas pensé à lui vu l'absence de joueurs compétitifs dans le secteur défensif argentin. L'Italie le remercie donc de cet oubli mais elle ne pourra pas éternellement naturaliser les descendants de ses émigrants pour combler ses lacunes.
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