Contrairement à ce que certains pourraient penser, il n'y a pas que sur les Champs-Elysées qu’un bus impérial a fendu une foule en délire le 16 juillet 2018. A quelque 1 400 kilomètres de là, sur la place Ban-Jelačić comme un peu partout dans les rues de Zagreb, l'ambiance était aussi à la fête. Battue en finale de la Coupe du monde par les Bleus de Didier Deschamps (4-2), la Croatie s'est, plus que jamais, approchée du firmament. Et si elle n’a pas décroché d'étoile, elle a malgré tout fait vibrer comme jamais ce jeune État de 4 millions d’habitants.

Ambition grandissante… mais mesurée

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Deux ans plus tard, et alors que les deux finalistes du dernier Mondial vont de nouveau en découdre ce mardi (21h), que reste-t-il de ce résultat historique ? "Nous sommes devenus plus ambitieux, affirme Lovre, supporter du Hajduk Split et, évidemment de la sélection nationale. Pas au point de penser que nous allons gagner toutes les compétitions à venir, mais suffisamment pour briller. Tout le monde est plus motivé, ça se voit sur le terrain et ça s'entend en conférence de presse."

"Les journalistes sont un peu moins exigeants désormais", note avec malice Bernard Jurišić, éditorialiste pour Telesport. Avant d'ajouter, comme pour relativiser l'impact de cette performance : "Les sportifs croates ont pour habitude de toujours fermement croire en leurs chances, sans éprouver de complexe d'infériorité par rapport au prestige de l'adversaire ou à la petite taille de notre pays. La confiance est plus importante, et l'ambition sera très élevée au moment de débuter l'Euro. Mais personne ne va fanfaronner en annonçant que la Croatie vise le titre et rien d’autre."

Supporters et Fédé pas tout à fait réconciliés

Les scènes de liesse suscitées par le parcours des Vatreni en Russie ont alors laissé penser que le soutien populaire était unanime. Un leurre. "Avant le Mondial et même pendant, c'était très tendu," avoue Lovre. En cause : la défiance affichée par une frange conséquente des supporters au damier vis-à-vis de leur Fédération et de son président, Davor Šuker, considéré comme une simple marionnette au service du très influent Zdravko Mamić.

Homme d'affaires, dirigeant de club et agent, Mamić a longtemps fait la pluie et le beau temps dans le football croate, profitant de quelques arrangements et notamment du transfert de Luka Modrić - lui aussi détesté par une partie des fans - à Tottenham en 2008 pour s'en mettre plein les poches. En guise de contestation, certains supporters avaient par exemple, durant l’Euro 2016, jeté des fumigènes sur la pelouse de Geoffroy-Guichard, au moment où la Croatie menait pourtant 2-1 contre la République tchèque (score final : 2-2).

Des fumigènes ont été jetés sur la pelouse de Geoffroy-Guichard lors de République tchèque - Croatie

Crédit: AFP

"Si les relations se sont un peu apaisées, c'est en premier lieu parce que Zdravko Mamić n’a plus d'influence sur notre football (condamné pour corruption et malversations, l’intéressé s’est enfui en Bosnie-Herzégovine pour échapper à la prison, ndlr). Mais les problèmes ne sont pas résolus pour autant. Nombreux sont ceux qui boycottent toujours les matches de l'équipe nationale," explique Bernard Jurišić. Lovre estime pour sa part que "les très bonnes prestations de l'équipe fin 2019 ont dû faire changer d'avis beaucoup de récalcitrants."

"La Croatie sera sur le devant de la scène pour la décennie à venir"

Le fan du Hajduk fait ici référence aux brillants succès décrochés en Slovaquie (0-4) et contre la Hongrie (3-0), qui ont permis à Ivan Perisic et consorts de valider leur billet pour le prochain Euro. Mais force est de constater que les vice-champions du monde, sèchement battus par le Portugal samedi soir (4-1), ont surtout brillé par leur inconstance. "Impossible, dans ces conditions, de savoir si l'équipe s'est améliorée depuis deux ans, juge Lovre. C'est pourquoi je pense que cette Ligue des Nations nous aidera à y voir plus clair."

Elle permettra aussi à Zlatko Dalić de poursuivre la phase de transition démarrée en septembre 2018, en remplaçant les néo-retraités internationaux (Mario Mandžukić, Danijel Subašić, Vedran Ćorluka) par des jeunes prometteurs. Il faut reconnaître qu’entre Mario Pašalić (Atalanta Bergame), Nikola Vlašić (CSKA Moscou) ou encore Duje Čaleta-Ćar (Marseille), ce ne sont pas les joueurs à fort potentiel qui manquent. "La Croatie n’a aucun souci à se faire. Elle sera sur le devant de la scène pour la décennie à venir," prophétise Bernard Jurišić. Les joueurs au damier ne se projettent assurément pas aussi loin. Ce mardi, ils ont une revanche à prendre.

Ante Rebic (Croatie) contre le Portugal - Ligue des Nations

Crédit: Getty Images

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