Match amical - Le sélectionneur français Patrice Beaumelle et l'Angola face à l'Argentine de Messi: "Tous gagnant-gagnant à faire venir des stars ici"
Par Timothé Crépin
Mis à jour 14/11/2025 à 07:24 GMT+1
L'Angola va vivre un très grand moment dans son histoire avec la réception du champion du monde, l'Argentine, vendredi. Un événement XXL pour tout le pays, et pour le sélectionneur Patrice Beaumelle. L'ancien adjoint de Hervé Renard, arrivé il y a seulement quelques semaines dans ses nouvelles fonctions, ne peut cacher son excitation avant ce rendez-vous.
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Video credit: Eurosport
Ancien fidèle adjoint de Hervé Renard sur le continent africain, Patrice Beaumelle vole de ses propres ailes depuis plusieurs années. Le Français vient d'être nommé sélectionneur de l'Angola. Avec un affrontement de prestige ce vendredi, dans la capitale, face à l'Argentine de Lionel Messi. A la veille de cette rencontre qui s'annonce dingue pour le pays, Beaumelle a pris quelques instants pour Eurosport pour évoquer ce moment.
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Patrice, vous êtes sélectionneur de l'Angola depuis cinq semaines et vous allez coacher votre premier match à domicile face à l'Argentine, championne du monde, avec Lionel Messi...
Patrice Beaumelle : C'est magique ! J'ai beaucoup de chance. Je me souviens, à 35 ans, mon premier match de sélectionneur avec la Zambie, en 2013, c'était contre le Brésil de Neymar, Hulk, etc. A la tête de la Côte d'Ivoire, j'ai joué les champions du monde français, au Vélodrome, en 2022 (NDLR : 2-1 pour les Bleus). Franchement, dans une carrière de joueur ou d'entraîneur, comme je le dis aux garçons, c'est surtout affronter les champions du monde avec l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur joueur au monde, qui vient en Afrique, en Angola, à Luanda, contre les Palancas Negras (le surnom de la sélection angolaise)... Il faut profiter et se rendre compte qu'on a de la chance.
Sentez-vous une excitation particulière chez vos joueurs ?
P.B. : J'ai quand même pas mal de joueurs qui évoluent en Europe, qui ont l'habitude d'affronter des grands joueurs, au Portugal, en France (comme le Lyonnais Clinton Mata, NDLR), en Espagne, en Turquie, en Italie... L'ambiance est bonne. C'est juste se rendre compte que l'Argentine, quand ils sont venus sur le continent africain, c'était pour la Coupe du monde en 2010. Là, venir ici, c'est une belle opportunité pour célébrer le cinquantenaire de l'indépendance, le 11 novembre. Pour profiter pleinement et faire corps avec le peuple angolais, il faudra jouer avec de la personnalité, du caractère, et avec l'ADN angolais : un peuple qui lutte, qui ne baisse jamais les bras. Il faut qu'on parvienne à reproduire ça.
Si les équipes africaines veulent grandir, il faut être capable d'organiser des matches comme ça.
Comment est l'ambiance sur place à quelques heures de cet événement ?
P.B. : Le peuple nous suit sur le parcours entre l'hôtel et le stade-du-11-novembre, qui sera archi plein, bien sûr, demain : on ne pourra malheureusement pas faire rentrer tous les Angolais dans le stade ! On voit les gens heureux de pouvoir accueillir cette équipe d'Argentine. Nous, on est dans notre bulle, dans le même hôtel que l'Argentine. On est prêts à vivre et savourer ce moment. Car, normalement, les seules occasions qu'on a de jouer contre ce type d'équipes, c'est lors de Coupes du monde. Nous sommes aussi dans un processus de préparation de la prochaine CAN. Il faut utiliser ces matches pour essayer de grandir et de voir où on se situe au niveau mondial.
Vous en avez profité pour prendre le petit-déjeuner avec Lionel Messi ?
P.B. : (Il sourit) Non, non. Tout est fait pour que les deux équipes ne se rencontrent pas dans l'hôtel. On est au pays donc on fait un petit peu plus corps avec le peuple. Mais les champions du monde sont plus dans leur bulle, avec un cahier des charges bien précis, des exigences bien précises. On a les nôtres aussi, mais on est à la maison, donc plus ouverts et en osmose avec notre public. On a envie de faire plaisir à ce beau peuple angolais.
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Leo Messi entrena con Argentina en el Martínez Valero de Elche
Crédit: Getty Images
Quel type d'exigence l'Argentine a-t-elle voulu imposer ?
P.B. : On ne peut pas se croiser. Ils ont mis des cloisons entre les deux équipes. C'est comme ça, il faut respecter. Le football évolue tellement, les sollicitations sont telles qu'ils ont peut-être besoin de rester dans leur bulle. Je respecte ça.
Un amical contre un gros chèque ? "Il ne faut pas s'arrêter aux chiffres"
Comme partout, dès qu'il y a de l'argent au milieu, ça fait parler : le montant du chèque pour convaincre l'Argentine de venir jouer à Luanda fait jaser (on parle de plusieurs millions d'euros). Comment avez-vous accueilli cette polémique ?
P.B. : Il faut toujours être prudent quand on annonce des chiffres. J'ai lu comme tout le monde ce qui sortait. Quand on joue des grosses cylindrées comme ça, dans le cahier des charges, il faut payer des billets d'avion en classe affaires, par exemple. Tous les joueurs, tout le staff, avec, sur place, un hôtel d'un certain standing... Il y a tout un système, une logistique qui fait que ça représente un coût énorme. Je crois qu'ils vont se déplacer à 80 et quelques personnes. Mais il y a tout un système de sponsoring, de business, qui se met en place autour de l'événement. Il y a toujours un coût, mais aussi des retombées financières. Il faut plus le prendre comme ça. On est tous gagnant-gagnant à faire venir des stars du football ici. Quoiqu'on en dise, ça fait parler du pays. Il ne faut pas s'arrêter aux chiffres. Ça reste du sport.
Est-ce aider l'Afrique de dépenser autant ?
P.B. : Si les équipes africaines veulent grandir, il faut être capable d'organiser des matches comme ça. D'un point de vue logistique, la Fédération va voir ce que c'est d'organiser des matchs dignes d'une Coupe du monde. En 2019, j'avais joué l'Argentine, à Tanger, avec le Maroc, et on n'avait pas parlé de tout ça. C'était évoluer face à une équipe qui fait partie des meilleurs. Là, on a l'équipe championne en titre avec l'un des plus grands qui a envie de venir à Luanda, en Angola. Il faut être heureux de ça, et s'en servir. C'est sûr que si on fait un one shot, avec plus rien derrière... Moi, ce que je vois, c'est toute une économie du football en Angola qui est prête. Il y a de la qualité, des stades... C'est dynamiser le football et le sport ici. Quoi de mieux que de faire venir Messi et ses copains ?
Lionel Messi, c'est votre GOAT ?
P.B. : Il fait rêver... On est juste des privilégiés. Je pourrais dire : "J'ai joué contre Cristiano Ronaldo en 2018 à la Coupe du monde. J'ai affronté Neymar. Je vais jouer Messi..." Comme on dit, je peux mourir tranquille. Je suis reconnaissant de pouvoir vivre cette aventure.
Vous parliez tout à l'heure de la CAN qui démarre le 21 décembre : vous êtes dans le groupe B avec l'Egypte, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe. Quel est votre regard sur ce que peuvent faire les Palancas Negras ?
P.B. : Ce sera ma huitième participation. J'ai eu la chance d'en gagner deux (avec la Zambie en 2012 et la Côte d'Ivoire en 2015, en tant qu'adjoint de Hervé Renard, ndlr). C'est une compétition qui m'est très chère. J'ai une affection particulière. J'ai un regard toujours humble. Sans avoir peur de personne, mais avec beaucoup d'humilité. C'est un continent où tout peut arriver.
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