Mort de Rolland Courbis - 1998-1999, l’œuvre inachevée de coach Courbis avec l'OM

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Passé sur les bancs de Toulon, Bordeaux, Lens, Montpellier ou Ajaccio, Rolland Courbis a particulièrement marqué les esprits lorsqu'il a été entraîneur de l'OM. En 1998-99, il aurait pu réaliser le doublé Coupe d'Europe-championnat. Très marqué par l'annonce du décès de son ancien coach, Cyril Domoraud revisite, pour Eurosport, cette saison mythique aux côtés de Rolland Courbis.

Rolland Courbis, l'ex-coach de l'OM en marge de la finale de la C3 1999.

Crédit: Getty Images

"C'était comme un père pour moi. Quand j'ai appris la nouvelle ce matin, ça m'a sonné. Je l'appréciais beaucoup. C'était vraiment un monsieur charmant. C'est une grosse perte pour le football français. Je pense fort à sa famille." Après l'annonce du décès de Rolland Courbis ce lundi, Cyril Domoraud ne cachait pas son émotion. En effet, c'est le coach qui l'a lancé en D1 à Bordeaux en 1996 et qui l'a emmené avec lui à Marseille un an plus tard.
"Il m'a fait confiance et progresser, nous confie l'ex-défenseur central international ivoirien. Surtout, il m'a permis de sortir le meilleur de moi-même et je l'en remercie. Je lui dois ma carrière." Une carrière qui a pris encore plus d'envergure en 1998-99 à Marseille. Cette saison-là, celle du centenaire pour l'OM, Rolland Courbis a su faire vibrer le public du Vélodrome mais également le grand public en France.
Après un premier exercice conclu à la quatrième place, l'OM a plein d'atouts pour briller dans cette saison post-Mondial 1998. Notamment au niveau de l'effectif où se côtoient les champions du monde Laurent Blanc, Christophe Dugarry et Robert Pirès (recruté à Metz), les joueurs reconnus sur le plan mondial comme Fabrizio Ravanelli ou Andreas Köpke (qui sera vite relégué sur le banc par Stéphane Porato), les expérimentés (Eric Roy, Daniel Bravo, Patrick Colleter, Florian Maurice, Patrick Blondeau) et les jeunes talents (William Gallas, Peter Luccin et donc Cyril Domoraud).
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En 1998-99, Cyril Domoraud et Laurent Blanc étaient les titulaires en défense centrale à l'OM.

Crédit: Getty Images

Le discours de Rolland à la mi-temps d'OM-Montpellier résonne encore dans ma tête aujourd'hui
Après deux premiers succès contre Nantes (2-0) et Metz (0-1), la saison de l'OM version Rolland Courbis prend un tournant particulier après le match à domicile contre Montpellier. À la surprise générale, son équipe est menée 0-4 à la mi-temps. Cyril Domoraud raconte la suite. "Le discours de Rolland résonne encore dans ma tête aujourd'hui, nous glisse-t-il. Quand on est mené, on rentre au vestiaire avec Laurent Blanc. Je lui dis : 'mais qu'est-ce qui se passe Lolo ? On ne se reconnait pas'. Il me répond : 'non, ça ne va pas aujourd'hui'. Donc, on s'attend à recevoir les foudres de Rolland. Finalement, il lâche : 'je crois en vous, on va gagner 5-4. Remotivez-vous parce que vous êtes une grande équipe et de grands joueurs'. Il avait d'ailleurs parié avec Michel Mezy et Louis Nicollin (ex-coach et président de Montpellier) en leur disant : 'on gagnera 5-4'. C’était ça Rolland : un audacieux, il croyait en l'homme."
Rapidement à la fin de l'été, l'OM continue d'enchaîner les victoires et se détache au classement. C'est le début d'un long mano à mano avec les Girondins de Bordeaux d'Elie Baup, guidés par le redoutable duo d'attaque Lilian Laslandes-Sylvain Wiltord. À la trêve, le club olympien est en tête avec 47 points (notamment 13 victoires). Le coaching de Rolland Courbis n'est pas étranger à ce début canon.
"Rolland, c'était plus un manager, rappelle Cyril Domoraud. À l'entraînement, il prenait un peu de recul. Il savait te motiver pour que tu puisses te transcender. Il était à l'écoute, il faisait tout pour que tu sois dans les bonnes conditions. Après, quand il fallait hausser le ton, il le faisait. Il a su créer une bonne osmose partout où il est passé."
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Laurent Blanc avec Roland Courbis

Crédit: Getty Images

Lors de la phase retour, l'OM est ralenti en janvier par une défaite cuisante chez le rival bordelais (4-1) et une élimination en 16e de finale de la Coupe de la Ligue contre Lens (ndlr : match joué à Caen) après une séance de tirs au but où la tentative valable d'Eric Roy est refusée par l'arbitre. Des Sang et Or qui élimineront aussi Marseille en 16e de finale de la Coupe de France (3-1) à la fin du mois de février.
Rolland Courbis et ses hommes ont ainsi plus de jus pour tenter de rivaliser en Europe. Qualifiés cette saison-là en Coupe de l'UEFA (l'ancêtre de la Ligue Europa), l'OM passe les obstacles sans encombre : Olomouc, Werder Brême, Monaco, le Celta Vigo et Bologne, après une demi-finale retour irrespirable au Stadio Renato Dall'Ara. Ce déplacement en Emilie-Romagne sera lourd de conséquences pour les Marseillais car une grosse bagarre éclate entre les joueurs à la fin du match. Résultat : William Gallas, Peter Luccin, Fabrizio Ravanelli, Christophe Dugarry et Eric Roy sont suspendus pour la finale à Moscou contre Parme. Une finale que les coéquipiers de Lilian Thuram survoleront (3-0), bien aidés, il est vrai, par une passe mal ajustée de Laurent Blanc vers Stéphane Porato en début de rencontre. "Si on m'avait permis ce jour-là de récupérer un seul joueur, j'aurais choisi Éric", nous confiera Rolland Courbis 26 ans plus tard à l'occasion d'un portrait de l'actuel entraîneur du Stade Brestois.
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Fabrizio Ravanelli et Rolland Courbis après la qualification de l'OM à Bologne.

Crédit: Imago

Il ne reste donc plus que le championnat à jouer pour l'Olympique de Marseille en cette fin de saison 1998-99. Alors qu'il reste encore quelques matches, plusieurs joueurs sont ardemment sollicités par les tout meilleurs clubs d'Europe. C'est notamment le cas de Cyril Domoraud, qui souligne la grande classe de Rolland Courbis pour gérer ce paramètre. "Avant un match à Monaco (1-2), il avait appris que j'allais signer à l'Inter Milan. Il m'a dit : 'Je suis content pour toi. Tu vas franchir une étape supplémentaire. Mais sors le meilleur de toi-même pour qu'on puisse gagner ce match. Rolland, il savait te parler", retrace l'ancien joueur, passé ensuite à Bastia, Monaco, l'Espanyol Barcelone ou Créteil, et qui "est resté en contact" avec son coach fétiche après avoir avoir raccroché les crampons en 2007.
Lors de la dernière journée, l'OM bat Nantes (0-1) à la Beaujoire et pense pouvoir coiffer les Girondins de Bordeaux au poteau... sauf que Pascal Feindouno offrira finalement le titre aux siens dans les derniers instants au Parc des Princes (2-3), face à un adversaire parisien qui n'avait "pas tout donné" (dixit Francis Llacer).
De cette saison 1998-99, il restera les souvenirs d'une grande équipe, d'un maillot doré mythique, d'un parcours marquant en Europe mais surtout d'une oeuvre inachevée pour Rolland Courbis, qui glanera finalement son seul titre de champion, en tant qu'entraîneur, trois ans plus tard en Ligue 2 avec l'AC Ajaccio.

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