Paris 2024 - Thierry Henry : "Difficile de penser à la tactique quand tu ne sais plus quels joueurs tu vas avoir"
Mis à jour 19/06/2024 à 10:59 GMT+2
L'aventure de l’équipe de France olympique a commencé dimanche. Thierry Henry est soulagé d’être entré dans le vif du sujet même s’il est conscient que sa liste peut encore évoluer à tout moment. Désormais, il a jusqu’au 24 juillet et l’entrée en lice des Bleus pour bâtir son collectif. Le but : décrocher l’or ou, au moins, inspirer et vivre une aventure d’exception. Il s'est confié à Eurosport.
Henry ambitieux pour les JO : "En arrivant, j'ai dit au président que je visualisais l'or"
Video credit: Eurosport
Thierry, le rassemblement a commencé dimanche…
Thierry Henry : (il coupe) Enfin !
L’aventure est lancée pour de bon. Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ? Fataliste, réaliste ou optimiste ?
T.H. : Je suis réaliste, mais je penche vers l’optimisme, aussi. Je l'ai dit en conférence de presse : faire la liste, attendre de voir si elle ne va pas se défaire, c'était assez chiant. Les "non", les "oui peut-être", les "non peut-être", les "oui sûrs" qui se sont transformés en "non sûrs"… Même si ça peut encore bouger, je dis "enfin" car on est entré dans le vif du sujet, j'ai une équipe devant moi et je ne suis plus en train d'appeler toutes les cinq minutes à droite et à gauche pour savoir si je peux avoir tel joueur. Les clubs sont dans leur droit. C'est difficile d'argumenter quand tu ne peux pas vraiment le faire.
De quelle nature sont vos arguments quand vous appelez les clubs ? Vous jouez sur la corde sensible ?
T.H. : Non, tu ne peux pas argumenter. Tu appelles, tu es poli, tu dis "bonjour, comment ça va ? Est-ce qu'on pourrait avoir ce joueur ? Des joueurs ? Deux ? Trois ? Non ? OK." Tu raccroches en restant poli, bien sûr. Je peux comprendre les clubs étrangers. Les Français aussi, je peux entendre quand ils me parlent des échéances à venir. Mais en tant que coach de l'équipe de France, tu espères avoir la meilleure équipe.
Est-ce que la frustration a pris le pas, parfois ?
T.H. : Encore une fois, je m'y attendais et je savais que les clubs avaient le droit de dire non. Donc, je ne peux pas être frustré. C'est juste qu'à un moment donné, pendant les deux ou trois semaines qui ont précédé l’arrivée à Clairefontaine… Mon téléphone est ici, il peut sonner à n'importe quel moment. Mais au moins, on est là.
Dimanche, Kylian Mbappé a officialisé ce que l'on pressentait : il ne disputera pas les JO. Le saviez-vous ou subsistait-il un espoir de le voir vous rejoindre ?
T.H. : Il y a toujours de l'espoir, même si on m'avait dit non. On ne sait jamais ce qu'il se passe dans la vie. A 99,9%, il reste toujours 0,1% pour arriver à 100%, donc… Néanmoins, vu qu'on m'avait dit non, c'était assez clair.
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Henry vote Pérec pour le dernier relais de la torche olympique : "Pour moi, Marie-Jo, c'est tout"
Video credit: Eurosport
Lundi en conférence de presse, vous avez emboité le pas du même Kylian Mbappé et appelé à faire barrage aux extrêmes. A aller voter, également. Est-ce que vous en avez parlé avec vos joueurs ?
T.H. : Franchement, on n'en a pas encore trop parlé. Les joueurs sont arrivés dimanche soir. Il n'y a pas eu trop de discussions là-dessus. Je pense qu'ils vont certainement s'exprimer en conférence de presse. Mais on n'en a pas encore vraiment discuté en groupe.
La liste peut évoluer à tout moment, vous l'avez dit. Dans ce contexte, comment construit-on un collectif cohérent avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête ?
T.H. : Quand tu es coach, tu essaies de prévoir comment tu vas jouer tactiquement. Quelle paire va jouer devant, derrière, au milieu… En revanche, quand tu commences à perdre des joueurs, ça se complique. A un moment donné, on n'était même pas 22... Difficile de penser à la tactique quand tu ne sais même plus quels joueurs tu vas avoir… Maintenant, on est dans la préparation, on y voit un peu plus clair, tout en espérant que, bien sûr, il n'y a pas encore un joueur ou deux qui vont être rappelés par leur club. A un moment donné, tu as juste envie de savoir qui tu as pour pouvoir avancer. Les Argentins ont déjà joué trois ou quatre matches amicaux, il y en a d’autres qui sortent de la Coupe d'Asie. Ces équipes ont donc un vécu que l'on n'a pas à l'heure actuelle. On va essayer de l'avoir le plus rapidement possible.
Alexandre Lacazette est l'un de vos trois joueurs de plus de 23 ans. Qu'attendez-vous de lui ? Peut-il être le capitaine de cette équipe olympique ?
T.H. : Je n’ai pas vraiment d'attente mais j’espère qu’il va continuer à faire ce qu'il fait. C’est un joueur qui a encore mis énormément de buts en championnat cette saison. Il est vrai que ça n'a pas toujours été rose pour lui avec l'équipe de France du dessus mais je n'ai rien à voir avec ça. On l'a pris pour mener l'attaque - pas que lui, d'ailleurs - et pour essayer d'avoir une certaine cohésion dans le groupe avec des joueurs qui ont joué ou jouent encore ensemble en club.
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Alexandre Lacazette à l'entrainement des Bleuets, lundi
Crédit: Getty Images
A partir de quel moment, ou de quel métal, les Jeux de Paris seront-ils réussis ?
T.H. : Quand j'étais joueur, il n'y a que la victoire qui comptait. Après, il y a un chemin parcouru, de temps en temps, qui fait que tu peux transcender et inspirer certaines personnes. C'est aussi une victoire. On peut aussi se souvenir des équipes qui perdent parce qu’elles ont soulevé quelque chose. A l'arrivée, soyons tout de même honnêtes : ne pas gagner, ce n’est pas terrible. Quand je suis arrivé ici, j'ai parlé au président de la FFF et je lui ai dit que je visualisais l'or. Peu importe qui sera dans cette équipe, il va falloir essayer d'aller chercher cette médaille d'or.
En 1999, vous étiez redescendu chez les Espoirs et aviez raté la qualification pour Sydney 2000 après un barrage que l'on qualifiera de surréaliste face à l'Italie. Est-ce que disputer les Jeux à la maison en 2024 comble ce rendez-vous manqué ?
T.H. : Ça ne va rien combler parce que les jouer, c'est différent. Je ne sais pas si vous vous rappelez de ce match, mais c'était un peu bizarre. Bon, on s'est rattrapé derrière… et eux aussi (sourires). Ça ne comblera jamais ce manque mais l'opportunité d'y participer, c'est extraordinaire. En France, c'est une fois tous les cent ans.
Vous avez disputé et gagné la Coupe du monde. Même chose avec l'Euro. Le football est habituellement au centre du monde. Aux JO, c'est différent. Est-ce que ça retire un peu de sel à l'aventure ?
T.H. : Non, pas pour moi. Mais il ne faut pas se mentir : quand on grandit et qu'on parle de football, on pense Coupe du monde, Euro ou Ligue des Champions désormais, vu l'ampleur qu'elle a prise. On ne se dit pas "je vais gagner les JO". Néanmoins, l'engouement reste le même. C'est en France et ça fait longtemps qu'on ne les a pas gagnés. C'est quand même les JO !
Que peut-on vous souhaiter pour les Jeux ?
T.H. : Que personne ne m'appelle pour me dire qu'un joueur doit partir. Blague à part : que les joueurs soient bien, qu'ils ne se blessent pas et on donnera le maximum. Comme je dis bien souvent, tu peux accepter de perdre contre une équipe qui est meilleure que toi, mais il faut se donner à fond. J’espère qu’il y aura de l'engouement. Un peu comme avec les Barjots (ndlr : l'équipe de France de handball bronzée à Barcelone en 1992). C’est une équipe qui n'a pas gagné, mais tout le monde se rappelle des Barjots. Il y avait un truc avec eux. On va essayer de créer quelque chose, inspirer, transmettre. Je pense que c'est aussi important. Et si à l'arrivée, on peut avoir une médaille, la plus belle…
La suite de l'interview de Thierry Henry est à retrouver dans l'émission "Mon Paris Olympique", mercredi soir sur Eurosport 1 (20h45). Il nous parlera de sa passion pour les JO, Marie-José Pérec et les Barjots...
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