"Le marché des transferts sera en mode pause cet été". Jean-Michel Aulas, qui s'exprimait sur France Info, reste pessimiste. Et le président de Lyon a des raisons de l'être. Le mercato estival va forcément être impacté par cette crise inédite liée au Covid-19. "Les contraintes financières vont probablement mener à une baisse à la fois dans le nombre des transactions et dans le montant des transferts", estime le cabinet d'audit KPMG. Mais ce fameux marché, si déterminant pour l'équilibre des clubs tricolores, ne sera pas en pause non plus.

Les prix des transferts vont bien sûr baisser. Ça ne fait pas beaucoup de doutes. "Il y aura une chute de la demande. Et étant donné que le nombre de joueurs ne va pas diminuer, les prix devraient mécaniquement baisser. Là, il s'agit d'une analyse globale, sur un marché qui fonctionne sur l'offre et la demande", nous confirme Luc Arrondel, directeur de recherche au CNRS et spécialisé dans l'économie du football. Dans son étude, le cabinet KMPG évoque ainsi une baisse de la valeur des joueurs de 13% avec la reprise des championnats. Une décote non négligeable. Cependant, le marché sera encore actif. Et à plusieurs niveaux.

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Attendre ? "Cela ne peut pas être une stratégie"

Pour le commun des footballeurs déjà. Car la planète football ne peut pas s'arrêter de tourner. "Certains transferts ne se feront pas car des clubs n'auront pas la capacité de le faire, estime Pierre Dréossi, l'ancien manager général du Stade Rennais ou de Lille. Le marché sera moins important. Mais il n'y aura pas la volonté des clubs de dire : on vendra l'année prochaine. Ce sera peut-être une obligation car ils ne trouveront pas les acheteurs. Mais je ne pense pas que cela peut être une stratégie".

Si les offres de transferts mais aussi les propositions de salaires risquent d'être plus mesurées, les joueurs mais aussi les clubs ont peu de chances d'attendre des jours meilleurs, quand les sommes repartiront à la hausse. Ceux qui feront ce choix seront des exceptions. "Une saison dans le monde du football professionnel n'a rien à voir avec un an dans le monde normal, enchaîne Dréossi. Une année dans le foot, c'est beaucoup. Les carrières sont courtes. Même si un joueur aura peut-être moins d'opportunités cette année, elles ne se représenteront pas forcément l'année prochaine. Et puis, il y a les risques de blessures, de faire une mauvaise saison".

Pourquoi penser que les gros transferts vont disparaître ?

Frappés de plein fouet par l'arrêt du football pendant de longues semaines et face à l'absence des revenus liés à la billetterie, les clubs vont quand même continuer de s'activer. Mais ils ne feront cependant pas beaucoup de folies. Enfin pas forcément. Car si le marché des stars s'annonce plus calme, il a aussi peu de chance de s'arrêter vraiment. "Pourquoi penser que les gros transferts vont disparaître ? se demande ainsi Richard Duhautois, spécialiste de l'économie du football. A partir du moment où les grands clubs européens continuent d’avoir des budgets entre 300 et 700 millions d’euros, ils continueront de se faire concurrence sur les stars… Les transferts de plus de 100 millions d’euros sont l’exception et non la règle. Ils continueront donc d’exister après la crise..." L'achat par le PSG de Mauro Icardi, même à un prix moindre, ou la décision de Chelsea de lever l’option d’achat de Timo Werner vont dans ce sens.

Enfin, la vie du mercato ne se limite surtout pas aux superstars. Ou même aux transferts payants. C'est évidemment la partie la plus médiatique. Celle qui fascine le plus. Et est donc la plus visible. Mais le mercato ne se résume pas à ça. "Dans le monde, seulement 10 à 15 % des transferts sont des transferts payants. 20 % sont des prêts et le restedes transferts libres, explique Richard Duhautois. La plupart des transferts payants se font dans le big 5 et sont largement inférieurs à 10 millions d’euros. Nous avons une vision biaisée car cela concerne notamment la Ligue 1". "On a toujours tendance à sur-estimer la part des transferts dans les mouvements des joueurs, ajoute Luc Arrondel. C'est la partie émergée de l'iceberg." Voilà pourquoi la planète mercato ne s'arrêtera pas.

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