Premier League - Tottenham : On les a connus friables, les Spurs sont devenus impitoyables

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Sous la coupe de Pochettino, Tottenham a retrouvé de l’allant et, surtout, le club londonien a complètement changé. Les Spurs, réputés fragiles et perméables à la pression, ont désormais les épaules pour viser haut.

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Un adjectif revient fréquemment dans la bouche des supporters anglais, ceux des Spurs y compris, lorsqu’il s’agit de définir la personnalité du Tottenham de ces vingt dernières années: ‘flaky’. ‘Fragile’, ‘friable’ comme la pâte feuilletée du même nom. Le goût en est parfois des plus agréables, mais il est des nourritures plus substantielles, comme celle qu’on sert à quelques kilomètres de là, chez le voisin qui rend visite aux Spurs ce samedi. Les fans des Gunners s’en amusent. Voilà dix-neuf années de suite qu’ils peuvent fêter la St Tottenringham (Teddy Sheringham étant l’une de leurs têtes de turc préférées), célébrée le jour où il devient impossible aux Spurs de finir devant eux dans le Championnat d’Angleterre.
Ce qui n’est donc pas arrivé depuis la saison 1994-95, quand Arsène Wenger faisait ses causeries accompagné d’un interprète japonais et que Harry Kane savait tout juste marcher. Presque vingt ans de douleur, de rancoeur et de quelques autres mots finissant en “eur”, bonheur excepté. Chaque fois que Tottenham y a cru, Tottenham a fini par s’effriter et se casser les dents sur la fève de la qualification pour la C1, pendant qu’Arsenal reprenait une part de galette. Les nuits contre l’Inter et Milan, illuminées par Gareth Bale, avaient été un rêve éveillé. Horreur des horreurs, en 2011-12, il avait fallu que Chelsea, sixième mais vainqueur à Munich, aille chiper aux Spurs la place qui leur revenait de droit en Europe.

Pochettino a tout changé

Ce préambule vous fait escompter un “mais”. Et vous avez raison. Mais, donc, quelque chose a changé ces derniers mois. Ce club qui dévore ses entraîneurs à un rythme presque abramovitchien (Mauricio Pochettino est le septième à s’être assis sur le siège éjectable depuis que David Platt céda la place à Jacques Santini en 2004) semble en avoir trouvé un qui convienne à tout le monde, directoire, fans et joueurs. Après la fin en queue de poisson de l’ère Redknapp, l’intermède Villas-Boas et le grand n’importe quoi de l’interrègne Sherwood (surnommé Tactics Tim dans les salles de presse, précisément parce que la tactique, hein…?), les dirigeants de Tottenham semblent avoir enfin tiré la bonne carte.
Il a fallu du temps à l’Argentin pour que sa transformation des méthodes de préparation et d’entraînement des Hotspurs se traduise par un jeu et des résultats qui peuvent faire douter qu’Arsenal renouvelle sa victoire de l’an passé à White Hart Lane. A la conclusion de la onzième journée, au cours de laquelle ils s’étaient inclinés face à Stoke devant leur propre public, Tottenham n’était que douzième. Depuis, une série de huit victoires et un nul en onze matches leur ont permis de se placer dans le sillage immédiat des Gunners ; un succès ce samedi, et voilà les Spurs qui se retrouvent en cinquième position.

Bagarreur, accrocheur, tenace

Vous direz que ce n’est pas la première fois qu’ils se retrouvent dans une situation de ce type, et que ce n’est pas pour rien qu’on les dit ‘flaky’. A quoi je rétorquerai qu’on s’est servi d’autres adjectifs pour les catégoriser depuis plusieurs semaines. Des adjectifs inhabituels en ce qui les concerne, comme “bagarreur”, “accrocheur”, “tenace”. Douze de leurs rencontres jouées depuis le 2 novembre se sont soldées par un score de 2-1 ; huit d’entre elles se sont achevées par un succès pour cette équipe qui avait acquis la réputation de craquer dans les matches au couteau.
Cette série de 2-1 n’est pas qu’une aberration statistique. Elle est aussi la preuve que Pochettino est parvenu à faire croire à un groupe connu pour sa propension à mal vivre la pression qu’il avait les moyens de tenir, de se battre et de gagner. Parfois avec panache - le 5-3 contre Chelsea -, plus souvent en serrant les dents – comme contre Sunderland à la mi-janvier, un de ces 2-1 dont, pas par hasard, le héros avait été Christian Eriksen.
Il est normal que le public anglais fasse plutôt les yeux doux à l’un des siens, Harry Kane, 21 ans, 20 buts au compteur alors qu’il n’était certainement pas dans l’idée de Pochettino d’en faire un titulaire en début de saison. Même si des photos de Kane enfant portant le maillot d’Arsenal ont circulé sur internet, il est bien un fan de toujours des Spurs, un pur produit de leur académie - autant dire un oiseau rare -, et un don du ciel pour les titreurs : Hurri-Kane, ça s’écrit tout seul.
Cela dit, s’il a indubitablement donné des raisons d’y croire à un public qui l’adore, ce n’est pas sa seule explosion qui explique pourquoi un tel vent d’optimisme souffle à White Hart Lane aujourd’hui. Hugo Lloris, de facto capitaine maintenant que Younes Kaboul et Emmanuel Adebayor ont disparu du onze de Pochettino, accomplit une saison magnifique, que, selon moi, on ne salue pas assez en France. Avis tout personnel : après vingt-trois journées, c’est lui, pas Thibaut Courtois, que je placerais, de justesse, derrière l’incroyable De Gea dans la hiérarchie des  gardiens de Premier League. Je ne parle pas des qualités intrinsèques de ces trois portiers, entendons-nous, mais de ce qu’ils ont montré sur le terrain depuis le mois d’août. Et avant de crier au fou, passez en revue ses performances, dont la dernière, à West Brom, était un petit chef d’oeuvre.

Eriksen s’occupe de tout

Reste Eriksen. Le joueur qu’on disait si talentueux, mais si inconstant aussi. Le numéro 10 qui disparaissait parfois complètement sans qu’on sache pourquoi. Voilà douze journées que Pochettino, qui l’a toujours titularisé (le seul joueur de champ de Tottenham à qui l’Argentin a montré une telle confiance), lui fait jouer l’intégralité des quatre-vingt-dix minutes. Pas fou, le Mauricio: Eriksen a le don de déverrouiller les rencontres quand celles-ci touchent à leur fin. Quatre fois cette saison, il a marqué entre les 88e et 90e minutes.
Par trois fois en championnat, Tottenham a gagné grâce à lui. A Hull le 23 novembre (2-1), à Swansea le 14 décembre (2-1), contre Sunderland le 17 janvier (2-1, comme on l’a dit). La quatrième, en assurant le nul à Sheffield United (2-2), il qualifiait son équipe pour sa première escapade à Wembley depuis la finale de la Coupe de la League perdue en 2009 - quand flaky Tottenham avait capitulé dans la séance des tirs au but contre Manchester United. Sur un coup franc direct, son deuxième d’affilée.
Sans les buts de Christian Eriksen (*), Tottenham compterait treize points de moins à son total, et pointerait aujourd’hui à la douzième place. Statistiquement, aucun autre joueur de Premier League n’a montré une telle efficacité en 2014-15, pas même Alexis, hélas forfait pour ce derby. C’est dire que, pour stopper les Spurs, Arsenal ne devra pas seulement maîtriser la menace Kane, mais aussi stopper le meneur de jeu danois que Pochettino positionne aussi bien à droite (contre Sunderland) qu’à gauche (contre West Brom) ou dans l’axe (contre Chelsea et Crystal Palace, pour prendre les rencontres disputées depuis le 1er janvier 2015). Francis Coquelin était parvenu à sevrer David Silva de ballons lorsque les Gunners avaient joué un match quasiment parfait à l’extérieur pour l’emporter 2-0 à l’Etihad. Il leur faudra faire aussi bien à White Hart Lane ce samedi.
Et éviter de faire des fautes inutiles à vingt mètres de la cage de David Ospina…
(*) Onze à ce jour, en 29 matchs toutes compétitions confondues, ce qui constitue un ratio supérieur (0,38b/m) à celui de sa meilleure saison jusque-là (0,29 b/m en 2012-13 avec l’Ajax)
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