Le classement ne le dit pas (encore) mais Tottenham est épatant et Arsenal a du mouron à se faire

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Rarement un derby du nord de Londres a été aussi attendu ces dernières années : entre un Tottenham transfiguré et un Arsenal qui joue les premiers rôles, la rencontre promet. Et les Spurs, martyrisés par les Gunners, n'ont pas de quoi courber l'échine. Bien au contraire.

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Il y a les chiffres, les faits, qui sont bruts, et brutaux pour Tottenham. Les Spurs n’ont jamais fini au-dessus d’Arsenal au classement du championnat d’Angleterre depuis l’arrivée d’Arsène Wenger à Highbury en 1996/1997. Chaque année depuis, les fans des Gunners ont pu narguer leurs ennemis préférés et célébrer ce qu’ils appellent le Saint Totteringham Day (Tottenham plus Sheringham, si vous avez besoin d’une explication), c’est-à-dire la journée où il devient impossible pour les Spurs de devancer Arsenal à ce classement. La saison passée, c'était arrivé le 4 mai, alors qu’il restait quatre matchs à disputer.
Aujourd'hui, certains anxieux vont jusqu’à se demander si 2015/2016 verra ce jour béni. Arsenal compte le même nombre de points que le leader Manchester City, certes. Et Leicester. Mais Tottenham, qui avait entamé la saison par un revers 0-1 à Old Trafford, s’est rapproché du Top 4 à pas de loup, pour ne plus camper qu’à cinq longueurs de son voisin. Une série de dix matches sans défaite, et cela, alors que tous les supposés "grands" ont connu leurs jours sans depuis, indique assez clairement que Tottenham a trouvé un nouvel équilibre, et qu’une place dans le Top 4 n’est en rien une vue de l’esprit pour l’équipe de Mauricio Pochettino.

Fini, le Tottenham flaky

Ce qui a changé ? La mentalité des Spurs, pour commencer. Fini, le Tottenham friable, flaky, château de cartes qu’un simple courant d’air pouvait suffire à faire s’écrouler. Pochettino, digne disciple de Marcelo Bielsa (dont il écouta et retint les leçons lorsqu’il jouait pour les Newell’s Old Boys en Argentine), a mis sur pied une équipe qui vise à prendre son adversaire à la gorge pour ne plus le lâcher. D’entrée de jeu, Tottenham presse haut, tacle comme un possédé : au rythme de vingt-quatre tacles par match, un chiffre que n’importe quel coach vous confirmera être très largement au-dessus de la moyenne, et que n’avoisine aucune autre formation de Premier League.
Et ce ne sont pas que les "chiens" de son midfield – Mason, Alli, Dier, Bentaleb – qui endossent le bleu de chauffe. C’est aussi Christian Eriksen, qui n’a pas perdu de sa créativité pour autant. C’est aussi Erik Lamela, revenu à son tout meilleur niveau, omniprésent dans la récupération, notamment lors d’une prestation époustouflante contre Manchester City (4-1). En fait, c’est quiconque endosse le maillot blanc frappé du coq. Un maillot qui porte désormais la griffe de Pochettino.
Si les Spurs flirtent avec le sommet, c’est principalement à leur défense qu’ils le doivent, une défense qui a fini de se reposer sur les exploits d'Hugo Lloris, enfin stabilisée par l’arrivée de Toby Aldeweireld. Une défense qui n’a concédé que neuf buts en onze journées, soit un de plus seulement qu’Arsenal et Manchester United, les équipes les plus imperméables de la Premier League. De l’autre côté du terrain, après une période de vaches maigres, Harry Kane a retrouvé sa vista - cinq buts lors de ses trois derniers matches, toutes compétitions confondues.

Une ossature anglaise

Bref, on cherche un maillon faible, on ne le trouve pas. Et le plus épatant est que ce nouveau Tottenham a une ossature anglaise; aucune autre équipe du Top 10 ne s’appuie autant sur les enfants du cru. Kyle Walker, Danny Rose, Ryan Mason, Delle Alli, Harry Kane : tous sont des habitués et des habituels du onze de départ de l’entraîneur argentin. Des jeunes, en plus, dont la marge de progression est énorme.
A lire ce qui précède, vous vous dites peut-être : "attends, nous dirais-tu alors qu’Arsenal sera battu ce dimanche ?” Et par une équipe qui n’a gagné qu’un seul de ses vingt-cinq derniers matches sur le terrain des Gunners ? Pas tout à fait. Mais les Gunners, si convaincants depuis plusieurs semaines, auront été secoués par leur capitulation à l’Allianz-Arena, même s’ils auront eu vingt-quatre heures de plus pour récupérer que Tottenham, difficile vainqueur d’Anderlecht en Ligue Europa jeudi soir. Ils sont aussi, comme si souvent, trop souvent pour qu’on ne se pose pas de questions sur la qualité de leur préparation physique et de leur suivi médical, décimés par une avalanche de blessures que même Arsène Wenger admet être ingérable. Welbeck, Wilshere, Arteta, Oxlade-Chamberlain, Walcott, Ramsey, Koscielny, Ospina, Bellerin…Good god.

Arsenal : l'obligation de tourner

Du coup, le turnover que le manager des Gunners aurait sans doute souhaité adopter à l’approche des fêtes n’est plus une option. Semaine après semaine, il doit et va devoir se reposer sur un groupe réduit à sa plus simple expression, au point que Joel Campbell, l’homme invisible, se retrouve en pole position pour occuper le flanc droit de son 4-2-3-1.
Un autre chiffre: 2800. C’est la différence entre le nombre de journées d’indisponibilité des joueurs d’Arsenal et de ceux de Tottenham depuis le début de la saison 2012/2013. Est-il besoin de spécifier que l’infirmerie la plus occupée a été celle de l’Emirates, pas celle de White Hart Lane ? Tout cela n’est pas de bon augure pour Wenger, pile au moment où l’on pensait que ce pourrait être son année. Mais qu’Arsenal passe l’obstacle de Tottenham et, tout d’un coup, l’horizon s’éclaircit, avec West Brom, Norwich, Sunderland et Aston Villa pour adversaires avant de recevoir Manchester City à l’Emirates le 21 décembre. Une chose est sûre : cela fait bien longtemps qu’un derby du nord de Londres n’avait revêtu une telle importance, pour Arsenal, pour Tottenham, pour la Premier League toute entière.
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