Eloge de la souffrance

"Il vous fait travailler comme un chien, parfois vous avez envie de le tuer, mais ça marche". Voilà le discours que tenait l'Argentin, Dani Osvaldo, après avoir travaillé sous les ordres de Mauricio Pochettino, à Southampton, pendant seulement six mois, en 2013. Séances courtes mais d'une intensité folle (parfois trois par jour, en pré-saison), l'ex-défenseur du PSG pousse ses joueurs dans leurs derniers retranchements pour en extraire le maximum.
Stakhanoviste, Pochettino "vit pour le football". Il arrive au centre d'entraînement tôt le matin et part rarement avant 19h. Méticuleux, il ne néglige aucun détail, et équipe ainsi ses joueurs de GPS pour pouvoir décortiquer le moindre de leurs mouvements. Le traitement de choc qu'impose ce "control-freak" à ses joueurs ne peut que rappeler les méthodes de Marcelo Bielsa, l'homme qui a justement découvert Mauricio Pochettino, quand il avait 14 ans, dans le petit village de Murphy.
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Certains ex-joueurs de l'OM pourraient ainsi deviser avec Harry Kane et consorts sur les vertus de la souffrance, eux qui volaient sur le terrain, le samedi, après avoir craché leurs poumons toute la semaine sous les ordres d'El Loco. "Je me sens extrêmement fatigué chaque jour, disait ainsi Moussa Dembélé, en juillet dernier, en pleine préparation d'avant-saison, mais je sais que cela va porter ses fruits". La suite des évènements ne lui a pas donné tort. A une journée du terme de la Premier League, Tottenham est deuxième du classement, et est déjà assuré de jouer la Ligue des champions.

Un système d'inspiration bielsiste

Pressing haut et intense pour récupérer le ballon. Voie des couloirs privilégiée, avec des latéraux qui passent la ligne médiane dès l'amorce de la phase de relance. Jeu déroulé au sol avec audace, et recours aux dégagements hasardeux seulement en ultime recours. Les années passées sous les ordres de Marcelo Bielsa, à Newell's Old Boys, puis en sélection argentine, ont laissé des traces évidentes sur Mauricio Pochettino.
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La philosophie de jeu qu'il impose et dont il se revendique est indéniablement d'inspiration bielsiste. Sa mise en pratique diffère toutefois sensiblement des canons posés par son maître. Pochettino mise ainsi ainsi invariablement sur une ligne de quatre défenseurs, quand El Loco affectionne la défense à trois. Si ses joueurs doivent bien se démultiplier pour récupérer le ballon, les Spurs sont toutefois une équipe moins vertigineuse que celles de l'ex-entraîneur de l'OM. Un brin plus prudente aussi. Tottenham n'est pas la meilleur défense de la Premier League pour rien (30 buts encaissés). Aux avant-postes, Pochettino, comme Bielsa, mise sur une pointe (Harry Kane) et se refuse d'aligner un duo d'attaque, même si Kane dézone fréquemment pour offrir une première solution avant de repiquer dans l'axe.
Les deux entraîneurs argentins partagent une même obsession pour l'exploitation maximale de la largeur du terrain. Pochettino le fait en 4-2-3-1, un schéma également utilisé par Bielsa, même si la marque de fabrique d'El Loco reste le 3-3-3-1. "La seule façon dont je comprends le football, est d'exercer une pression constante, jouer dans le camp adverse, et avoir la possession du ballon" disait Bielsa. En 2013-2014, Pochettino avait fait de Southampton, huitième du classement, l'équipe au meilleur taux de possession de la Premier League (58,6%). Du Bielsa pur jus.

Prime à la jeunesse

Marcelo Bielsa a repéré Mauricio Pochettino dès ses 14 ans. Une fois devenu entraîneur de Newell's Ols Boys, il remportera le championnat 1990-1991, avec une charnière centrale formée par son jeune poulain, alors âgé de 18 ans, et par Fernando Gamboa (19 ans). Empiriquement, Pochettino a alors appris que la jeunesse n'avait pas à prendre son mal en patience sur le banc. Bien encadrée et mise en confiance, elle pouvait se révéler prête à l'emploi. A Tottenham, l'Argentin n'a ainsi pas hésité à se débarrasser de quelques anciens (Kaboul, Adebayor, Soldado), et a parié sur une jeunesse conquérante. Dès sa première saison en Premier League, Dele Alli est ainsi devenu titulaire, alors qu'il vient tout juste de fêter ses 20 ans. On peut aussi penser à Harry Kane, Eric Dier, ou à un Erik Lamela ressuscité. A Southampton, Pochettino avait valorisé avec tout autant de réussite la jeunesse locale : Luke Shaw, Calum Chambers, ou Nathaniel Clyne.
L'ex-défenseur du PSG sait aussi extraire la substantifique moelle de joueurs entre deux âges, en les astreignant à un régime strict : on peut penser à Ricky Lambert ou Moussa Dembelé, comme Bielsa avait conduit Gignac et Payet à réaliser une saison d'exception en 2014-2015. "Quand nous avons gagné des titres et atteint la finale de la Copa Libertadores (1992) avec Newell's, notre équipe ressemblait à celle de Tottenham, a déclaré Pochettino, cet équilibre entre jeunesse et expérience".

Mauricio Pochettino (Tottenham)

Crédit: Eurosport

The Special One autant que The Crazy One

Pochettino a toujours reconnu ce qu'il doit à Bielsa, mais il n'a jamais caché non plus son admiration pour José Mourinho, l'antithèse d'El Loco. Cynique, ultra-pragmatique, ultra-défensif quand les circonstances l'exigent, pourfendeur d'arbitres, le Portugais n'a ni le sens de l'éthique ni celui de la retenue de Marcelo Bielsa. "Etre face à lui, à Wembley, c'est un rêve", avait dit Pochettino au terme de la finale de la League Cup 2015, remportée par Chelsea face à Tottenham. "Je l'admire, c'est l'un des meilleurs managers au monde, si ce n'est le meilleur" avait-il aussi considéré, à propos du Special One.
Lors d'un autre match face à Chelsea, celui qui a donné le titre a Leicester, le 2 mai dernier, Pochettino a d'ailleurs pris des faux airs de Mourinho quand il est entré sur le terrain pour mettre un terme à une explication musclée entre Danny Rose et Willian. Mais plus que le caractère ou les options de jeu du Portugais, c'est son management des hommes qui fascine Pochettino. L'Argentin est d'ailleurs en recherche constante de méthodes pour souder son groupe. A Southampton, il avait ainsi notamment fait parler de lui pour avoir fait marcher ses joueurs sur des braises. Des méthodes de team building étrangères à l'hermétique Marcelo Bielsa.

Des rapports plus détendus avec ses dirigeants

Dans ses rapports à la presse, Mauricio Pochettino a adopté une ligne proche de celle de son "père". A Southampton, il a ainsi donné toutes ses conférences avec un traducteur, par peur d'être mal compris s'il se hasardait en anglais. A l'inverse d'El Loco, il offre toutefois quelques entretiens individuels, mais seulement au compte-goutte.
L'ex défenseur du PSG se montre toutefois beaucoup moins froid que Bielsa dans son rapport aux journalistes. Dans son rapport aux joueurs, aussi. Surtout, il sait échanger, négocier, avec ses dirigeants, sans que la relation ne menace d'être rompue à la première parole non tenue, ou au premier malentendu. Pochettino est plus raisonnable, moins colérique. Moins idéaliste peut-être aussi, la conséquence sans doute de son passé de joueur professionnel, qui lui a appris à accepter certaines lois du milieu. Au final, Pochettino figure une version polie et plus pragmatique de Bielsa, qui en fait aujourd'hui l'un des entraîneurs les mieux côtés d'Europe.
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