Mauricio Pochettino, l’homme des présidents

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Jeune, ambitieux, adepte d’un jeu offensif, l’Argentin de 45 ans représente la nouvelle vague des entraineurs d’aujourd’hui. Daniel Levy, le président de Tottenham, aimerait le voir rester encore dix ou quinze ans. Mais Florentino Perez, le président du Real Madrid, en a fait sa priorité pour succéder à Zinédine Zidane.

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Un jour, Mauricio Pochettino envoya un sms à Daniel Levy. Le président de Tottenham découvrit une photo de Bill Nicholson posant entre les portes des grilles du stade de White Hart Lane où ses cendres furent enterrées plus tard avec celles de sa femme, Darkie.
Le technicien anglais est une figure emblématique du club londonien, où il passa dix-neuf années comme joueur (1936-1954) et seize comme entraineur (1958-1974), le plus titré du club avec huit trophées majeurs dont le doublé Cup-championnat en 1961 et deux coupes d’Europe (la coupe des vainqueurs de coupes en 1963 et la coupe de l’UEFA en 1972). "Un jour, ce sera toi", répondit Levy qui aimerait voir l’Argentin devenir le "Sir Alex Ferguson de Tottenham" et être encore à la tête des Spurs dans dix ou quinze ans.
Pochettino s’est déclaré prêt à lier son avenir à celui des Spurs à qui il a donné une nouvelle dimension. Mais un club peut encore briser cette idylle. Une proposition qu’il ne saurait refuser : le Real Madrid. Un club "spécial… impossible à décrire", selon l’intéressé. Ayant passé treize années comme joueur puis entraineur à l’Espanyol Barcelone, Pochettino s’interdit de s’asseoir un jour sur le banc du Barça mais pas sur celui du club merengue, son rêve ultime.
"Si vous n’avez pas joué contre le Real Madrid à Bernabeu, c’est comme si vous n’aviez pas été baptisé", confessa-t-il un jour. Or, depuis la démonstration de son Tottenham face au Real à Wembley (3-1) et un peu plus encore avec la mauvaise saison des doubles champions d’Europe en titre qui rend l’avenir de Zinédine Zidane incertain, le nom de l’Argentin figure tout en haut de la liste des prétendants à la succession du Français. Pochettino serait même LA priorité de Florentino Perez.

Un bâtisseur, développeur de talents

L’Argentin a tout pour lui. Il est jeune, travailleur, bâtisseur. Le jeu de ses équipes est facilement reconnaissable, de l’Espanyol Barcelone à Southampton puis Tottenham. Il prône un jeu offensif et ambitieux basé sur un pressing haut tout en sachant promouvoir des jeunes du centre de formation. Un véritable trésor pour ses clubs respectifs. Lallana, Shaw, Clyne et Schneiderlin, qui ont explosé sous sa direction, ont rapporté 100 M€ aux Saints, Walker 57 M€ à Tottenham.
Combien valent, aujourd’hui, Kane, Alli et Eriksen ? Pochettino peut également se targuer d’avoir lancé et développé une bonne partie des joueurs qui composent l’équipe d’Angleterre (Walker, Clyne, Dier, Trippier, Rose, Lallana, Alli, Kane). Une sélection qu’il se verrait bien diriger un jour. Avec lui, ses équipes progressent constamment à l’image des Spurs, sixièmes à son arrivée et qu’il a transformés en candidats au titre deux saisons de suite (troisièmes en 2016 et deuxièmes en 2017) avant de devancer le Real Madrid et Dortmund dans sa poule de Ligue des Champions.

Aucun trophée ? Zidane et Guardiola n’en avaient pas non plus

Seul bémol, selon certains, l’absence de trophées dans l’escarcelle du technicien depuis ses débuts. Mais combien de trophées avaient remporté respectivement Zinédine Zidane et Pep Guardiola avant de mener, avec l’énorme succès qu’on leur connaît, les destinées du Real Madrid et du FC Barcelone ? Aucun pour le premier, un titre de champion de D4 espagnole avec la réserve du club catalan pour le second.
On peut aussi se demander si l’exigence physique et tactique de Pochettino, qui fonctionne à merveilles avec un groupe jeune désireux de progresser, peut fonctionner dans un vestiaire composé de stars établies comme celui du Real Madrid. Mais une fois encore, Guardiola n’a pas connu ce problème-là à Barcelone ou au Bayern avant de transporter son savoir à Manchester City.
Le plus grand obstacle dans cette histoire pourrait être avant tout Daniel Levy, négociateur intransigeant qui a déjà fait plier le club madrilène sur le transfert de Gareth Bale, acheté 100 M€ alors que les dirigeants espagnols s’étaient juré de ne pas dépasser le montant de Cristiano Ronaldo (94 M€) pour ne pas froisser la star portugaise. Mais pour Levy comme pour Perez, tout a un prix. Et, sous contrat jusqu’en 2021, Pochettino ne sera pas libéré sans un chèque d’au moins 45 M€, ce qui ferait de lui l’entraîneur le plus cher de l’histoire.

Le Real en juin ? Trop tôt

Non, le plus grand frein serait avant tout le timing. Une proposition dès le mois de juin arriverait sans doute trop tôt. Dans sa quatrième saison avec Tottenham, l’Argentin n’a pas encore exploité au maximum le potentiel d’un groupe pétri de talent et dont il imagine l’avenir très haut. Souvent frustré en matière de recrutement, il aimerait également entrer dans le nouveau stade des Spurs (dès la saison prochaine) qui devrait offrir une nouvelle dimension financière au club londonien, à ce jour le onzième mondial selon le classement Deloitte derrière Arsenal (6e), Chelsea (8e) et Liverpool (9e). A Tottenham, il sait aussi qu’il a davantage de marge de manœuvre et de temps qu’il n’en aura jamais au Real pour mener à bien son projet.
L’enjeu est évidemment immense pour Levy qui devra savoir trouver les arguments pour retenir son entraineur à qui il a déjà offert une Bentley. Car, si tous les cadres de l’équipe ont prolongé ces derniers mois (Kane, Lloris, Eriksen, Alli, Dier) avec des salaires bien inférieures à ce qu’ils auraient pu espérer ailleurs, c’est davantage un gage de fidélité à Pochettino qu’au club. En cas de départ de ce dernier, qui pourrait être tenté d’amener un ou deux joueurs dans ses bagages (Kane, Lloris), c’est un immense chantier qui se dresserait alors devant le président des Spurs.
Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.
Pour approfondir le sujet, écoutez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.
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