Getty Images

Bruno Fernandes, le catalyseur dont rêvait Manchester ?

Bruno Fernandes, le catalyseur dont rêvait Manchester ?

Le 07/03/2020 à 11:29Mis à jour Le 08/03/2020 à 12:12

PREMIER LEAGUE - Il est arrivé cet hiver et, déjà, a mis sa patte sur Manchester United. Lui, c'est Bruno Fernandes et il tient peut-être l'avenir des Red Devils entre ses pieds. Depuis sa signature, il a déjà impacté le jeu mancunien et tentera de continuer à le faire dimanche lors du derby de la ville.

Alex Ferguson faisait grise mine en cet automne 1992. Un peu moins de deux ans plus tôt, discuté, chahuté même, par les supporters de Manchester United, il n'avait dû son salut qu'à un but de Mark Robins inscrit contre le Nottingham Forest de Brian Clough lors du troisième tour de la Cup. Son propriétaire Martin Edwards le nia plus tard, mais il ne fait guère de doute que le couperet serait tombé en cas d'échec, et que la plus prodigieuse des carrières de l'histoire du football anglais aurait dû se poursuivre ailleurs qu'à Old Trafford.

United continua sur sa lancée en Coupe d'Angleterre, et finit par la remporter, encore que ce ne soit qu'à la suite d'un replay contre Crystal Palace, la première finale s'étant achevée sur la marque de 3-3. Un an plus tard, Ferguson ajoutait la Coupe des Coupes - et face à Barcelone, s'il vous plaît - à son palmarès mancunien. Cette victoire de prestige n'avait, cela dit, pas suffi à lancer la machine fergusonienne pour de bon. Le titre de champion d'Angleterre, remporté pour la dernière fois en 1967, se refusait toujours au club. La saison précédente, alors qu'il paraissait en vue, son équipe explosa dans le sprint final, rattrapée par un calendrier délirant qui l'avait vue jouer cinq matches en l'espace de dix jours au mois d'avril, dont United ne gagna qu'un seul. Le Leeds de Cantona, Speed, Strachan, McAllister et Batty sut en profiter.

Voilà pourquoi l'humeur de Sir Alex n'était pas des meilleures en cet automne 1992. United avait heurté un mur : zéro victoire, cinq nuls et deux défaites entre le 19 septembre et le 21 novembre; quatre misérables buts inscrits en quatre matches; une nouvelle saison de frustration en perspective. United pointait à la dixième place du classement, à neuf points de Norwich et huit de l'Arsenal de George Graham, le champion de 1991.

Ferguson savait ce qui lui manquait. Un catalyseur. Son effectif était sans conteste l'un des plus beaux de la toute nouvelle Premier League. Schmeichel, Pallister, Bruce, Giggs, McClair, Ince, Hughes...ce n'était tout de même pas rien. Mais le puzzle n'était pas complet. Il manquait le joueur qui ferait se détendre le ressort.

Ce joueur était évidemment Éric Cantona.

Eric Cantona of Manchester United in action during the 1993 FA Charity Shield against Arsenal

Eric Cantona of Manchester United in action during the 1993 FA Charity Shield against ArsenalEurosport

Ferguson avait le don pour identifier, très tôt, ces joueurs-catalyseurs qui pouvaient transformer son équipe, ce qui était à ses yeux l'aspect le plus crucial de son travail : la gestion du changement. Car on doit impérativement changer une équipe qui gagne si on entend qu'elle continue de gagner. Il trouva parfois ces catalyseurs à sa porte : Beckham et Scholes. Il alla les chercher en Angleterre - Rooney - ou au Portugal - Cristiano Ronaldo.

Mais l'ère Ferguson s'est refermée, et celle qui l'a suivie, et à laquelle on ne peut encore donner d'autre nom que 'post-Ferguson', ce qui en dit tout de même long, attend toujours ce 'catalyseur' qui refera du club le plus riche d'Angleterre le plus puissant aussi sur le terrain. Paul Pogba devait sans doute remplir ce rôle (parmi d'autres rôles, pas forcément liés au terrain) dans l'esprit de ceux qui le recrutèrent, mais on sait ce qu'il advint.

Toujours besoin d'un grand joueur

Il en est toujours allé ainsi à Manchester United : même les deux plus grands entraîneurs de son histoire ont eu besoin d'un ou de plusieurs footballeurs qui soient capables de faire passer leur club dans une autre dimension. Pour Ferguson, on a vu de qui il s'agissait. Pour Busby, c'étaient les Ballons d'Or Best, Law et Bobby Charlton, le trio statufié qui veille sur leur théâtre des rêves. Pour Moyes, van Gaal, Mourinho et Solskjaer, c'est personne. Pour le moment.

Pour le moment, car voilà qu'on commence à se demander si l'oiseau rare ne se serait pas perché à Old Trafford lors des migrations de janvier. Évidemment qu'il est trop tôt pour l'affirmer. Évidemment qu'on s'emballe trop vite de nos jours. Évidemment que c'est absurde de parler dans le même souffle des géants pré-cités et d'un joueur de vingt-cinq ans qui a disputé en tout et pour tout quatre matches de championnat, deux de Ligue Europa et un de FA Cup avec les Red Devils. Évidemment qu'on ne peut pas encore savoir si Bruno Fernandes sera à Solskjaer - et à celui qui le remplacera peut-être cet été - ce qu'Éric Cantona fut à Sir Alex. Mais quand on attend ce nouveau catalyseur depuis bientôt sept ans, évidemment qu'on se laisse griser dès le premier verre.

Bruno Fernandes of Man Utd catches the ball during the UEFA Europa League round of 32 second leg match between Manchester United and Club Brugge at Old Trafford on February 27, 2020

Bruno Fernandes of Man Utd catches the ball during the UEFA Europa League round of 32 second leg match between Manchester United and Club Brugge at Old Trafford on February 27, 2020Getty Images

Il est vrai que ce qu'il contenait était d'un goût de remettez-moi-ça. Il y avait les buts, pour commencer, qu'il marque avec United au même rythme qu'il les marquait avec le Sporting, soit un peu moins d'un tous les deux matches (64 en 137 rencontres avec le club lisboète), une moyenne étonnante pour un milieu de terrain offensif. On avait le droit de se demander si le double "joueur portugais de l'année" (2018 et 2019) serait toujours aussi efficace dans un championnat beaucoup plus relevé que la Liga NOS. Ce qu'il a montré jusqu'à présent le suggère, et pas seulement les buts.

United attendait un créateur qui puisse le pousser de l'avant, donner davantage de rythme à une équipe qui en a manqué, en fait, depuis le départ de Ferguson. Fernandes l'un de ceux-là. Regardant ses statistiques dans son match le plus abouti à ce jour - contre Watford, le futur tombeur de Liverpool -, on pouvait s'étonner que "seulement" 72% de ses passes aient trouvé un coéquipier, quand beaucoup de joueurs évoluant à son poste dépassent régulièrement la barre des 80% dans cet exercice. La raison n'en est pas que Fernandes n'est pas le plus précis des passeurs; la raison en est que lorsqu'il transmet le ballon, c'est, presque la moitié du temps, devant lui, bien plus souvent que les footballeurs qui évoluent dans sa position le font habituellement. Peu d'autres ont ce courage de chercher la verticalité sur chaque ballon, quitte à courir le risque de céder sa possession.

Le sens du tempo

Quand il perd ce ballon, d'ailleurs, Fernandes le récupère souvent. Face à Watford, les sept duels qu'il disputa tournèrent tous à son avantage; en sus de quoi il gratta cinq balles dans l'entrejeu à son adversaire du jour, ce qui n'avait rien d'évident quand on sait que le trio Capoue - Hughes - Doucouré évoluait dans sa zone. Tout cela indique un joueur qui, non seulement possède des qualités largement supérieures à la moyenne, mais qui a aussi la confiance requise pour ne pas craindre de vouloir les exprimer sur une scène bien plus exposée que celles où il a eu l'occasion de se produire jusque-là - à tout le moins en club.

Enfin, il y a le rythme propre au jeu de Fernandes, un de ces joueurs qui ont le rare talent de sentir très vite le tempo d'un match, et celui, qui est encore moins communément partagé, de le dicter en sachant quand poser le pied sur le ballon, et quand choisir d'accélérer. Manchester United avait besoin d'un de ces joueurs-là, qui sachent mener leur équipe à la baguette - de maestro, pas de Père Fouettard.

Il arrive que les premières impressions, si encourageantes soient-elles, se dissipent aussi rapidement qu'elles sont nées. L'exemple d'Angel di Maria est salutaire à cet égard, lui qui entama sa carrière mancunienne sur les chapeaux de roue - trois buts et trois passes décisives lors de ses cinq premières rencontres - et sortit ensuite de route pour n'y plus revenir, ne marquant pas un seul but en championnat du 6 octobre au 24 mai cette saison-là. Et puis ce n'est pas faire injure à Ole-Gunnar Solskjaer que dire qu'il n'est pas Sir Alex. Personne d'autre n'est Sir Alex. Il n'empêche que ce n'est pas un hasard si, d'emblée, les supporters mancuniens qui se rendent au stade, et dont l'œil se trompe rarement, ont chanté 'Bru-no, Bru-no'. Fernandes ne sera peut-être pas le catalyseur qu'ils appellent de leurs vœux; mais il leur a déjà fait croire que ce pourrait être le cas, et ce n'est pas rien.

Vidéo - "Bruno Fernandes, le facteur X"

00:43
Pariez sur le Football avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313