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Macheda, la météorite d'Old Trafford

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Coup d’éclat légendaire mais frustrante carrière : Macheda n'aura illuminé Old Trafford qu'une fois

Crédit: Eurosport

ParSimon Farvacque
10/05/2020 à 21:28 | Mis à jour 13/05/2020 à 13:21

Parfois, vous êtes touché par la grâce. Lors d’un instant, d’un match ou d’une compétition. Cette semaine, nous retraçons l’histoire de cinq joueurs qui ont surperformé, durant un court laps de temps. Le premier épisode de la série traite de Federico Macheda, attaquant italien qui a embrasé Old Trafford à l’âge de 17 ans, avant de mener une carrière bien terne à l'aune de ce fait d'armes initial.

Manchester United vacille en ce 5 avril 2009. Pour la première fois depuis quatre ans, les Red Devils ont perdu deux matches de suite en Premier League. Et un troisième revers de rang se profile. Ils sont menés à Old Trafford par Aston Villa (1-2), à l’entame du dernier quart d’heure. S’ils ne s’imposent pas, les doubles tenants du titre vont être délogés de la première place par Liverpool, qu’ils devançaient de 7 points il y a seulement trois semaines. Mais depuis, les Reds sont venus les fesser dans leur antre (1-4). Les hommes de Sir Alex Ferguson comptent certes un match en retard, mais la dynamique est en train de s’inverser et le triplé risque de leur échapper. Ce ne sera pas le cas. En partie grâce à Federico Macheda.

Vous avez bien lu. Carlos Tevez vient tout juste de sortir, Ryan Giggs et Cristiano Ronaldo sont encore sur le terrain, mais c’est un attaquant de 17 ans qui va faire vrombir de joie le Théâtre des rêves. Le tout pour ses débuts en équipe première. Macheda a remplacé Nani à l’heure de jeu. Il n’est pas impliqué dans le but égalisateur de CR7 (2-2, 80e minute). Il est seulement le premier à féliciter le Ballon d’Or en titre, auteur d’un doublé ce jour-là. Mais ce n’est pas par procuration qu’il va vivre une intense émotion quelques instants plus tard.

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La deuxième chance offerte par Giggs

Dans le temps additionnel, Gary Neville arpente son couloir droit pour ce qui ressemble au va-tout mancunien. Il trouve Federico Macheda plein axe aux 20 mètres. Le "teenager" italien tente un dribble derrière sa jambe d’appui, mais Luke Young a tout compris et repousse le danger. Ryan Giggs récupère. Le jeu est de donner une deuxième opportunité au jeunot, qui demande à être servi dans les pieds. Le Gallois s’exécute et Macheda retente un contrôle orienté similaire. Cette fois, cela va trop vite pour Young. Le héros-surprise se couche en enroulant, du droit, le ballon dans le petit filet opposé. Darren Fletcher est à deux doigts de lui tordre le cou, emporté par l’élan d’un Old Trafford incandescent. 3-2, score final.

"Ma vie a changé ce jour-là, et elle n’a plus jamais été la même depuis, relatera Macheda auprès d’ESPN, en 2017. Personne n’avait la moindre idée de qui j’étais avant ce but, mais le lendemain, quand je suis arrivé au centre d’entrainement, il y avait 100 personnes autour de moi." La notoriété le touche de près, comme de loin : "J’étais en première page des journaux du monde entier. Mes amis m’appelaient depuis Rome et criaient au téléphone."

Grâce à ce succès face au 5e de Premier League, Manchester United achève la 31e journée dans le fauteuil de leader, avec un point d’avance sur Liverpool, et toujours le luxe d’avoir pour joker un match de plus à jouer. Mais plus encore qu’arithmétiquement, le coup est dur à encaisser moralement pour la concurrence. La spirale négative endiguée, les Red Devils ne vont plus laisser le moindre point en route jusqu’à la pénultième journée de championnat, et un match nul face à Arsenal synonyme de troisième sacre consécutif.

Un triplé fondateur et une récidive

Au lendemain de la victoire mancunienne face à Aston Villa, le Manchester EveningNews relate le contexte dans lequel Federico Macheda a eu sa chance. Wayne Rooney suspendu, Dimitar Berbatov blessé, Sir Alex Ferguson ne peut compter que sur Carlos Tevez pour occuper la pointe de son attaque, alors que celui-ci a joué un match en Bolivie dans la semaine, avec l’équipe d’Argentine. Contraint de se tourner vers les jeunes du club pour disposer d’une option sur le banc, il envisage l’avant-centre italien, auteur de cinq buts en sept rencontres dans l'antichambre des pros. Il reste un match à Macheda pour améliorer ce bilan et marquer le coup.

Federico Macheda, ici en novembre 2008 face à Chelsea, brillait dans les catégories de jeunes

Crédit: Getty Images

Le mythique entraîneur des Red Devils suggère à Ole Gunnar Solskjaer, alors en charge de l’équipe réserve, de faire passer le message suivant à son prometteur attaquant : montre-toi à ton avantage, et tu seras dans le groupe pro six jours plus tard face à Aston Villa. Message reçu. Macheda claque un triplé face à Newcastle (3-3), dont un but égalisateur à la 89e minute. Briller dans le "Fergie time" pour achever de séduire le coach qui en est l’éponyme : qui dit mieux ? Vous connaissez la suite.

Une suite mémorable pour tout supporter de Manchester United. Nathanaël en est un. Il nous raconte comment il a vécu les débuts tonitruants de Macheda : "A ce moment-là, on ne pense pas une seconde que le petit jeune peut délivrer Old Trafford. Même si le mec est fort en réserve. On pense s’en remettre à Ronaldo, ou à Giggs. Surtout à Ronaldo, on l’imagine en sauveur. Et là il y a ce but…On se dit : ‘Put***, on est tombé sur quel crack les gars ?’"

D'autant plus que le conte de fée ne s’arrête pas là pour l’avant-centre italien. Dès la semaine suivante, il marque le but de la victoire à Sunderland (1-2), avec une pointe de réussite. Il vient d’entrer, à l’orée du dernier quart d’heure, quand il dévie d’un réflexe une frappe trop croisée de Michael Carrick. Ce n’est pas le but du siècle, mais cela fait aussi partie de ce que l’on attend d’un grand attaquant.

Deux (bouts de) matches en Premier League et deux buts pour Federico Macheda, devant un Cristiano Ronaldo tout sourire

Crédit: Getty Images

Ferguson lui témoigne (plusieurs fois) sa confiance

Federico Macheda retrouve l’ombre au début de la saison suivante. Mais il n'est pas mis de côté. Dès décembre 2009, Manchester United prolonge son contrat jusqu’en 2014. Ferguson est dithyrambique au sujet de celui qui avait débuté sa formation à la Lazio, et sur lequel les Red Devils ont mis la main deux ans plus tôt : "Tout le monde au club reconnaît le talent fantastique qu’il a, et nous espérons le voir s’épanouir dans les prochaines années."

Même lorsque Chicharito (22 ans) est recruté à l’été 2010, Sir Alex envoie des signaux positifs à son protégé, qui va seulement sur ses 19 ans. "J’ai besoin de garder Chicharito et Macheda, déclare-t-il avant le début de la saison. Il y a beaucoup de détermination dans leur façon de jouer au football. Pour jouer dans un club comme Manchester United, le talent ne suffit pas. Vous avez besoin de quelque chose en plus. Ils l’ont et j’en suis ravi." Mais derrière le discours de façade, il y a le concret : Ferguson sait qu’il va bientôt passer la main et qu’il a les moyens de terminer en beauté. Une donnée qui n’est pas incompatible avec l'envie de faire émerger des jeunes, mais qui place la vision à long terme au second plan.

C’est en tout cas ainsi que l’a vécu Nathanaël. "On était à une période charnière du club, estime le fan mancunien. A ce moment-là, on avait une équipe un peu en fin de cycle. On savait qu’il restait seulement quelques années à Sir Alex (…) Il voulait emmener cette équipe jusqu’au bout. On retourne d’ailleurs en finale de la Ligue des champions en 2011." Un autre joueur a, selon lui, en partie fait les frais de cette stratégie : "Paul Pogba, c’est à cette période qu’il décide de partir aussi (été 2012, un an avant que Ferguson ne tire sa révérence, sur un treizième titre de champion d’Angleterre en vingt-sept saisons en tant que coach de Manchester United, ndlr). Alors qu’il était souvent dans le groupe. A ce moment-là on n’avait pas le temps de développer les jeunes."

Federico Macheda enlace Sir Alex Ferguson, après son fameux éclair face à Aston Villa

Crédit: Getty Images

"Peut-être que j’étais simplement heureux d’être là…"

Dans ce contexte, Federico Macheda ne parvient pas à faire son trou. Mais il le doit peut-être aussi à son état d’esprit. Dans l’entretien accordé à ESPN en 2017, il concède ainsi : "Peut-être que j’étais simplement heureux d’être là. Que je n’ai pas réussi à me dépasser, à repousser mes limites pour passer à l’étape supérieure parce que je ressentais que j’avais la confiance du manager. Fergie m’aimait. J’étais content de ma vie. Peut-être trop."

Surtout qu’il y a un décalage entre ce sentiment de satisfaction et le travail qu’il lui reste à accomplir. "Il était très fort à 17 ans. Il le faut pour se retrouver dans le groupe pro, surtout à l’époque. Ce n’était pas comme maintenant, où l’on fait monter des petits parce que l’on a des galères d’effectif. Mais même très fort, il n’était pas un produit fini", considère Nathanaël. De là à dire que son entrée fracassante dans le monde professionnel l’a desservi ? "Cela l’a un peu tué, oui, répond le mordu des Red Devils. C’est bête, mais après de tels débuts, le supporter va s’attendre à ce que tu fasses la différence. Pas à ce que tu marques à chaque match, mais à ce que tu sois toujours impactant, décisif." Difficile à gérer : "Tout le monde n’est pas Kylian Mbappé, Marcus Rashford ou Jadon Sancho…"

Federico Macheda et Michael Owen, tout juste recruté, au départ d'une tournée d'été de Manchester United en Asie - 16 juillet 2009

Crédit: Getty Images

"Cela a été la pire erreur de ma vie"

Lors de la première moitié de la saison 2010/2011, Macheda ne joue que des bouts de matches. Sept en Premier League, dont seulement deux titularisations. Même en l'absence sur blessure de Michael Owen (signé un an plus tôt), la concurrence est rude (Chicharito, Berbatov, Rooney) et une solution s’impose aux yeux de Sir Alex comme du joueur : le prêt. Sauf que Macheda souhaite découvrir la Serie A, alors que Ferguson préférerait qu’il s’aguerrisse dans le championnat où il veut, à terme, le voir briller : "Je voulais jouer en Italie, Fergie n’était pas d’accord. Il a dit que je devais jouer en Angleterre, où il pouvait garder un œil sur moi, qu’il n’avait pas le même pouvoir en Italie. J’ai insisté pour y aller… et cela a été la pire erreur de ma vie."

Federico Macheda est ainsi prêté six mois à la Sampdoria, en janvier 2011. Il a la lourde responsabilité de suppléer Antonio Cassano, quant à lui transféré à l’AC Milan. Cela commence fort : première titularisation en Coupe d’Italie et premier but face à l’Udinese. Mais la pression le rattrape vite. Notamment parce que Giampaolo Pazzini, l’autre attaquant d’un club génois décidément dans l’optique de tourner une page, est transféré à quelques jours de la fin du mercato d'hiver. L’équation devient binaire pour Macheda, qui ne peut plus se cacher : crever l’écran, et vite, ou être fustigé. "Pour la première fois de ma vie, ma confiance a chuté, expose-t-il avec du recul. J’ai commencé à me demander : ‘Suis-je assez bon ?’ Et j’ai aussi commencé à me blesser." Le cercle vicieux est enclenché.

Federico Macheda n'a pas laissé un souvenir impérissable à la Sampdoria

Crédit: Getty Images

12 buts en 23 matches de championnat avec le Pana

Une succession de prêts (à QPR, Stuttgart, Doncaster et Birmingham) plus tard, Macheda quitte Manchester United à l’issue de son contrat en 2014. La suite de sa carrière est en forme de montagnes russes, avec des pics qui n’ont jamais tutoyé un pinacle initial qui semble aujourd’hui bien lointain. Dès qu’il a trouvé un peu de rythme, un pépin physique est venu casser celui-ci. Mais si on fait abstraction de sa météorique apparition dans les radars du football de haut niveau, son parcours reste correct.

Depuis 2018, il brille même au Panathinaïkos. A 28 ans, il affiche 12 buts en 23 matches de championnat grec cette saison. Cela confirme l’étendue de ses qualités, ainsi que le destin qu’il aurait pu épouser. Mais qu’il n’a jamais embrassé, sans que cela ne soit seulement dû à la fatalité. Comme il l’a résumé en 2017 : "Je ne fais plus le minimum comme je le faisais à Manchester United. Je le regretterai toute ma vie."

Federico Macheda se distingue en Grèce

Crédit: Getty Images

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