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Liverpool - Manchester City, rivaux mais pas ennemis

Liverpool - Manchester City, rivaux mais pas ennemis

Le 08/11/2019 à 14:33Mis à jour Le 08/11/2019 à 18:26

PREMIER LEAGUE - Si la rivalité sportive entre Liverpool et Manchester City est à son paroxysme, avant le match de dimanche à Anfield (17h30), aucune animosité n'existe encore entre les deux clubs. Contrairement à ce qu'aiment faire croire une partie des médias anglais, avares de petites phrases lancées entre les deux managers, Jürgen Klopp et Pep Guardiola.

Le Times y est allé de sa double page ce 5 novembre. La "rivalité amicale" entre Jürgen Klopp et Pep Guardiola avait "tourné au vinaigre", comme le "prouvaient" les petites piques que les deux gourous de la Premier League s'étaient récemment échangées par journalistes interposés. Des journalistes qui étaient évidemment ravis de pouvoir ainsi pimenter leurs previews du match de ce dimanche. Le respect mutuel est une chose admirable tant qu'elle est servie à petites doses, mais, au-delà, une part trop copieuse nuit. Le respect ne fait pas vendre ; la détestation, voire la haine - oui.

Nous n'en sommes pas encore au même stade que les promoteurs de boxe qui veulent faire passer leurs canassons de meeting de station balnéaire pour des pur-sangs quand une vague ceinture des lourds version XYZ est en jeu. Du coup, il faut broder, forcer le trait, voire le dénaturer complètement. Unai Emery, à qui on rapporte les rumeurs d'un dîner privé entre Raul Sanllehi et José Mourinho, se fend de quatre mots : "C'est moi le coach". Le temps de tomber sur le bureau d'un rédac-chef de tabloïd, cela devient "le défi lancé à ses dirigeants" par le manager menacé. Tout est si lisse en PL de nos jours qu'il faut bien trouver des aspérités là où il n'y en a pas, tout juste une miette sur la nappe.

Pas d'animosité... pour l'instant

Il est loin, le temps des duels verbaux entre Mourinho, Wenger, Ferguson et Benitez. Antonio Conte était prometteur dans le genre, mais est parti trop vite pour exprimer son plein potentiel. Pep et Jürgen semblaient avoir agréé un pacte tacite de non-agression, se troussant de jolis compliments, se faisant la bise - j'exagère à peine - lorsqu'ils s'accueillaient dans leurs stades respectifs. On se croyait presque revenu au temps où ces deux grands copains, George Graham, alors manager d'Arsenal, et Terry Venables, en poste aux Spurs, s'asseyaient côte-à-côte lors des conférences de presse d'après-derby, au grand désespoir des médias et de leurs propres fans.

Fort heureusement, Guardiola y est allé de sa petite phrase ("Parfois, il plonge", faisant allusion à Sadio Mané). Klopp, qui est un communicateur bien plus fin et plus habile que le Catalan, choisit de ne pas répondre tout en répondant, en faisant allusion à la propension des joueurs de Man City pour les soi-disant "fautes tactiques" qui leur permettent de stopper les contres de leurs adversaires avec beaucoup de, comment dire, de métier ? (Une conviction, parfois empreinte d'admiration, partagée par 99% des observateurs, le 1% restant se chargeant de la publication du match programme des Citizens et de la gestion de leurs comptes sur les réseaux sociaux). Une pincée de levain avait été versée dans le pain de la discorde. Celui-ci retomba un peu lorsque Guardiola "expliqua" deux jours plus tard combien il admirait Mané, c'est vrai. Mais il faut bien se contenter de ce qu'on a, qui était mieux que rien.

Vidéo - Klopp répond à Guardiola : ''Mané n'est pas un plongeur !''

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Or, ce qu'on a, en termes de rivalité et d'animosité entre les deux clubs qui écrasent ensemble le football anglais depuis dix-huit mois, est quasi-inexistant. Il se peut qu'un jour lointain, les fans de Liverpool aient pour réflexe d'inscrire en premier la date de leurs matchs contre City dans leurs agendas lorsque le calendrier de la PL est publié. Ce n'est certainement pas le cas aujourd'hui. Pour les Reds, c'est Man United en premier, puis Everton, puis les autres. Pour les Citizens, c'est Man United, puis... sans doute Liverpool, désormais, mais sans que cela revête une signification si particulière que cela pour le moment. Dans quelle terre pourraient bien plonger les racines d'une vraie rivalité ?

Il manque encore une part d'irrationel

Le City de 2019 est en effet un animal qui n'appartient pas au même genus que celui qui fut son incarnation précédente, celle d'avant le départ de Maine Road, celle, surtout d'avant l'arrivée d'Abou Dhabi. Il existe une solution de continuité d'un type unique entre le City d'avant 2008 et celui d'après. Unique, oui, même au regard de la transformation du PSG qatari, car City, sportivement, n'existait plus comme compétiteur, même dans les fantasmes de ses supporters. Le PSG demeurait un prétendant (décevant ou pas n'importe pas ici), et au moins un vainqueur de coupes. Pas City. Le fil de son histoire depuis les glorieuses années 1960 et 70 était celui d'échecs répétés, sur lesquels les fans avaient bâti une identité à part dans le paysage du football anglais, dont une capacité hors-norme d'auto-dérision était l'ingrédient principal, qu'on chercherait en vain du côté de l'Etihad de nos jours.

Liverpool, par contre, et c'est d'ailleurs l'une de ses forces, est toujours demeuré celui de Shankly, Paisley, Fagan, Dalglish, Houllier et Benitez. La base sur laquelle une rivalité authentique, nourrie par autre chose que l'artifice des moyens financiers, aurait peut-être pu naître et se développer, n'existait plus. La proximité des deux villes ne change rien à l'affaire. Dans l'esprit des Reds, l'équipe de Manchester, c'était, c'est et ce demeurera United.

Klopp a tout compris de l'unicité de Liverpool, d'emblée. Guardiola, lui, n'a rien eu à comprendre, car sa mission était justement d'effacer le City loser de l'ardoise, de recréer ce club de A à Z. L'altérité de leurs démarches n'a pas servi de ferment à un conflit pour autant, malgré l'intensité des duels entre leurs équipes et les controverses qui les ont parfois entourés - comme le carton rouge de Sadio Mané dans la raclée 0-5 des Reds à l'Etihad en septembre 2017 ou la non-expulsion de Vincent Kompany lors de la victoire 2-1 des Citizens en janvier dernier, laquelle s'avéra finalement décisive dans la conquête du titre.

Leroy Sane, Manchester City vs Liverpool

Leroy Sane, Manchester City vs LiverpoolEurosport

On a bien eu droit à des rencontres inoubliables, dont le 4-3 des Reds à Anfield en janvier 2018 fut pour moi la plus belle, depuis la minute d'applaudissements avant le coup d'envoi pour Tommy Lawrence - le gardien de Shankly, tout juste disparu - jusqu'à une conclusion haletante, dans laquelle un City magnifique de générosité fut tout près d'accomplir un miracle. Mais, au delà du jeu en lui-même, et et de l'enjeu, il continue de manquer quelque chose à ce face-à-face. De la rancoeur. Des souvenirs d'injustice. Une part d'irrationnel, d'affect dont les causes traversent les générations.

Cela peut changer, si tant est que l'identité guardiolienne de City soit préservée au delà de son passage à la tête de l'équipe, ce qui n'a rien d'évident, et que ces deux clubs en viennent à constituer un duopole comparable à celui d'Arsenal et de Manchester United entre 1998 et 2004. Mais cela prendra du temps. Aujourd'hui est trop tôt.

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