Tout était en place. Anfield se préparait à accueillir Timo Werner. Jürgen Klopp avait su séduire son jeune compatriote. Liverpool allait réussir là où le Bayern avait échoué un an plus tôt. Le prix - 60millions d'euros, grosso modo, ce que Chelsea va percevoir de l'Atletico de Madrid pour Alvaro Morata - était modique au vu de l'âge du joueur, de ses qualités et de son potentiel, même dans le contexte d'un marché des transferts touché de plein fouet par la pandémie. Dans un football revenu à une sorte de normalité, il vaudrait au moins le double. Timo Werner, la terreur de la Bundesliga, irait rejoindre le champion d'Europe en titre comme on le prédisait depuis des semaines.

Mais une fois de plus, ce qui était 'fait' ne se fera finalement pas. Chelsea est passé par là, Chelsea qui, après s'être offert Hakim Ziyech, a fait le forcing et - semble-t-il - obtenu gain de cause à la 25ème heure. RasenBall Leipzig ne disposait que de quelques jours pour se séparer de son attaquant dans les meilleures conditions; en effet, selon Bild, ce 15 juin, les dispositions contractuelles de Werner faisaient que sa clause libératoire diminuerait d'un tiers; un an plus tard, elle ne serait plus que de 20 millions d'euros. Vendre l'international de 24 ans maintenant était donc un impératif pour le club.

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Pourquoi Liverpool s'est retiré de la course ?

Liverpool savait tout cela, mais Liverpool s'est pourtant retiré du jeu - ou au moins marqué un temps d'hésitation, dont Marina Granovskaya, la vraie patronne de Chelsea, a su profiter avec une habileté qui ne surprend plus. Ceci pose question, ou plutôt questions, au pluriel : pourquoi les Reds ont-il finalement craint de se jeter à l'eau quand ils y avaient déjà les orteils ? Comment cette acquisition affecte ce qu'on croyait être la stratégie à plus long terme du Chelsea de Frank Lampard ?

Une théorie voudrait que Liverpool, que ses propriétaires américains entendent gérer avec beaucoup de prudence, aurait finalement renaclé à l'idée d'investir une somme aussi conséquente (à laquelle il faut ajouter plus de 50 millions d'euros de salaire à verser au joueur sur ses cinq années de contrat) alors qu'on commence seulement à avoir une idée de l'impact financier du COVID-19, que certains estiment à plus de 200 millions d'euros pour chacun des vingt clubs de Premier League. Même pour un club aussi sain que l'est devenu Liverpool, c'est un coup de massue qu'il faudra bien assumer.

Jürgen Klopp lui-même a appuyé cette hypothèse en disant ce qui suit : "Tous les clubs perdent de l'argent. Comment puis-je parler avec les joueurs de choses comme des réductions de salaire alors qu'à côté de ça, j'achète un joueur 50 ou 60m£ ? Si on veut faire les choses sérieusement, on dépend de [nos] revenus. Et nous ne savons pas combien le club gagnera, en particulier parce que nous ne savons pas quand nous pourrons rejouer devant des spectateurs".

Jürgen Klopp leitet ein Training beim FC Liverpool

Crédit: Getty Images

La CAF, un obstacle ?

Des sources du club ont néanmoins nié que seules des considérations financières expliquent le retrait de Liverpool. L'argent est là, disent-elles, et d'autres facteurs ont joué. Werner n'était pas une priorité absolue pour l'équipe du trio Firmino-Mané-Salah (sans oublier Divock Origi, qui n'est pas le plus inutile des remplaçants), et si l'irruption du virus a bien joué son rôle, ce n'est pas seulement celui qu'on lui a prêté. Il a affecté les finances du football, oui, mais il va aussi obliger à repenser son calendrier et, dans ce cas précis, celui de la Coupe d'Afrique des Nations, qui est censée se dérouler au Cameroun du 9 janvier au 6 février 2021.

Plus personne, que ce soit à la CAF ou en dehors, ne songe que ces dates seront maintenues. Les matches de qualification qui devaient se dérouler en mars et en juin - l'équivalent de trois journées complètes - ont tous été repoussés sine die, et il parait inévitable que la CAN 2021 soit repoussée, soit à l'été 2021 (ce qui était l'idée initiale), soit à 2022.

Pour Liverpool, cela veut dire que Jürgen Klopp devrait pouvoir compter sur Sadio Mané et Mohammed Salah pendant l'hiver prochain. Cela veut également dire que la période pendant laquelle le technicien allemand entendait donner un temps de jeu substantiel à sa jeune recrue a totalement changé de physionomie, et que la gestion de son adaptation aurait dû changer en conséquence. Il aurait été bien plus délicat de jongler avec les desiderata des uns et des autres. Pas impossible, non, mais plus problématique.

Sadio Mané et Mohamed Salah

Crédit: Getty Images

Embouteillages inévitables à Liverpool ?

Chelsea n'a pas de problèmes de ce type dans ce secteur de jeu, où l'on ne peut pas dire que la concurrence soit aussi vive qu'elle l'est à Anfield. Dans un premier temps, Tammy Abraham a fait tout ce qu'on pouvait attendre de lui, et même davantage (un but tous les deux matches en PL, tout de même), avant de marquer le pas après les fêtes, et sans convaincre tout à fait qu'il avait le calibre d'être le buteur numéro 1 d'un prétendant au titre.

A 33 ans et huit mois, Olivier Giroud, qui repoussa les avances de l'Inter pour allonger son contrat avec Chelsea d'un an et doit se poser quelques questions aujourd'hui, n'est pas non plus le striker autour duquel sera bâti l'avenir des Blues. Timo Werner aura donc les coudées beaucoup plus franches à Stamford Bridge qu'il les aurait eues à Anfield, ce qui explique aussi pourquoi les tractactions furent menées aussi bon train.

Chelsea change de stratégie

Cette acquisition, dans la foulée de celle de Ziyech, intrigue pour d'autres raisons. Qu'en est-il désormais du projet que l'on prêtait à Chelsea lorsque Frank Lampard succéda à Antonio Conte ? L'idée était, nous avait-on assuré, de se reposer sur ces jeunes que l'académie du club, l'une des meilleures d'Europe, produit à un rythme étonnant depuis des années et qui, jusque-là, étaient envoyés s'aguerrir en prêt à Vitesse Arnhem ou ailleurs et finissaient immanquablement par se retrouver le nez collé contre une porte close dans leur club formateur.

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Cette option était d'autant plus séduisante que les instances internationales s'étaient données pour mission de réformer un système qui permettait à des clubs comme Chelsea ou Manchester City de stocker un nombre effarant de leurs joueurs dans d'autres clubs. La Fifa avait d'ailleurs annoncé en février dernier les premières mesures concrètes destinées à corriger les abus actuels.

La première saison de Lampard sur le banc des Blues avait apparemment confirmé le changement de cap de ses dirigeants. Il avait fait jouer Abraham, Mount, Hudson-Odoi, Reece James, Fikayo Tomori, Billy Gilmour. Ceux-là n'avaient pas déçu. Mais maintenant ? Le vent semble avoir tourné à nouveau. Oui, Chelsea doit songer à remplacer Pedro et Willian, deux gros salaires, au passage, qui seront bientôt parvenus au terme de leurs contrats.

Mais on ne dépense pas 100 millions d'euros pour faire venir un Ziyech ou un Werner et les placer sur le banc. Et dans le contexte actuel, à moins d'être fou, on ne dépense pas 100 millions d'euros si l'on n'a pas une stratégie en place. Or Chelsea, quoi qu'on dise, malgré ses dysfonctionnalités, n'a jamais été une nef des fous. L'arrivée de Timo Werner n'est pas un 'coup' isolé, mais le signal qu'un changement plus profond est en cours.

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