Ceux et celles d'entre vous qui auront vu La Fureur de vivre (Rebel Without A Cause en VO) se souviendront de la fameuse scène dans laquelle Jim (James Dean, qui devait mourir au volant de sa Porsche quelques mois plus tard) et Buzz (Corey Allen) acceptent de se défier dans un jeu à la vie, à la mort, au volant des voitures qu'ils viennent de voler.

Le premier des deux qui sautera du véhicule avant qu'ils aient atteint le bord du précipice vers lequel ils se dirigent, pied au plancher, tous feux éteints, aura perdu le pari - et Natalie Wood. Jim saute à temps, mais Buzz, lui, dont la manche de veste est prise dans la clanche de la portière, plonge dans le vide - et dans le néant. Ce jeu mortel porte le nom de 'chicken' ou de 'chickie run'.

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Il est difficile d'imaginer Ed Woodward, le directeur exécutif de Manchester United, dans la peau et le cuir d'un des 'rebelles' de Nicholas Ray. C'est pourtant l'une des premières images qui me soient venues à l'esprit lorsqu'on apprit que Jadon Sancho, tout compte fait, ne viendrait pas à United. Woodward avait coincé la manche de son veston dans la clanche de la portière. Fort heureusement, il n'y avait pas eu mort d'homme; juste un camouflet de plus pour le successeur de David Gill au poste de directeur exécutif du club mancunien.

On ne peut pas dire que Woodward, qui n'a pas tout à fait le même titre que son prédécesseur, mais certainement les mêmes attributions, l'ait fait oublier. Ce serait même plutôt l'inverse. Le mercato qui vient de se clore n'aura pas contribué à ce que les choses changent beaucoup de ce côté, au vu de ce qui se dit dans le microcosme, et de ce qui en a filtré jusque-là, et que l'on pourrait résumer ainsi : Woodward s'est lancé dans un jeu de 'chicken' avec le Borussia Dortmund et a perdu. Big time.

James Dean à l'affiche du film "Rebel Without A Cause" (La Fureur de Vivre) en 1955

Crédit: Getty Images

MU n'est pas un géant, c'est un moulin à vent

A force de se concentrer sur le cas du jeune attaquant anglais, convaincu que le BvB finirait par ployer sous la pression, sûr de sa puissance, Manchester United a fini par délaisser d'autres dossiers tout aussi importants, pour finalement conclure son mercato en coup de vent, annonçant des arrivées - Alex Telles, Edinson Cavani, Facundo Pellistri, Amad Diallo (qui rejoindra MU le 1er janvier 2021) - qui auraient pu être conclues beaucoup plus tôt, comme celle de Donny van de Beek l'avait été, par exemple.

Il y a de quoi être inquiet lorsque les détails d'un transfert raté sont étalés au grand jour comme c'est le cas aujourd'hui de la cour faite en vain à Jadon Sancho. Des opérations qui font 'pschit', il y en a treize à la douzaine dans chaque mercato, dont on ne sait jamais rien, et qui ne prêtent presque jamais à conséquence. Il en va autrement dans ce cas, auquel doit être ajouté celui de Dembélé, que United souhaitait acquérir en prêt, tandis que Barcelone entendait le vendre (si tant est qu'acquérir Dembélé aurait apporté un espoir de solution aux multiples problèmes de United sur le terrain).

Ce qui est en question, au delà de la personne, c'est de la crédibilité et du standing du club qu'il dirige, du respect dont on lui fait preuve. Le 'chicken', dans cette affaire, c'est bien United, ce poulet qui n'en finira pas de se faire plumer s'il continue à agir de la sorte. Plumer, et ridiculiser. Ce n'est pas ainsi que cet immense club attirera les stars de demain.

Ed Woodard lors de la rencontre de Premier League entre Manchester United et Tottenham (1-6)

Crédit: Getty Images

Dortmund a posé ses conditions : MU a roulé sur la poussière, en bien mauvais état

Dortmund avait fixé son prix : 120 millions d'euros. Dortmund avait fixé une date-limite pour la conclusion des négociations: le 10 août, afin de pouvoir se préparer en toute sérénité au début de la nouvelle saison de Bundesliga, prévu le 18 septembre, sans craindre d'interférences liées au possible départ de l'un des joueurs-clé du club. Au soir de ce 10 août, United n'ayant pas dévié de sa position initiale, le directeur sportif de Dortmund Michael Zorc annonçait que Sancho resterait au club. La décision était 'finale', irrévocable.

A en croire nos confrères de The Athletic, auteurs d'un dossier remarquable de détail sur la saga, le directeur exécutif du club allemand Hans-Joachim Watzke avait d'ailleurs pris soin de prévenir Manchester United lors d'une conversation téléphonique tenue début juillet. Dortmund n'entendait pas jouer au plus fin. Dortmund avait clairement défini les règles du jeu, et s'y tiendrait. Sancho était disponible, mais à certaines conditions. Si celles-ci n'étaient pas réunies, le deal ne se ferait pas, et voilà tout. Les choses n'auraient pu être plus claires.

Et pourtant, peut-être influencé par des agents désireux de mener l'opération à son terme, United persista dans son idée fixe que Dortmund finirait par céder. Et peut-être bien que le Borussia aurait fini par accéder aux voeux de United...si United avait alors revu son offre à la hausse; ce qui était évidemment hors de question, l'évaluation du joueur étant le principal point d'achoppement des discussions entre les deux clubs jusque là. Sancho lui-même, flatté qu'il devait être par l'intérêt de MU, n'était pas non plus désespéré à l'idée de louper le coche cette fois-ci, même s'il échangea alors quelques SMS avec son futur coéquipier Marcus Rashford, à en croire les sources de The Athletic.

Tout ce qui précède n'a rien d'extraordinaire en soi. Se tromper est humain, et persévérer de la sorte l'est aussi, mais seulement quand l'humain en question souffre d'un complexe de supériorité. Le problème est que cela fait des années que Manchester United aurait dû s'en débarrasser.

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