Il est question d'un buteur exceptionnel. Du genre de ceux qui dominent le football mondial. Harry Kane s'inscrit dans ce club très fermé. Même s'il fait moins de bruit que les autres. Même s'il ne suscite pas forcément l'effervescence que des joueurs comme Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont pu entraîner, avant l'émergence plus récente des stars de la nouvelle génération que sont Kylian Mbappé et Erling Haaland. C'est tout le paradoxe du cas de l'Anglais. Il boxe dans cette catégorie sans vraiment donner l'impression d'en faire partie.
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Les chiffres le situent clairement dans le gotha des meilleurs buteurs de la planète. En carrière, Harry Kane pèse un but toutes les 128 minutes. Il fait moins bien que Haaland (1 but / 88 minutes), Messi (1 but / 96 minutes, Mbappé (1 but / 106 minutes), Ronaldo (1 but / 109 minutes) et Lewandowski (1 but / 110 minutes). Et il fait mieux que Luis Suarez (1 but / 129 minutes), Karim Benzema (1 but / 141 minutes) ou Romelu Lukaku (1 but / 152 minutes). Autant de joueurs qui portent, plus ou moins selon les cas, une attention particulière à leurs statistiques. Certains en vivent car le métier de buteur veut aussi ça.

"Peu importe que je marque ou pas"

C'est là que Kane se distingue des autres. Ses chiffres sont remarquables mais c'est bien le cadet de ses soucis. "Peu importe que je marque ou pas, que je fasse une passe décisive ou pas, assurait-il dans une interview diffusée sur Canal+ début janvier. Je regarde comment j'ai tenu le ballon, comment était mon toucher de balle, mes courses, comment j'ai aidé l'équipe défensivement. Et je pense que c'est ce qui sépare les bons des très grands attaquants. Bien sûr, je sais que les gens parleront si je ne marque pas pendant plusieurs matches parce que beaucoup n'ont pas une vision globale. Mais moi j'ai toujours vu cela comme un ensemble."
Kane est beaucoup plus qu'un simple buteur. Cela se voit sur le terrain où son registre dépasse largement le cadre de la finition. L'Anglais décroche, vient servir d'appuis pour ses coéquipiers, oriente le jeu avec une qualité de passe trop rarement soulignée, appelle souvent le ballon dans le vide pour libérer des espaces à ses coéquipiers. "La façon dont Harry Kane joue maintenant, fait les mouvements qu'il fait, à quand remonte la dernière fois qu'un de mes attaquants a fait ça ? Benzema !", estimait José Mourinho dans The Times en mai dernier. Parce que Drogba n'était pas cela, Ibrahimovic n'était pas cela, Lukaku n'était pas cela. Alors parfois, les statistiques ne correspondent pas à la réalité."

La mentalité d'un 10

C'est l'antithèse du buteur égoïste. Il joue pour les autres avant de penser à lui. Cela peut éventuellement affecter son rendement face au but. Et encore. La saison passée, dans une position un peu plus reculée avec Mourinho, Kane avait réussi le tour de force de terminer à la fois meilleur buteur (23 buts) et meilleur passeur (14 passes décisives) de la Premier League. Son positionnement n'en fait pas moins débat. Certains veulent le voir plus proche de la surface, d'autres soulignent son apport dans le jeu quand il joue un peu plus bas. La preuve, surtout, que Kane sait faire beaucoup de choses.

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C'est la façon dont il conçoit le football. Et une évolution logique compte tenu de son background. "Son style de jeu explique en partie le phénomène, il ne faut pas oublier qu'il a joué en 10 dans le système des jeunes pendant un certain temps !", rappelle Pete Sharland, journaliste pour eurosport.co.uk. Le joueur de 28 ans a conservé les caractéristiques du rôle. Qu'il soit aligné plus en retrait, comme c'était le cas avec Mourinho, ou plus haut, comme actuellement avec Conte, Kane joue avec la mentalité d'un 10. Cela ne l'empêche certainement pas de marquer. Mais ce qui le rend encore plus remarquable, c'est son apport global au collectif.

"Il ne s'agit jamais de ses objectifs, mais de l'équipe"

Sa motivation a été remise en question en début de saison après l'échec de son transfert à Manchester City. Le symbole, c'était ce seul but marqué après les 15 premières journées. Mais avec Kane, il ne faut pas s'arrêter aux chiffres, dans un sens ou dans l'autre. Dans son cas, l'essentiel est toujours ailleurs. "La chose la plus importante pour Kane est de voir Tottenham comme l'une des meilleures équipes d'Angleterre et d'Europe, explique Pete Sharland. La seule fois où il a laissé entendre (à travers les médias) qu'il voulait partir, c'était lorsqu'il pensait que l'équipe avait pris du retard."
Il en a toujours été ainsi. Avoir été sacré meilleur buteur de Premier League à trois reprises et de la Coupe du monde en 2018 l'a définitivement placé parmi les meilleurs attaquants de sa génération. Mais il n'a pas changé pour autant. "Il ne s'agit jamais de ses objectifs, mais de l'équipe, résume Pete Sharland. C'est pourquoi il voulait partir et c'est pourquoi il est clairement si heureux que ses coéquipiers marquent. Mais maintenant, avec l'équipe qui joue bien sous Conte, je ne le vois plus quitter Tottenham." L'Anglais a retrouvé des couleurs sous la direction de l'Italien. Pas encore ses standards, avec 5 buts en 14 matches. Mais ce n'est pas par les chiffres qu'il faut regarder Kane.

Antonio Conte et Harry Kane

Crédit: Getty Images

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