Une enquête réalisée par le journaliste Edmund Willison pour le Mail On Sunday, publiée ce dimanche, a révélé qu'au moins quinze footballeurs de Premier League avaient été testés positifs par la UKAD, l'agence anti-dopage britannique, entre 2015 et 2020. Leurs noms? On les ignore. Mais ce que l'on sait, c'est qu'aucun d'entre eux n'a encore été la cible de la moindre sanction. Pas la moindre amende, pas la moindre suspension ne les ont frappés. Comme de coutume quand il est question de dopage, le football a détourné le regard.
A l'exception de l'un des quinze joueurs concernés (qui avait pris de la cocaïne), les substances prohibées dont ils avaient fait usage n'avaient pourtant rien à voir avec les "drogues récréatives" qui avaient valu des suspensions à quelques footballeurs de Premier League de par le passé (*). On parlait bien de produits dopants destinés à améliorer les performances sur le terrain d'entraînement ou l'aire de jeu : amphétamines, triamcinolone, le stimulant Ritalin, le booster de testostérone HCG, indapamide (un diurétique parfois utilisé comme agent masquant) et prednisolone (un autre stéroide). Une jolie pharmacie.
Bien que pressée par le journaliste du Mail on Sunday, l'UKAD s'est refusée à préciser pourquoi aucun des joueurs qui avaient usé de ces substances n'avait fait l'objet de mesures disciplinaires, si ce n'est pour dire que divulguer davantage de détails pourrait compromettre les enquêtes en cours. Il est aussi possible, voire probable, que plusieurs de ces footballeurs ont bénéficié d'exemptions à caractère thérapeutique, un tour de passe-passe dont bien des cylistes se sont servi pour justifier leur usage d'anti-inflammatoires ou de stimulants dont l'utilisation est permise pour soigner qui une allergie, qui une affection respiratoire comme l'asthme.
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2 000 échantillons prélevés en Premier League

Le football se targue pourtant d'être parmi les sports qui font le plus pour démasquer les tricheurs en Angleterre. En 2019 (dernière année pour laquelle on dispose de statistiques fiables, la pandémie ayant ensuite compliqué la tâche des testeurs jusqu'à la rendre quasiment impossible), l'UKAD avait analysé près de 2 000 échantillons prélevés auprès de joueurs de PL, ce qui constituait un net progrès par rapport à la décennie précédente, quand la plupart des joueurs pouvaient passer une saison entière sans recevoir la visite d'un testeur.
Aujourd'hui, ces oubliés de l'anti-dopage ne sont plus 'que' 25% environ. Il est d'autre part exact qu'au Royaume-Uni, le football est plus rigoureux dans sa lutte contre le dopage que, par exemple, le basketball ou le hockey sur glace, deux sports professionnels dans lequel l'UKAD avait procédé à un nombre identique de tests il y a trois ans de cela: zéro. Mais voilà bien le genre de comparaison dont personne ne peut retirer de fierté.

Un corner en Premier League

Crédit: Getty Images

2 000 tests annuels, dont la plupart sont d'ailleurs des tests d'urine, et donc pas nécessairement les plus efficaces pour dépister des produits dopants de plus en plus sophistiqués, ne peuvent suffire à lever les doutes qui existent sur l'ampleur réelle du dopage dans le football anglais, particulièrement quand les coupables demeurent anonymes - et semblent pouvoir échapper à tout bannissement. Le Professeur de l'Université de Chester Ivan Waddington est l'un des rares chercheurs à avoir conduit des études sur la prévalence des produits dopants dans le football professionnel anglais, en collaboration avec la PFA, le syndicat des joueurs. Ses conclusions sont bien moins encourageantes que ce que le nombre somme toute limité de cas positifs pourrait faire espérer. Un quart des footballeurs qui avaient répondu à ses questions sous couvert d'anonymat confirmaient connaître au moins un autre pro dont ils savaient qu'il faisait usage de substances prohibées.

Pourquoi le foot se voile la face ?

Pourquoi le football choisit-il alors de se voiler la face et de choisir le mutisme quand il est question de dopage ? Une raison, héritée d'un temps où on ne demandait pas aux joueurs de répéter les sprints à haute intensité tout en courant onze kilomètres par match, est qu'"il n'y a pas de pilule qui donne du talent". Ce truisme était pourtant déjà faux en 1954, quand on découvrit des seringues dans le vestiaire des joueurs de la RFA qui venaient de battre la Hongrie en finale de la Coupe du Monde de 1954, des seringues qui auraient servi à injecter non pas des 'vitamines', comme le voudrait la légende dorée du 'miracle de Berne', mais des amphétamines. On sait les doutes qui entourent le grand Ajax de Johan Cruyff et quelques autres clubs qui furent eux aussi champions d'Europe. On parle à demi-mots d'un Ballon d'Or qui aurait affectionné les transfusions sanguines. Et au final, on choisit d'ignorer l'éléphant qui prend presque toute la place dans la pièce.
On doit aussi se demander si le football, et pas seulement le football anglais, est suffisamment sévère lorsqu'il punit les infractions à son code de l'anti-dopage. Il arrive qu'il frappe fort, comme ce fut le cas pour Rio Ferdinand, banni huit mois en 2003 pour ne pas avoir produit d'échantillon quand il avait reçu la visite des testeurs.
Il arrive, plus souvent, qu'il se contente d'une tape sur le poignet, mais pas avec une règle, avec une main gantée. Comment expliquer ou justifier, par exemple, que Manchester City qui, en 2016, par trois fois - trois fois, en douze mois! - n'avait pas communiqué les informations correctes sur la localisation de ses joueurs aux testeurs, ne fut puni que d'une amende de 35 000 livres, quand le même manquement, s'il avait été imputé à un athlète individuel, lui aurait peut-être valu une suspension à vie?

Maillot de Manchester City avec ballon officiel de la Premier League 2019/2020

Crédit: Getty Images

Car on peut expliquer pourquoi l'UKAD, malgré ses efforts, ne teste toujours pas assez - qu'est-ce que 2000 tests, quand ils sont répartis entre 800 joueurs sur un an? C'est que tester coûte cher, et que les moyens manquent pour que l'agence fasse son travail de dépistage et d'analyse aussi rigoureusement qu'elle le souhaiterait.
Cela se comprend. Ce qui se comprend moins, c'est le silence dans lequel se mure le football anglais dès qu'il est question de dopage; il est exact que ce n'est pas souvent, et qu'hormis quelques francs-tireurs, les médias anglais se signalent plus par leur complaisance vis-à-vis du championnat le plus populaire du monde que par leur curiosité; et il est aussi exact que cette complaisance est encore plus marquée dans beaucoup de pays. Là encore, ce n'est pas le genre de comparaison dont quiconque peut tirer la moindre fierté.
(*) Dont Mark Bosnich, l'ancien gardien d'Aston Villa et de Manchester United, qui avait été suspendu neuf mois et avait vu son contrat résilié par Chelsea lorsqu'il avait testé positif à la cocaïne.
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