Un nom nouveau est apparu sur les panneaux électroniques qui ceignent Goodison Park lors du dernier derby de la Mersey : i8.BET. Quelques heures plus tôt, ce même 1er décembre, Everton avait annoncé sur son site que le club venait "de l'ajouter à son portfolio de partenaires internationaux" en signant un contrat avec un "nouveau partenaire commercial, i8.BET". Le communiqué du club précisait que ce contrat ferait de i8.BET le partenaire exclusif d'Everton FC en Asie , où "la marque [i8.BET] continue de développer sa plateforme fiable et innovante dans le marché des paris en ligne".
L'annonce ne suscita pas le moindre intérêt dans les médias britanniques, à l'exception de la presse spécialisée dans le "gaming', qui se contenta d'ailleurs de reproduire in extenso le communiqué du club, sans y ajouter de détails ou de commentaire. Cela n'avait rien d'étonnant. Ce type de partenariat est monnaie courante en Premier League, où ce n'est pas d'hier que les clubs se voilent les yeux et se bouchent les oreilles quand il s'agit de leur relation avec les bookmakers asiatiques, quand bien même nul ne soit dupe de la nature "problématique" de cette relation. Lorsque le magazine Josimar contacta onze clubs de PL pour en savoir plus sur la nature de leurs partenariats avec divers bookmakers actifs sur les marchés asiatiques, chinois en particulier, seuls deux répondirent. Leur réponse ? En substance, "no comment".
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"No comment" : La réponse des clubs anglais

Il est pourtant acquis que certains de ces opérateurs en ligne, dont l'identité des propriétaires est un secret jalousement gardé, y compris des clubs qui font affaire avec eux, ont des liens avec la grande criminalité, voire en sont directement issus. Ceci n'est pas matière à spéculation, mais un fait reconnu par les services de police et agences de sécurité nationales et internationales. A quelles activités illégales les associe-t-on ? Trafic de devises. Blanchiment de l'argent. Proxénétisme et traite des personnes. Entre autres. Néanmoins, bien que le gouvernement britannique aie promis de réformer son Gambling Act (loi sur les paris), et semble vouloir tenir parole, les clubs anglais de football continuent d'associer leurs noms à des sites au mieux opaques - comme Everton FC vient de le faire avec i8.BET.
Everton n'en est pas à son coup d'essai en la matière. En juin 2017, le club de Liverpool avait choisi pour sponsor maillot SportPesa, un bookmaker kényan fondé par Guerassim Nikolov, un propriétaire de casino bulgare exilé à Nairobi. Ce contrat, qui devait rapporter 62,5 millions de dollars aux Toffees sur cinq ans, fut dénoncé en février 2020, après la publication dans The Guardian d'une enquête qui révélait que le plus visible des partenaires d'Everton ne payait pas d'impôts, que ce soit au Kénya ou au Royaume-Uni. Le gouvernement kényan suspendit d'ailleurs les activités du bookmaker en 2019. Pour ne rien gâter, Nikolov était suspecté de fraude sur les cartes de crédit et de racket par les autorités bulgares - et même d'avoir rançonné les conducteurs de quatorze camions interceptés en Serbie !
Tout cela n'avait pas empêché SportPesa de se voir attribuer une licence par l'autorité britannique de contrôle des Jeux, la UK Gambling Commission, par l'intermédiaire de TGP Europe Limited, une société de "white labels" (marques blanches) basée à Douglas, capitale de l'île de Man, dont la spécialité est de servir de prête-nom - légalement - à des firmes qui n'auraient pas le droit d'opérer en Grande-Bretagne autrement.

Newcastle, Leeds, Manchester United et les autres...

TGP Europe Limited est aussi l'intermédiaire dont i8.BET se servit pour acquérir sa licence britannique, TGP qui fit de même pour bien d'autres opérateurs asiatiques dont les noms sont apparus et apparaissent encore dans les stades et sur les maillots de Premier League, comme FUN 88 (Newcastle), SBOTOP (Leeds United), Yabo (ancien partenaire de Manchester United) et bien d'autres.
Mais qu'est-ce donc que i8.BET, cette plateforme "fiable et innovante", ainsi décrite dans le communiqué d'Everton? Son "directeur du marketing", un certain "Darren Wang", y est cité de la sorte : "nous sommes excités d'être les partenaires exclusifs d'une équipe de Premier League aussi iconique qu'Everton, un partenariat qui nous verra travailler avec le club sur un certain nombre d'initiatives excitantes et innovantes, et d'activités promotionnelles dans des territoires-clé en soutien du développement en cours de notre marque", etc, etc.
Mais en quoi consiste ce développment ? La question se pose, en effet. Car, malgré les apparences, i8.BET n'est pas un bookmaker.

Des sites jamais opérationnels en Grande-Bretagne

Se rend-on sur leur site britannique qu'on se retrouve dans un cul-de-sac, comme c'est le cas pour la plupart des autres firmes asiatiques de paris en ligne, qui promettent toutes d'être bientôt opérationnelles, mais ne le seront jamais - car le seul marché qui les intéresse est en Asie du Sud-est, en Chine, en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie, où parier sur les matches de football est strictement illégal.
Pour ces opérateurs, l'Angleterre n'est pas un marché, mais un tremplin. S'associer à un nom prestigieux comme celui d'Everton, et, par extension, à celui de la Premier League, de loin le championnat le plus populaire en Asie, c'est le meilleur moyen de promouvoir des "marques" de bookmakers à qui il est interdit de faire quelque publicité que ce soit pour leurs services dans leurs marchés.
Il en va autrement lorsque l'on accède aux sites de i8.BET en se servant d'un VPN et de serveurs basés dans ces pays où le pseudo-"bookmaker" n'a pas le droit d'opérer.
I8.BET ne se prive pas d'utiliser son tout nouveau partenariat avec Everton FC pour promouvoir sa marque, et d'une façon qui paraîtra répugnante à beaucoup de fans du club. Mais là n'est pas le noeud du problème.
Où que l'on cherche, y compris en utilisant des moteurs de recherche asiatiques, impossible de trouver quelque mention que ce soit de i8.BET, de son "slogan global" "Choose The Best" (encore en vue sur les panneaux publicitaires électroniques de Goodison lors de la victoire des Toffees sur Arsenal lundi dernier) ou de son "directeur du marketing" "Darren Wang". i8.BET semble être surgi de rien, comme Athéna de la cuisse de Zeus.

Everton sait-il dans quoi il s'est lancé ?

Le nom du site web lui-même est la propriété d'un ressortissant chinois nommé Lin Yunfei, apparemment domicilié à Zhengzhou, lequel a enregistré des centaines d'autres noms de domaines web, mais dont il est impossible de savoir quoi que ce soit de plus. Existe-t-il seulement, hors du monde virtuel ? Quant à la société i8.BET elle-même, pas le moindre signe de son nom sur le registre des opérateurs de paris en ligne des Philippines, quand bien même une mention légale l'affirme sur la version malaisienne de son site.
Si l'on entend placer un pari sur cette plateforme, il faut se rendre sur les sites-miroir de l'opérateur en Malaisie, en Thaïlande et en Chine. Le client potentiel est alors invité à se rendre sur d'autres sites de paris en ligne, dont aucun ne dispose de licence britannique : M8BET, MAXBET, NOVA88 et SBOBET.
i8.BET semble donc n'être qu'un portail dérobé qui mène à d'autres bookmakers, afin d'échapper à la vigilance des autorités de pays où parier sur des événements sportifs est interdit. Mais pour placer son pari avec ceux-là, encore faut-il s'inscrire auprès du soi-disant opérateur.
Pourrait-ce être une façon d'acquérir des données personnelles dont l'exploitation n'est pas régulée ? Tout cela, qui ne prit que quelques jours de travail à établir, Everton FC le sait-il ? Contacté par Josimar, le club n'a toujours pas communiqué de réponse. i8.BET est injoignable : aucun point de contact, aucune adresse ne figurent sur ses sites.
Même mutisme du côté de TGP Europe lorsqu'il leur a été posé une question peut-être encore plus délicate, sur les liens qui existeraient entre eux et Alvin Chau (photo ci-dessous), un milliardaire basé à Macao, d'où il veille sur SunCity, un géant de l'industrie des paris, qui a été arrêté (ainsi que dix autres personnes) fin novembre, soupçonné qu'il est d'être associé à un gang de criminels et d'avoir "établi des plateformes de paris à l'étranger et d'avoir incité des résidents chinois à s'adonner à des activités illicites de paris en ligne". Selon plusieurs médias, Chau et les autres auraient reconnu avoir mis en place des platerformes de paris virtuelles.
Peu importe. Le message de i8.BET est passé et continuera à passer auprès de centaines de millions de fans de la Premier League qui ignorent tout de cette marque et des individus qui la contrôlent. Comme Everton. Comme la Premier League. Comme la UK Gambling Commission.
Comme d'habitude.
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