Sven-Göran Eriksson, un hommage et des excuses de la part de l'Angleterre du football
Eurosport sur GoogleDécédé ce lundi des suites d'un cancer du pancréas, Sven-Goran Eriksson avait réalisé, fin mars, son rêve d'entraîner les Reds dans un Anfield plein à craquer à l'occasion d'un match de charité. L'ancien sélectionneur des Three Lions avait vécu la journée avec émotion et il ne fut pas le seul. Car, au passage, c'est l'Angleterre du football qui s'était excusée envers lui.
Sven-Göran Eriksson au moment d'entrer sur la pelouse d'Anfield, le 29 mars 2024.
Crédit: Getty Images
Même s'il savait garder son calme aussi bien que quiconque sur le banc de touche, Sven-Göran Eriksson a toujours été homme à vivre et, quand il en sentait le besoin, exprimer pleinement ses émotions. Mais l'apitoiement n'en faisait pas partie. Après qu'il avait été victime d'une chute à la fin de l'hiver 2023, ses enfants l'avaient emmené à l'hôpital où une journée d'examens avait révélé que la cause de cette chute était une attaque cérébrale bénigne dont il ne devrait avoir aucun mal à se remettre.
Mais les médecins avaient trouvé autre chose : un cancer du pancréas. Inopérable. Eriksson n'avait plus qu'un peu plus d'une année à vivre, au mieux. Les soins qu'il recevrait ne feraient que lui apporter une mesure de confort, sans pouvoir retarder l'inéluctable. Sa réaction à ce terrible verdict ne surprit pas ceux qui le connaissaient. "Quand vous recevez un message comme celui-là, confia-t-il à la BBC, vous appréciez chaque jour, et vous êtes heureux quand vous vous réveillez le matin et que vous vous sentez OK. C'est que je fais". Le Suédois s'est finalement éteint ce lundi, à 76 ans.
Anfield rempli, Anfield ému
Or, de tous les jours qui lui restaient, aucun n'aura pu se comparer pour lui à ce 23 mars, quand le rêve de toute une vie de football se concrétisa. Pour un match, avec la bénédiction de Jürgen Klopp, Sven-Göran Eriksson fut le manager de Liverpool, le club qu'il supportait en secret depuis son enfance. Ce n'était qu'un match de gala entre deux équipes de "légendes" des Reds et de l'Ajax, mais c'était évidemment tout autre chose que cela.
Anfield bourré à craquer se leva pour lui rendre hommage, et l'intéressé ne fut pas le seul à en être ému aux larmes. Il y a décidément des choses que Liverpool fait mieux que quelque autre club, le paradoxe étant qu'aucune autre ville anglaise n'attache moins d'importance émotionnelle aux Three Lions que celle de la Merseyside. À moins que ça n'ait été aussi une façon de rappeller au reste du pays que Sven-Göran Eriksson méritait mieux que la façon dont ses médias, en particulier, l'avaient traité presque tout du long de ses cinq années à la tête de l'équipe nationale, de 2001 à 2006.
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Sven-Göran Eriksson, ému aux larmes lors du match de charité à Anfield du 23 mars 2024
Crédit: Getty Images
L'Angleterre avait beaucoup à se faire pardonner sur ce plan, non qu'Eriksson lui en aie tenu plus rigueur que cela. Aucun étranger n'avait occupé le poste de sélectionneur de l'équipe d'Angleterre avant lui, et sa nomination avait piqué au vif l'orgueil de cette tranche (alors des plus épaisses) du football anglais écartelée entre la conviction de sa supériorité intrinsèque et la rage de voir cette conviction être mise à mal dans presque toutes les compétitions internationales auxquelles ses représentants prenaient part.
L'Angleterre se voyait trop belle
Pour ne rien arranger, la FA avait fait un pont d'or au Suédois pour qu'il quitte la Lazio. Combien de sélectionneurs touchaient un salaire annuel de plus de trois millions et demi d'euros en 2001 ? Aucun. Et combien d'entraîneurs anglais étaient-ils payés autant par leurs clubs? Pas le moindre. Mais aucun entraîneur anglais ne pouvait comparer son palmarès à celui de "Svennis", champion du Portugal et d'Italie, vainqueur de sept coupes nationales dans trois pays différents, d'une Coupe de l'UEFA avec Göteborg et d'une Coupe des Coupes avec la Lazio. Eriksson avait beau être un amoureux sincère du football anglais, il connaissait sa valeur sur le marché et n'allait pas se vendre au rabais, ce qui enrageait encore plus ses critiques dans les médias.
Tout en lui les enrageait d'ailleurs. Qu'il parle un anglais presque parfait, plus correct, en fait, que celui de ses prédécesseurs, tout du moins du point de vue de la grammaire. La manière imperturbable avec laquelle il accueillait les "révélations" sur sa vie privée que se disputaient les tabloïds, et dont il semblait se ficher éperdument. Son sang-froid sans sa zone technique, son "manque de passion" dans lequel certains - dont Gareth Southgate - virent la raison de la défaite de l'Angleterre face au Brésil dans son quart de finale du Mondial de 2002. Comme si trépigner sur le banc aurait pu empêcher le centre-tir de Ronaldinho de tromper David Seaman dans la touffeur de Shizuoka.
L'Angleterre se voyait alors bien plus belle qu'elle n'était. L'Angleterre avait la mémoire courte. Elle avait eu vite fait d'oublier dans quel piteux état Eriksson l'avait trouvée après la démission de Kevin Keegan. Il avait suffi pour cela d'une victoire 5-1 sur l'Allemagne à Munich le 1er septembre 2001, puis d'une qualification in extremis pour la Coupe du monde, grâces soient rendues au pied droit de David Beckham. Sur la foi de ces petits miracles, de quelques résultats encourageants - sans plus - des clubs de Premier League en Europe, du Ballon d'Or de Michael Owen, et de la maturation attendue d'une supposée Golden Generation, l'Angleterre aborda les trois grands rendez-vous internationaux de 2002, 2004 et 2006 dans la peau de "favoris" - aux yeux de ses médias, et de ses supporters.
Affection éternelle du vestiaire
Et dans chacun de ces tournois, elle s'arrêta au stade des quarts de finale, deux fois sur trois à l'issue d'une séance de tirs au but. Autrement dit, elle finit à sa place, qui n'avait rien de déshonorant, d'autant plus qu'elle n'avait jamais pu aborder ces compétitions avec un Wayne Rooney en pleine possession de ses moyens.
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Sven-Goran Eriksson et Wayne Rooney avant la Coupe du monde 2006
Crédit: Getty Images
Eriksson avait su unir un vestiaire autrefois déchiré par les rivalités inter-clubs, dont les joueurs faisaient table à part selon qu'ils jouaient pour Chelsea, Liverpool ou Manchester United. Ces joueurs avaient appris à le respecter, à l'apprécier, à l'aimer, même, au point qu'ils menacèrent de faire grève en juillet 2004, quand une cabale orchestrée par la presse dite "populaire" menaça de le faire tomber. Il suffisait d'écouter les messages de soutien envoyés par beaucoup de ces "anciens" de Sven, comme Joe Cole et Owen Hargreaves, à l'occasion du match d'Anfield pour se rendre compte que le passage des ans n'avait pas diminué cette affection.
Aussi l'Angleterre ne faisait pas que rendre hommage à Sven-Göran Eriksson grâce au geste de Liverpool. Elle lui faisait aussi des excuses, tandis que lui faisait ce qu'il avait toujours fait : vivre dans le présent.
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L'Angleterre se voit-elle trop belle ?
Video credit: Eurosport
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