Premier League | Pep Guardiola, Manchester City, les dépenses folles du mercato et l'hypocrisie

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En janvier, Manchester City s'est bien plus amusé dans la coulisse que sur le terrain. Lors du mercato d'hiver, le club anglais a dépensé 212 millions d'euros, soit plus que l'ensemble de la Ligue 1, la Liga ou la Bundesliga. Pep Guardiola est un entraîneur privilégié. Ce qui affecte, forcément, une partie de son mérite sportif, et plus encore le discours qu'il ne cesse de tenir ces derniers mois.

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Le constat n'a que quelques jours mais il a, déjà, mal vieilli. Il y a un peu moins de deux semaines, Pep Guardiola avait (de nouveau) été interrogé sur les dépenses de Manchester City sur le mercato. Et il s'était (de nouveau) agacé : "Les gens disent 'City dépense encore !' Toutes les équipes qui ont rencontré du succès dans ce pays lors des deux ou trois dernières décennies ont dépensé plus que les autres. Et lors des cinq dernières années, nous ne sommes que 11e au tableau des dépenses nettes."
Au 6 février, soit quelques jours après la fermeture du marché des transferts, l'affirmation est déjà obsolète. Car entre-temps, les Skyblues ont attiré le milieu de terrain du FC Porto Nico Gonzalez pour une somme rondelette (60 millions d'euros). Au total, le champion d'Angleterre a donc dépensé 212 millions d'euros sur cette seule fenêtre hivernale, soit près de la moitié (42%) de ce que toute la Premier League a dépensé.
Preuve que l'on peut faire dire ce que l'on veut aux chiffres en manipulant les échelles. En se contentant de l'échantillon des "cinq dernières années", Guardiola a bien tenté de se replacer du bon côté de l'histoire. Mais le terrain est glissant. Et pour plusieurs raisons.

Les dépenses nettes... et tout le reste

D'abord parce que ces montants ne disent pas tout. Ils omettent le fait qu'une bonne partie des joueurs (De Bruyne, Bernardo Silva, Ederson, Stones, Rodri voire Gundogan) qui ont permis à l'Espagnol de garnir l'armoire à trophées se sont engagés il y a bien plus longtemps. Ils ne racontent pas que Manchester City a longtemps tergiversé, au début du mandat de Guardiola, pour se construire une défense, en faisant exploser les prix - près de 700 millions d'euros en tout (!). Ils ne disent pas, non plus, que les Skyblues ont encore et toujours la masse salariale la plus élevée du Royaume et que le seul salaire d'Erling Haaland suffirait à payer l'intégralité des joueurs d'Ipswich, 19e de Premier League, et presque tous ceux de Southampton, lanterne rouge.
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Manchester City ne négocie presque plus. Quand Pep Guardiola et sa direction veulent un joueur, ils l'achètent au prix fort. C'est la raison pour laquelle Nico Gonzalez, joueur intéressant mais encore loin d'être une référence à son poste, a débarqué pour 60 millions d'euros, montant de sa clause libératoire à Porto. C'est aussi pour cela que City a dépensé, cet hiver, deux fois plus que la valeur estimée des joueurs qu'il a recrutés.

En attendant le verdict

En agissant de la sorte, et bien qu'il ne soit évidemment pas le seul, le mastodonte anglais participe à la dérégulation du marché et à creuser l'écart entre les grandes puissances et les clubs plus modestes. Vitor Reis, arrivé en provenance de Palmeiras, aurait sûrement débuté en Europe dans une écurie intermédiaire s'il avait émergé dix ans plus tôt. Mais en menant, avec d'autres géants de sa cour, une course aux grands potentiels du Brésil (et d'ailleurs), City a aussi pulvérisé ce marché-là.
Au fond, qu'importe : défricher les montants dépensés par Manchester City n'a plus vraiment de sens tant que son "procès" pour les 115 (voire plus) infractions présumées aux règles de la Premier League n'aura pas livré son verdict définitif. Dépenser plus que de raison, et plus que les autres, peut poser un problème éthique et sportif. Dépenser sans respecter le règlement peut poser un problème beaucoup plus grave.
Pep Guardiola exècre les questions financières car certains les utilisent pour minimiser ses accomplissements. "Si l'argent est la raison, Manchester United aurait dû gagner tous les titres. Chelsea ? Tous les titres. Arsenal ? Tous les titres aussi, s'agaçait-il il y a quelques mois. Ils ont dépensé autant que nous ces dernières années. Ils auraient dû être là. Et ils ne le sont pas."

Du mérite et de la nuance

Sur ce plan, l'ancien coach du Barça a raison. Décaisser plus que les autres ne garantit pas le succès. Depuis l'arrivée de Guardiola en Premier League, en 2016, Manchester United a des dépenses nettes supérieures à celles de City. Et on ne sait toujours pas où vont les Red Devils. Chelsea (et son mercato de janvier 2024 complètement délirant) a lui aussi fait pire que les Skyblues dans ce domaine-là.
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Mais Pep Guardiola est devenu, il y a un peu plus d'un an, le premier entraîneur à dépasser les 2 milliards d'euros dépensés par ses clubs sur le marché des transferts. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu'il n'a aucun mérite. D'ailleurs, sans la qualité de son travail, qui valorise les joueurs (y compris d'un point de vue marchand), la balance de City serait sans doute bien plus déséquilibrée. Et rien ne permet d'affirmer avec certitude qu'un autre entraîneur aurait été capable de gagner autant que lui avec des moyens similaires.
Le technicien espagnol s'était déjà fait une place particulière dans l'histoire de son sport bien avant que City lui offre tout ce dont il avait besoin pour continuer à gagner. On peut donc encore être admiratif de ses accomplissements. On peut aussi y apporter de la nuance. Même si ce n'est plus vraiment à la mode.
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