Équipe de France - Patrice Garande se confie sur Manu Koné pour Eurosport : "À Toulouse, j'ai tout de suite vu qu'il était au-dessus"
Par Clément Lemaître
Mis à jour 10/09/2025 à 14:56 GMT+2
Contre l'Ukraine (2-0) et l'Islande (2-1), Manu Koné a véritablement tiré son épingle du jeu dans le milieu de terrain de l'équipe de France. Pour Eurosport, Patrice Garande, qui l'a eu sous sa coupe au Toulouse Football Club en Ligue 2 lors de la saison 2020-2021, raconte ses souvenirs du joueur de l'AS Roma qu'il voit durer dans le onze des Bleus.
Manu Koné avec les Bleus contre l'Islande.
Crédit: Getty Images
Patrice Garande, avez-vous été surpris par les deux dernières prestations de Manu Koné avec les Bleus contre l'Ukraine et l'Islande ?
Patrice Garande. : Ah non. Manu est au niveau où il doit être. Pour moi, c'est tout sauf une surprise. Quand je suis arrivé à Toulouse, il faisait partie de la génération des Pitchounes qui avait atteint la finale de la Coupe Gambardella (ndlr : le TFC a été battu par Saint-Etienne en 2019). Il était très frustré car Toulouse sortait d'une saison catastrophique en Ligue 1 (3 victoires). Ces gamins-là avaient le sentiment de ne pas avoir été assez utilisés. Avec moi, Manu était un titulaire indiscutable. Il avait déjà des qualités très, très au-dessus de la moyenne. C'est un joueur qui a tout : le physique, la technique et cette capacité à casser les lignes balle au pied. Le seul problème qu'il avait, mais c'était un gamin, c'était qu'il était trop joueur et dans la recherche du plaisir sur le terrain. Il n'était pas encore assez dans l'efficacité. Moi, mon discours a été de l'amener à faire des choses en étant efficace.
Avez-vous déjà vu, avec Toulouse, ce qu'il a montré lors des deux derniers matches de l'équipe de France ?
P.G. : Oui, il a gardé les mêmes caractéristiques. La seule différence, c'est qu'à l'époque, il pratiquait le football pour le plaisir avec ses potes. Aujourd'hui, en tant qu'homme, il a muri. Dans son jeu aussi, il est plus efficace. Après, il y a aussi le parcours : quand il quitte Toulouse pour Mönchengladbach, c'était un très, très bon choix. Là, il continue de progresser quand il va en équipe de France. C'est un garçon qui a le niveau international. Il a tout pour s'imposer en Bleu.
Sur quel plan du jeu vous a-t-il impressionné ?
P.G. : En fait, quand je le regarde, je ne peux pas m'empêcher d'avoir le souvenir de cette époque où je l'avais. Aujourd'hui, il cherche davantage à être efficace. Quelques fois, il y a aussi des dépassements de fonction. Il prend ses responsabilités sur le terrain. À l'époque où je l'avais, il était très pote avec Amine Adli. Ils étaient capables de faire dix passes de suite que pour le plaisir de faire des beaux gestes techniques. Sur le plan défensif, Manu pouvait récupérer un ballon devant la surface avant de tenter un dribble venu d'ailleurs juste pour la beauté du geste. Il pouvait être content de son match s'il avait fait un petit pont à l'adversaire. Aujourd'hui, il a épuré son jeu et je pense qu'il prend plus son pied quand il gagne des matches et lorsqu'il est l'acteur principal des victoires de son équipe.
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Manu Koné avec l'équipe de France en finale des Jeux 2024.
Crédit: Getty Images
"Aujourd'hui, ça va être dur de lui prendre sa place"
Pensez-vous qu'il est sous-coté chez les observateurs en France ?
P.G. : En championnat de France, il n'a pas un gros passé. Il a joué la finale de la Coupe Gambardella avec Toulouse et une saison en Ligue 2. C'était pendant l'époque Covid donc sans public dans les stades. Nous, on loupe la montée en barrages (contre Nantes) pour un but et un penalty non-sifflé. Et ensuite, il part en Bundesliga, qui n'est pas un championnat très, très suivi en France. Donc, quand il est arrivé en équipe de France, certains journalistes étaient un peu dubitatifs au départ. Ils ne savaient pas s'il allait s'imposer. Mais il a été titularisé très vite. Aujourd'hui, ça va être dur de lui prendre sa place.
L'imaginez-vous comme le compagnon de route idéal d'Aurélien Tchouaméni au milieu du terrain des Bleus ?
P.G. : Oui. Après, c'est un garçon qui peut jouer à tous les postes et il peut être complémentaire avec plein d'autres joueurs. Maintenant, tout dépendra des options que va choisir Didier Deschamps. Quand au connaît le sélectionneur, s'il prend un jeune joueur comme ça au milieu et qu'il commence à l'installer, ça veut dire qu'il a quand même quelques garanties. Outre les choses très intéressantes qu'il fait sur les plans technique et offensif, Manu sait être agressif quand il le faut et concerné par la récupération du ballon. S'il ne lui arrive pas de pépins, ce que je ne lui souhaite pas bien sûr, il est parti pour un bon petit moment.
Peut-il être polyvalent au milieu du terrain ?
P.G. : Dans un milieu à trois ou en losange, il peut jouer axe-gauche, axe-droit ou tout seul devant la défense. En revanche, il ne peut pas évoluer derrière la pointe. Ce n'est pas son truc car il a besoin d'avoir le jeu face à lui. Sur un côté ? Il en est capable mais pas tout un match.
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Patrice Garande tente de réconforter Manu Koné après le barrage Nantes-Toulouse en 2021.
Crédit: Imago
Lors de votre intronisation à Toulouse en 2020, avez-vous tout de suite compris que Manu Koné était un joueur à part ?
P.G. : Oui, j'ai tout de suite compris qu'il était promis à une belle carrière. Manu, c'est aussi un bosseur, même s'il savait qu'il était au-dessus techniquement, et un mec attachant. C'était un plaisir de l'avoir. A cette époque, Amine Adli, Bafodé Diakité et Manu avaient besoin de reconnaissance parce qu'ils avaient eu la sensation d'avoir été des sparring-partners la saison précédente. Comme les joueurs de l'équipe première ne gagnaient pas de matches, ils pensaient avoir leur chance et ils ne l'ont pas eue. Quand je suis arrivé à Toulouse, j'ai tout de suite vu qu'ils étaient au-dessus.
Quels souvenirs gardez-vous de lui dans le vestiaire toulousain ?
P.G. : C'était un mec de son âge qui aimait bien rigoler, mettre l'ambiance. Il était jovial. Les joueurs de l'équipe étaient très sérieux et investis sur le terrain, mais dans le vestiaire, ce n'était pas triste (rires).
Comment se déroulaient vos échanges individuels ?
P.G. : D'abord, c'est un garçon respectueux. De son coach, de l'institution. Dans les discussions, il était très à l'écoute. Quand on lui disait quelque chose, il essayait de le faire sur le terrain. Il a progressé lors de cette saison 2020-21.
Quelle est la dernière image que vous avez de lui à Toulouse ?
P.G. : Ce n'est pas une image gaie. C'est à Nantes, quand on ne monte pas. Il était assis dans l'herbe, je suis venu vers lui et il était détruit. Le regard de ces gamins à ce moment-là, ça m'a marqué. Ils avaient tout donné. On méritait de monter. En plus, ces gosses-là, ils avaient un vrai amour pour le TFC. C'était vraiment leur club. Ils étaient super investis. Moi, j'étais fier de leur saison.
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Manu Koné a joué une saison avec Patrice Garande à Toulouse.
Crédit: Imago
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