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"L'Italie, Buffon et moi"
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Publié 10/10/2007 à 17:45 GMT+2
Sébastien Frey regrette la différence entre son statut chez les Bleus et sa reconnaissance en Italie où il est comparé à Buffon. Le gardien de la Fiorentina explique avoir souffert d'une image de "grande gueule" dans l'Hexagone qu'il a quitté à 17 ans. Ma
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SEBASTIEN FREY, avec le recul, que reste-t-il de cette défaite face à l'Ecosse (0-1) ?
S.F. : Ça nous permet de rester concentrés jusqu'au bout dans cette compétition. Je pense que c'est bien comme ça. Au moins, la motivation est grande. Depuis ce match, on a eu un peu de temps dans nos clubs pour finir notre préparation physique et être prêt. Ce sont deux matches très importants. On n'a pas le droit à l'erreur. Personne ne nous fera de cadeau. Ça, on le sait. Mais je pense que ce n'est pas nous qui avons le plus de pression. J'ai parlé avec quelques uns de mes coéquipiers à la Fiorentina et ils sont plus mal placés que nous vus les matches qu'ils ont à affronter. D'un autre côté, c'est motivant de savoir qu'il faut gagner tous nos matches. Et on a toutes les qualités pour le faire.
A titre personnel, souffrez-vous d'un manque de reconnaissance en France ?
S.F. : En France, les gens ne me connaissent pas pour ce que je suis. Je suis parti à 17 ans avec une étiquette, celle de quelqu'un qui est parti non pas pour des raisons sportives mais pour autre chose. Pendant pas mal d'années, on m'a fait passer pour une "grande gueule". J'ai sûrement fait des erreurs quand j'étais jeune mais j'ai mûri. Le fait d'être en équipe de France permet aux Français de me connaître un peu mieux. C'est important pour moi. Quand je vois l'image que j'ai en Italie et en France, ce serait plus logique que ce soit le contraire. D'un autre côté, j'ai fait pratiquement toute ma carrière en Italie donc c'est assez compréhensible. Mais, jusqu'à il y a deux ans, je passais pratiquement inaperçu en France. Aujourd'hui, on commence quand même à me reconnaître dans la rue.
Est-ce plus difficile de s'imposer en Italie ?
S.F. : C'est différent. Ce n'est pas facile de jouer en Italie quand on est étranger. Le fait de s'y imposer est plus important, surtout mentalement. On est beaucoup plus fort quand on revient en France. On rentre chez nous donc c'est plus facile. A l'étranger, les gens vous regardent et vous traitent différemment parce que vous n'êtes pas du pays. En Italie, ça n'est vraiment évident d'être étranger donc quand tu es considéré... Ce week-end, j'ai joué face à la Juventus et on a présenté ce match dans les journaux comme le grand défi entre Buffon et Frey. Etre comparé à un tel gardien, qui postule au titre de meilleur gardien du monde, c'est vrai que ça fait très plaisir. J'aimerais que ce statut s'étende au niveau international.
Quelle est votre marge de progression ?
S.F. : Arrivé à 27 ans, mon but est d'acquérir le plus d'expérience possible. Pour un gardien, l'expérience permet de gagner en tranquillité et tu peux ensuite la transmettre à mes coéquipiers. C'est ce qui fait la différence entre les grands gardiens et les très grands gardiens. Et ça ne passe que par des grands matches internationaux ou en Ligue des Champions. Plus on a la chance de faire des matches comme ceux-là, plus ça nous permet d'avoir un statut important.
C'est ce qui vous manque ?
S.F. : Tout à fait ! C'est ce qui me manque pour que les gens puissent me comparer aux plus grands gardiens. En Italie, j'ai la chance d'évoluer avec l'un d'eux qui est Buffon. Et à chaque match, la comparaison est faite entre moi et lui puisque le titre de meilleur gardien se joue entre nous deux. Je suis content qu'en Italie, les gens se rendent compte qu'il n'y a pas beaucoup de différence entre moi et lui. Mais la différence c'est que lui est le gardien de l'équipe nationale et qu'il joue dans un grand club qui évolue régulièrement en Ligue des Champions. C'est le petit plus qui fait encore la différence.
Avez-vous un plan de carrière pour devenir gardien numéro 1 chez les A ?
S.F. : Je ne sais pas. Ça reste l'un de mes objectifs personnels. Mais, à court terme, je ne peux pas vous répondre. Le fait d'être appelé régulièrement, c'est déjà un gros pas en avant pour moi puisque j'avais été écarté de la sélection pendant pas mal d'années. C'est déjà positif d'être entré à nouveau dans ce groupe. Après, même si je ne me sens inférieur à personne, il y a pour le moment une hiérarchie et il faut la respecter. Actuellement, Micka (Mickaël Landreau, ndlr) est le premier gardien. Moi, je vais donner le meilleur de moi-même et essayer de le mettre dans les meilleures conditions. C'est clair !
Avez-vous l'impression que les choses seraient différentes si vous évoluiez dans un club plus médiatique que la Fiorentina ?
S.F. : Jusqu'à présent, on a fait un beau parcours avec la Fiorentina. C'est un club qui a de beaux objectifs. C'est bien de franchir les échelons avec ce club. La première année, on a terminé à la 5e place. La deuxième année, on a été pénalisé et on nous a enlevé la qualification en Ligue des Champions mais on est parti avec - 19 points et on a fini 5e. Cette année, on a la Coupe d'Europe où l'on va essayer d'aller le plus loin possible. Même si ça n'est pas la Ligue des Champions, c'est important de se confronter aux autres équipes européennes. En fin de saison, on fera un bilan.
Vous n'avez jamais été tenté par un autre challenge ? Revenir en France par exemple ?
S.F. : Vous savez, le challenge est quand même très difficile. Moi j'aime bien quand il y a beaucoup de pression et quand les objectifs sont très durs à atteindre. Le fait de jouer en Italie, dans un très grand championnat avec de très grands joueurs, ça n'est pas facile. Jouer le week-end contre l'Inter, Roma, Milan, la Juve... ce sont vraiment des matches à jouer. Je souhaite à tous les joueurs de pouvoir disputer de tels matches dans de grands stades contre les plus grands joueurs au monde. C'est pour ça que, pour le moment, je considère que ma carrière évolue vraiment très bien en Italie. J'espère y rester le plus longtemps possible.
La Fiorentina peut-elle jouer le titre cette saison en Serie A ?
S.F. : Non, je pense que l'on n'est pas encore prêt pour jouer le titre. Cela dit, on a joué contre la Roma, le Milan et la Juventus... on n'a pas perdu et on est actuellement 3e au classement. Comme début de saison, c'est pas mal. On a joué contre trois des quatre ou cinq gros clubs du championnat et on leur a tenu tête. On va essayer de les mettre en difficulté pour arriver le plus près d'eux en fin de saison. Mais au niveau des effectifs, le notre est beaucoup plus réduit. Un club comme l'Inter, par exemple, possède 30 très, très grands joueurs donc ils peuvent se permettre de pratiquer le turn-over. C'est ce qui va faire la différence car il y aura beaucoup de matches cette saison.
Vous avez également perdu Luca Toni, parti au Bayern Munich...
S.F. : C'est vrai. Luca nous a vachement apporté les années précédentes. Mais il est parti pour tenter une nouvelle expérience. Il a été remplacé par Gianpaolo Pazzini qui a sa chance cette saison. Je pense qu'il a jusqu'à Noël pour montrer ce qu'il vaut avant le mercato. Il y a aussi Christian Vieri qui nous donne vraiment un gros coup de main. Tout le monde pensait que c'était un joueur fini mais, au contraire, je ne l'ai jamais vu aussi motivé. Même lorsque je jouais avec lui à l'inter. C'est un joueur qui a envie de se remettre en cause et c'est un plus pour nous cette saison.
Vous voyez tous les week-ends les performances de David Trezeguet avec la Juve. Etes-vous surpris de ne pas le voir en sélection ?
S.F. : David, c'est une longue histoire... On a joué le week-end dernier l'un contre l'autre et j'en ai discuté avec lui. Lui, il aime l'équipe de France donc il était déçu de ne pas avoir été appelé. D'un autre côté, pour un joueur qui a son statut international, si c'est pour très peu jouer ou ne pas jouer du tout, c'est vrai que je ne sais pas si ça vaut la peine pour lui. Autant de prendre des jeunes qui sont hyper motivés et qui sont prêts à jouer à n'importe quel moment. Je crois que David pense comme moi. S'il vient, c'est pour jouer. Il fait un début de match impressionnant : sept buts en sept matches ! Et puis il a une image très importante à la Juve.
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