Les Bleus sont abonnés

L'équipe de France a pris un abonnement aux phases finales. L'année prochaine au Championnat d'Europe des Nations austro-helvétique, les Bleus disputeront leur septième grande compétition de suite. Du jamais vu dans l'histoire du football hexagonal.

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Raymond Domenech est un cas unique. A peine apprenait-il samedi que les Bleus étaient qualifiés pour l'Euro après la victoire de l'Italie en Ecosse (1-2) qu'il se disait "partagé" et regrettait pratiquement de ne pas avoir à disputer un match couperet en Ukraine, mercredi. Il n'y a pourtant pas lieu de faire la fine bouche. Si les matches au couteau servent à "forger une génération" comme l'a justement expliqué Raymond Domenech, ils sont parfois le terminus d'une flopée de joueurs talentueux. La génération Papin-Cantona emmenée par Gérard Houllier se serait sans doute bien passée de jouer sa tête face à la Bulgarie un certain 17 novembre 1993. Battus ce soir-là, les Bleus n'avaient pas eu le droit de participer à la World Cup US en 1994. C'est d'ailleurs la dernière fois que l'équipe de France a été écartée du banquet.
Depuis, les Tricolores n'ont plus manqué aucune compétition internationale majeure. Sous le règne d'Aimé Jacquet, de Roger Lemerre, de Jacques Santini et désormais de Raymond Domenech, les Français ont disputé tous les Championnats d'Europe (1996, 2000, 2004 et bientôt 2008) et Coupes du monde (1998, 2002 et 2006) qui étaient au programme. En Suisse et en Autriche, les Bleus prendront part à leur septième compétition internationale de suite*. Si Raymond Domenech pense qu'il "est normal que le football français participe à toutes les grandes compétitions une fois tous les deux ans", il n'en reste pas moins que cette période faste est inédite dans l'histoire du football français. Si l'évolution des modes de qualification, l'ouverture de l'Euro à seize équipes ou celle plus progressive de la Coupe du monde, qui se joue désormais à trente-deux nations, y sont pour quelque chose, force est de constater que le football français a sa part de responsabilité.
Des passations en douceur
Depuis 1996 et l'Euro anglais, l'équipe de France s'est bâtie sur du solide. Du très solide même. La génération Zidane lui a ouvert le chemin du sommet avec les apothéoses de 1998 et 2000. Elle a également poursuivi sa route jusqu'en 2006 avec des moments parfois difficiles, où l'expérience emmagasinée a permis de rebondir. Mais là où l'état-major du football hexagonal a montré ses compétences, c'est au moment où il a fallu régénérer les groupes et intégrer de nouvelles forces vives. Aimé Jacquet a dû et su le faire, Roger Lemerre et Jacques Santini aussi. Si Raymond Domenech a pensé passer en force en 2004 et imaginé réussir sans les Zidane, Thuram et Makelele qui, faut-il le rappeler, avaient eux-mêmes décidé de claquer la porte, le sélectionneur et l'équipe nationale ont finalement bénéficié de leur retour.
Ce qui était valable pour Zidane et compagnie l'est aujourd'hui pour Henry, Vieira et les autres cadres qui ont repris les rênes depuis la Coupe du monde. La présence de ces joueurs, leur vécu et les conseils qu'ils prodiguent permettent plus facilement d'intégrer des nouveaux. La génération 1987 - celle des Benzema, Nasri ou Ben Arfa - arrive sans pression excessive. Elle progresse dans le sillage des anciens, qui restent les capitaines de route. Cette passation de pouvoir en douceur et ce renouvellement permanent avaient manqué lorsque la génération Platini avait rendu les armes. Moins talentueux que les jeunes d'aujourd'hui, les nouveaux Bleus, ceux notamment qui avaient été champions d'Europe Espoirs en 1988, n'avaient pu compter sur de glorieux anciens. On sait ce qu'il est advenu : deux Coupes du monde (1990, 1994) et un Euro ratés (1988). Mais ce temps est révolu. Presqu'une autre vie...
* L'équipe de France s'est qualifiée pour cinq de ces sept compétitions. Lors des Coupes du monde 1998 et 2002, les Bleus étaient qualifiés d'office.
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