Qualification Euro 2024 | Norvège - Espagne | Martin Odegaard à Madrid, les raisons de la galère

Étiqueté très tôt comme une promesse majeure du football mondial, Martin Odegaard coule des jours heureux à Londres où Arsenal lui a permis de définitivement éclore à l'échelle européenne. Pourtant, le Norvégien a connu plusieurs secousses en choisissant le Real Madrid au moment de faire décoller sa carrière. Avant Norvège-Espagne, retour sur six années délicates dans le club merengue.

Martin Odegaard avec le Real Madrid en Liga le 4 octobre 2020

Crédit: Getty Images

À première vue, les liens entre Martin Odegaard et Dalida ne sont pas évidents à trouver. Pourtant, le footballeur norvégien avait pris un an d'avance sur la célèbre chanson de la chanteuse née au Caire. Au moment d'être présenté comme recrue du Real Madrid à la mi-janvier 2015 aux côtés de son nouveau vice-président Emilio Butragueño, Odegaard venait d'avoir dix-sept ans, il n'était encore qu'un enfant. Et s'il n'était pas encore fort comme un homme, le teenager aux cheveux blonds n'avait pas peur du réveil qui sonne aux aurores pour célébrer un grand jour. Huit ans plus tard, l'éphèbe Odegaard garde le souvenir d'une journée interminable organisée par la cellule de recrutement du Real entre son pays natal et la capitale espagnole.
"Ils ont envoyé un avion pour nous amener à Madrid le lendemain matin très tôt, révèle l'intéressé dans un entretien accordé en février dernier à The Players' Tribune. J'étais encore à moitié endormi, je n'avais pas eu le temps de me doucher. J'ai pris les vêtements que j'avais sous la main et d'autres dans mon sac. J'imaginais qu'une fois à l'hôtel, je pourrais me changer, me doucher et me préparer. Et tu sais quoi ? Ils m'ont présenté devant tout le monde. Ça a été le jour le plus long de ma vie, les images ont fait le tour du monde. C'est ce que ça suppose quand on est joueur du Real Madrid." Outre-Pyrénées, l'aventure débute à la manière de l'image qu'Odegaard laissait transparaître depuis la Norvège : celle d'un garçon hors norme.

La tuile du "talent du siècle"

Avant sa décision de s'engager pour la Casa Blanca, Odegaard était l'objet de toutes les convoitises sur le Vieux Continent. Concurrents de poids, Manchester City, Manchester United, Liverpool, Arsenal et le Bayern Munich manifestèrent leurs intérêts pour le prodige scandinave, désireux de visiter les installations une par une avant de faire son choix. Président du directoire au Bayern à l'époque, Karl-Heinz Rummenigge n'avait pas hésité à parler de "talent du siècle" pour évoquer le potentiel décelé chez Odegaard. Un tel éloge tenu par un ancien double Ballon d'or en 1980 et 1981, cela peut peser dans la balance. Cependant, la Bavière n'a pas obtenu les faveurs du prometteur milieu offensif, désireux de suivre le chemin de son aîné Isco qu'il considérait "si doux avec la balle".
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Martin Odegaard remplace Cristiano Ronaldo lors de Real Madrid - Getafe en Liga, le 23 mai 2015

Crédit: Getty Images

Autre argument non-négligeable pour Odegaard de choisir le Real Madrid : la présence d'un certain Zinedine Zidane à la tête de la Castilla du Real. Avec le champion du monde 1998 en guise de mentor dans l'équipe réserve, le Scandinave pense légitimement franchir des paliers supplémentaires pour développer sa science du jeu et distiller des passes millimétrées pour ses partenaires. Entre Odegaard et Zidane, l'association a des allures de mariage parfait pour la presse nationale. Malheureusement pour le gaucher, cette courbe de progression au Real ne sera effective qu'un an dans la pratique. La raison ? Zidane se retrouve nommé sur le banc de l'équipe première le 4 janvier 2016 à la place de Rafa Benitez.
Propulsé sur le devant de la scène, ZZ doit se confronter à une obligation de résultat dans un club où la victoire est la seule option. Conséquence : Zidane ne s'appuie que très peu sur les jeunes et préfère miser sur la vieille-garde de l'effectif avec les éternels milieux relayeurs Toni Kroos, Luka Modric, ou… Isco, passé de modèle d'Odegaard à coéquipier lors des entraînements à Valdebebas. "Avec le Castilla, je n'étais pas suffisamment présent la semaine pour créer des automatismes sur le terrain, poursuit-il. Avec l'équipe première, j'étais juste un gamin qui venait s'entraîner. Je n'étais pas impliqué dans les matchs, j'étais coincé dans un entre-deux."

L'exil de Madrid et le covid en coup de grâce

Pour Odegaard, la majorité civile ne suffit pas à lui permettre de trouver sa place dans le vestiaire du Santiago-Bernabéu malgré les aides des anglophones Kroos, Modric ou Cristiano Ronaldo. "Son profil me fait penser à celui que j'avais avec Robert Prosinecki, explique Benito Floro, entraîneur du Real Madrid entre 1992 et 1994. Ces footballeurs doivent démontrer à chaque moment leur capacité à marquer une différence. Ensuite, il y a toujours des camarades pour faciliter la communication et l'entraide sur et en dehors du terrain. Au Real, il n'y a pas de volonté de mettre des bâtons dans les roues et l'égoïsme ne peut pas triompher. La dynamique est toujours collective."
Victime de son succès planétaire, le Real Madrid est contraint d'envoyer ses jeunes espoirs en prêt pour leur offrir du temps de jeu. Au même titre que Federico Valverde, Théo Hernandez, Takefusa Kubo ou l'éphémère Reinier Jesus, Odegaard quitte à titre temporaire le nid madrilène et décide de son nouveau foyer. Ce sera l'Eredivisie pendant deux saisons à Heerenveen et Arnhem, puis un retour à la Liga espagnole sous le maillot de la Real Sociedad où Hernandez avait laissé de bons souvenirs. Après trois prêts consécutifs et une montée en puissance significative sur le plan des statistiques individuelles, Odegaard est retenu par Zidane au sein de l'effectif de la Maison-Blanche pour le début de saison 2020-2021. "Être jeune au Real, cela implique d'être serein car si cela ne se passe pas comme prévu, le footballeur peut s'égarer, poursuit Floro. Ce n'est pas un club comme les autres dans le sens où tout doit bien se passer pour réussir."
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Zinedine Zidane et Martin Odegaard lors de Real Sociedad - Real Madrid en Liga, le 20 septembre 2020

Crédit: Getty Images

Encore en pleine période pandémique, le monde du football a subi la politique des jauges dans les stades et peu de socios madrilènes ont retenu que sur les onze apparitions d'Odegaard en équipe première entre 2015 et 2021, sept d'entre elles se sont produites lors de sa dernière saison sous la tunique merengue. Victime d'une blessure à un mollet puis testé positif au Covid-19 au mois de janvier, le Norvégien s'est fait séduire par Mikel Arteta en personne à travers un entretien d'embauche sur Zoom pour participer à la résurrection d'Arsenal. Dans la foulée d'un prêt de six mois réussis à Londres, Odegaard a incité les Gunners à débourser 40 millions d'euros pour s'attacher ses services. Acheté 4 millions d'euros six ans plus tôt au StrOmsgodset IF, le Real Madrid est ainsi parvenu à multiplier par dix sa valeur marchande.

Floro : "Son passage en Espagne n'est pas un échec"

Sur le plan financier, difficile de dire que les Blancos ont fait une mauvaise affaire. Mais qu'en est-il du sportif ? "Son passage en Espagne n'est pas un échec, tranche Floro. Odegaard s'est adapté à un nouvel environnement à un très jeune âge, il a appris une nouvelle langue. Le niveau de jeu qu'il a acquis à travers le Real Madrid lui a permis d'aller jouer à Arsenal. Il n'était peut-être plus en phase avec le projet du Real et il a décidé d'évoluer dans un autre club de haut niveau. Rejouera-t-il un jour à Madrid pour s'imposer ? Il faut lui laisser du temps." Du temps, la Norvège n'en a plus vraiment au moment d'affronter l'Espagne dans un match pas loin d'être décisif en vue d'une qualification au prochain championnat d'Europe. Et pour vaincre La Roja sur sa terre natale, Odegaard va devoir prouver que le Real a eu tort de le laisser filer à l'anglaise.
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