Roma et Lazio, un monde les sépare!

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La Roma et la Lazio, qui se retrouvent lundi (20h45) dans un derby attendu, présentent de nettes différences. Johann Crochet vous les expose.

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Crédit: Eurosport

Lundi soir, la Roma reçoit la Lazio au Stade Olympique de Rome lors du 173ème derby de la Capitale italienne. Historiquement, les deux clubs s'opposent en plusieurs points, comme par exemple la couleur des tribunes, même si les choses ont évolué depuis une décennie, et pas dans le bon sens pour la Curva Sud de la Roma. Mais plus qu'un énième récapitulatif sur le contexte environnemental des deux clubs, c'est les récents affrontements qui doivent être mis en lumière aujourd'hui.
D'une manita à une autre ?
13 mars 2011. Dans la zone mixte du Stadio Olimpico, l'ancien speaker de la Roma et journaliste italien Carlo Zampa affiche un magnifique sourire et arbore un tee-shirt provocateur : une main rouge et or avec l'inscription "give me five", symbole des cinq derbies consécutifs que vient de remporter la Roma. Les joueurs passent devant lui avec un énorme sourire et certains viennent signer ce tee-shirt collector. Quelques semaines plus tard, des répliques fleurissent dans les petites "boutiques à touristes" du centre historique de Rome et dans les échoppes disséminées autour du stade olympique. Les tifosi giallorossi fanfaronnent et les Biancocelesti jurent que le vent finira bien par tourner.
Un peu plus de deux ans plus tard, les plus optimistes supporters de la Lazio peuvent jubiler. Après cinq défaites consécutives, le club vient de remporter trois derbies d'affilée et reste dans la course pour la passe de cinq. Une manita de revanche que tout le peuple biancoceleste attend avec une grande impatience, après avoir subi les railleries et moqueries de leur rival. Et les tifosi de la Lazio sont d'autant plus confiants que les performances cette saison de la Roma ne sont pas de nature à les inquiéter particulièrement.
Le talent individuel contre une équipe besogneuse
L'un des poncifs que l'on entend le plus dans le monde du football est que le talent et la technique ne suffisent pas pour faire une grande carrière ou une grande équipe. Il faut composer avec d'autres qualités comme l'abnégation, la volonté de se dépasser et un état d'esprit fait de solidarité et de solidité. Le problème de la Roma depuis deux ans est qu'il manque un peu de tout cela. Individuellement, les joueurs sont très intéressants et techniquement dans les meilleurs en Italie. Les Miralem Pjanic, Francesco Totti, Daniele De Rossi, Erik Lamela, Pablo Osvaldo ont en effet d'énormes qualités techniques. Excepté Totti qui fait preuve d'abnégation et d'une remise en question perpétuelle, tous les autres ne sont pas à la hauteur de leur capitaine.
En effet, dans ce groupe de la Roma – et c'était déjà le cas la saison passée – le bon vivre est omniprésent : aucune remise en question, aucune envie de se surpasser et aucune envie de se faire mal. Est-ce un manque d'ambition ou de caractère ? Certainement un peu des deux. Pour certains, la Roma représente déjà un grand club et il leur est difficile d'espérer viser plus haut. Pour d'autres, leur jeunesse peut expliquer ce défaut que seule la maturité semble pouvoir gommer. Et puis, il y a ce manque de caractère flagrant. Ce n'est pas un hasard si le mot "cattiveria" accompagne pratiquement tous les articles sur la Roma et de nombreuses conférences de presse depuis deux ans. Cette équipe romaine manque en effet de méchanceté (dans le bon sens du terme), d'agressivité et de vice. Si les choses se passent bien dès le début du match, la Roma a une grande chance de l'emporter. À l'inverse, elle a toutes les chances de sombrer si elle prend un but rapidement. Hormis son capitaine Francesco Totti et Nicolas Burdisso, à l'état d'esprit exemplaire, même si son âge commence à se faire sentir sur le terrain, aucun joueur ne semble capable de se remotiver pour inverser le cours d'une rencontre. Devant la moindre difficulté cette équipe de la Roma devient passive et subit tous les éléments. Dans un match contre une équipe de bas de tableau comme dans un derby. Et c'est notamment ce qui commence à profondément agacer les tifosi giallorossi.
De son côté, la Lazio ne connaît pas ce problème. En analysant son effectif, hormis Klose, Hernanes et Marchetti, cette équipe ne fait pas rêver. Techniquement en-dessous de nombreux rivaux, la Lazio compense avec un état d'esprit irréprochable. Certes, le club a perdu quelques places au classement, mais il ne faut pas oublier qu'elle est en quart de finale de l'Europa League et en finale de la Coupe d'Italie. Le tout avec un effectif quantitativement et qualitativement limité. Certainement un peu usé psychologiquement car ses efforts de concentration et d'abnégation ont été très importants depuis le début de la saison, la Lazio a dégringolé au classement mais est toujours sixième, à un point de la quatrième place, et surtout trois points devant son rival, l'AS Roma.
Dans cette équipe de la Lazio, le groupe prend tout son sens. Les attaquants sont les premiers à faire le pressing, les latéraux offrent des solutions, les milieux de terrain sont partout, agressent le porteur du ballon et lâchent rarement prise. Certes, il y a Klose pour conclure, Marchetti pour briller dans les buts et Hernanes pour créer – encore que le brésilien affiche une nouvelle fois cette saison, une irrégularité chronique -, mais Petkovic peut compter sur un collectif volontaire et déterminé. C'est exactement tout l'inverse de son rival romain et c'est pourquoi elle vient de remporter trois derbies consécutifs, où la détermination est pour beaucoup dans le résultat final.
Deux stratégies à moyen terme différentes
Si, aujourd'hui, un monde sépare la Roma et la Lazio au niveau de la détermination affichée sur les pelouses, l'autre grand écart est à chercher dans la stratégie des deux clubs romains. La Lazio est gérée à la petite semaine par son président Claudio Lotito. Quand il promet des investissements à ses tifosi, il réalise un mercato de seconde zone. Toujours détesté par une partie de ses supporters, le président de la Lazio a encore une vision archaïque de la gestion d'un club de foot italien et a du mal à voir plus loin que la saison en cours.
À l'opposée, la Roma est en train de se transformer en marque internationale. Rachetée il y a deux ans par des investisseurs américains, la Roma progresse : augmentation de 20% des recettes, partenariats avec Volkswagen, Disney et d'autres grandes marques, contrat de dix ans signé avec l'équipementier Nike, projet de nouveau stade – dit de propriété – lancé, grande avancée dans le marketing et dans la relation avec les supporters (le club limite les effets de la Tessera del Tifoso ce qui réjouit ses abonnés les plus fidèles), tournées mondiales à venir, etc. Les ambitions affichées (scudetto d'ici cinq ans, construction d'une équipe jeune, club auto-financé) doivent faire de la Roma l'un des plus grands clubs européens à moyen et long terme.
Klose-Totti, le talent n'a pas d'âge
La Gazzetta dello Sport a publié la semaine dernière un onze des joueurs de Série A ayant passé le cap des 34 ans. Au sein de la ligne d'attaque, outre Antonio Di Natale, Francesco Totti et Miroslav Klose étaient cités. Il faut dire que ces deux joueurs affichent des statistiques étonnantes dans un championnat aussi compétitif et aussi dur pour les attaquants. Blessé pendant un mois et demi, l'attaquant allemand de la Lazio affiche dix buts en vingt-et-une apparitions cette saison. Le capitaine de la Roma fait encore mieux avec 11 buts et dix passes décisives en 27 matchs.
Dans des styles différents, Klose et Totti sont les leaders de leur équipe. L'Allemand est le finisseur, celui sur qui on peut compter pour transformer une balle moyenne dans la surface en occasion de buts. Klose se déplace bien, fait les bons appels aux bons moments, permet à son équipe de remonter grâce à sa conservation de balle et n'est pas le dernier pour aller perturber les relances des défenseurs adverses. De son côté, Francesco Totti marque et fait marquer, est le leader technique de l'équipe et celui qui peut faire basculer une action grâce à une déviation dont il a le secret. En grande forme physique, le capitaine de la Roma s'est rarement autant investi que cette saison.
Totti et Klose seront, à n'en pas douter, deux éléments clés de ce derby qui se disputera lundi soir au Stade Olympique de Rome. L'un n'a plus marqué dans cette rencontre depuis trois matchs (Totti), l'autre veut mettre à six points le rival et atteindre les quatre victoires consécutives dans le derby, dans l'optique d'une "manita retour" que tout le peuple biancoceleste attend. À l'inverse, la Roma donne le sentiment qu'un match nul ne serait pas un mauvais résultat afin d'arrêter l'hémorragie dans ce derby. Une sorte d'adaptation à l'échelle footballistique de la célèbre phrase de l'historien romain Tite-Live, "mieux vaut la paix certaine que la victoire espérée".
JOHANN CROCHET : Créateur de footballtagcloud.com, pigiste, Johann Crochet a l'habitude de dire qu'une bonne journée commence par une revue de presse italienne et qu'une bonne année se mesure au nombre de matches de Serie A vus dans les stades. Par goût, il suit aussi le foot néerlandais et les championnats scandinaves.
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