Eurosport
Le cauchemar de l'Italie
Par
Publié 29/05/2012 à 16:35 GMT+2
Le scandale du Calcioscommesse bouleverse l'Italie, même si le traumatisme ne sera pas à la hauteur de celui provoqué par le Totonero.
Eurosport
Crédit: Eurosport
Sur l’échelle des scandales du foot italien, le Calcioscommesse n’arrive pas à la cheville du Totonero, premier du genre. Une sorte de prime à la nouveauté, mais pas seulement. Car lorsque les italiens s’installent le 23 mars 1980 devant 90° minuto, célèbre émission italienne de foot (ndlr : type Canal Football Club), ils sont loin de s’imaginer qu’ils vont assister en direct à l’arrestation de plusieurs joueurs et dirigeants.
Les caméras de 90° Minuto captent chaque image : lorsque les voitures de la police débarquent sur la piste d’athlétisme d’un stade, lorsque des joueurs sont interpellés dans les tribunes, etc. Les téléspectateurs sont médusés et choqués : la police débarque au stade pour arrêter les acteurs qui les font rêver chaque week-end. Ainsi, des policiers interpellent en tribune Manfredonia (Lazio) avant de récupérer ses trois coéquipiers Wilson, Giordano et Cacciatori dans les vestiaires. Même procédé pour les milanais Ricky Albertosi et Giorgio Morini, interpellés juste après le match, tandis que le président du Milan, Colombo, avait déjà les menottes aux poignets. Stefano Pellegrini, joueur de l’Avellino, alors en Série A, est même arrêté juste après son remplacement à huit minutes de la fin du match.
De nombreux autres joueurs et dirigeants sont également arrêtés partout en Italie. Les accusations sont lourdes : paris clandestins et matchs truqués. Les joueurs se mettaient d’accord sur les résultats et faisaient profiter certaines personnes de ces combines. Et c’est un restaurateur romain qui a donné l’alerte le 1er Mars 1980 après un résultat non conforme à ce qu’avaient annoncé des joueurs de la Lazio. La Lazio et le Milan seront rétrogradés en Série B, le président milanais radié à vie, des joueurs suspendus (de 3 mois à 6 ans), des clubs de Série B également touchés, etc.
"Quelle tristesse, des menottes dans des stades de foot"
Le Totonero a été vécu comme un traumatisme pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il s’agissait là du premier gros scandale de matchs truqués en Italie. Ensuite, la télévision a joué un rôle majeur en retransmettant les arrestations et les arrivées des coupables lors de leurs auditions puis sur le banc des accusés. Dans ces cas là, le poids de l’image est important. D’ailleurs, le choix d’arrêter des joueurs après les matchs n’était peut-être pas si anodin car la police aurait pu frapper au petit matin comme elle en a l’habitude. La justice voulait frapper fort, au moment des arrestations, et lors du procès avec des sanctions exemplaires. La Gazzetta dello Sport titrait même le lendemain "Quelle tristesse, des menottes dans des stades de foot."
Ce scandale a également été révélé à quelques mois d’un Euro que l’Italie organisait, en 1980 (et non pas avant la CdM 82). La portée médiatique a été catastrophique pour l’image de cette nation à l’étranger. Des dirigeants ont dû démissionner avant le début de l’Euro, l’Italie a perdu des joueurs, suspendus, comme son buteur Paolo Rossi, qui allait devenir par la suite le héros de la Coupe du Monde 1982, avec au bout, un ballon d’or.
Ce n’est pas que le Calcioscommesse est moins grave, et en plus de nouveaux développements arriveront prochainement, mais l’Italie s’est malheureusement habituée à ces scandales (n’oublions pas 1986) et l’expression "déjà-vu" (en français dans le texte) a été reprise dans de nombreux articles ce matin. Et le retour des forces de police dans des endroits dédiés au football, en l’occurrence le centre d’entraînement de l’Italie à Coverciano, a ravivé des souvenirs douloureux. Mais le cauchemar ne fait peut-être que commencer…
Retrouvez toute l'actu foot et les billets experts sur flashfoot.fr
Publicité
Publicité