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De quelle couleur est Milan ?
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Publié 03/04/2018 à 19:16 GMT+2
C’est tout naturellement que les partisans de l’AC Milan et de l’Internazionale essayent de tirer la couverture vers eux, mais il est en fait difficile de trouver une réponse à cette question qui taraude de nombreux esprits.
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Crédit: Eurosport
Cela fait partie du folklore, un mélange de chambrage et d’impertinence qui n’est pas exclusif à la ville de Milan. Or, ici cela prend une dimension particulière puisque les deux clubs ont fini plusieurs fois sur le toit d’Europe et du monde. Le débat revient ainsi souvent sur le tapis avec des affirmations parfois audacieuses.
En premier lieu, il est difficile voire impossible de quantifier le nombre de supporters de chaque camp intra-muros et dans la banlieue périphérique, mais selon mon expérience de résident milanais, on est sur du match nul. Quant à l'anachronique distinction sociologique, les bourgeois baùscia interistes et les prolos casciavìt milanistes, elle s’est diluée au fil des décennies et au gré des flux migratoires. Restent néanmoins quelques marqueurs historiques.
La chronologie ne laisse aucun doute
Pour le coup, il n’y a aucune discussion possible même si l’AC Milan n’est pas le doyen du chef-lieu lombard. En effet, la Mediolanum est née un an avant mais n’a participé qu’à une édition du championnat en 1902, contrairement aux Rossoneri présents dès 1900. Un de ses fondateurs, mais aussi joueur et capitaine, fut le célèbre Herbert Kilpin, un Britannique passé par Turin auparavant où il contribua là aussi à la naissance de l’Internazionale Torino dès 1891. On parle là d’un vrai pionnier et un des pères du football en Italie.
La troisième équipe meneghina à prendre part au campionato fut l’US Milanese en 1905, elle exista d’ailleurs pendant une vingtaine d’années, se classa seconde en 1908 et 1909 derrière la Pro Vercelli et fut contrainte et forcée de fusionner avec l’Inter en 1928. Cette dernière n’est donc que numéro quatre et nait, comme beaucoup le savent, d’une dissidence de quarante-quatre membres du Milan. Fondée afin de pouvoir faire évoluer des joueurs étrangers et non parce que le club-mère n’en voulait pas. Au contraire, lorsque la fédération italienne imposa temporairement l’italianisation des effectifs, les Rossoneri, pourtant champions en titre, renoncèrent à participer à l’édition 1908. Alors même si chaque équipe s’est construite sa propre et glorieuse histoire, il y aurait difficilement eu l’Inter sans le Milan.
Des chiffres et des lettres de noblesse
Paradoxalement, l’Inter prend rapidement le dessus et s’impose comme la référence du foot à Milan et dans la Botte. De 1909 à 1950 et malgré les interruptions dues aux deux guerres mondiales, elle remporte cinq scudetti contre zéro pour le rival rentré dans le rang entretemps. Cela s’équilibre ensuite à partir des 50’s, mais jusqu’à l'avènement de Berlusconi, les deux équipes sont au coude à coude sur la scène italienne et européenne. A vrai dire, l’Inter est même un cran au-dessus, puisque si elle facture elle aussi deux Coupes d’Europe des clubs champions, elle mène en revanche douze scudetti contre les dix de son adversaire qui en a remportés trois avant la naissance des nerazzurri). Surtout, la Beneamata n’a pas connu l’affront de la Serie B tandis que le Diavolo a été relégué deux fois au début des 80’s.
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si le derby d’Italie désigne le classique entre la Juventus et l’Inter et non le Milan. Or, non seulement le Cavalier a rééquilibré les comptes en termes de scudetti mais il a pris une belle avance sur la scène européenne et internationale, faisant de son club la première référence mondiale du foot moderne. Pour compléter cette soupe de chiffres, le bilan est incroyablement équilibré concernant les seuls derbies : 98 victoires à 96 pour l’Inter. Mais le Milan s’est imposé lors des plus significatifs, en finale de Coupe et Supercoupe d'Italie et surtout deux fois en Ligue des champions.
Les hauts fonctionnaires ont fait leur choix
Un splendide "murales" pour fêter les 110 de l’Inter a été inauguré via Borsieri il y a quelques semaines, deux jours plus tard, il a été dégradé avec de la peinture rouge. Un déplorable geste d’incivisme, mais pas non plus le scandale dénoncé par la moitié noire et bleue de la ville. Une moitié visiblement majoritaire au sein des institutions, ce qui semble être l’héritage de la distinction sociologique dont j’ai fait référence en introduction. Ainsi, en trente ans, le stade San Siro - construit par un président du Milan qui plus est - est devenu Giuseppe Meazza et a été jouxté par l’esplanade Angelo Moratti et les jardins Helenio Herrera, tandis que dans un quartier avoisinant, une rue a été intitulée en l’honneur d’Armando Picchi.
Tous des grands protagonistes de l’histoire de l’Inter, non pas qu’ils ne le méritent pas, là n’est pas la question, mais le Milan, lui doit se contenter des jardins Cesare Maldini à partager avec Giacinto Facchetti, autre emblème nerazzurro. Herbert Kilpin ou encore Nereo Rocco n’ont pas encore eu le droit à cet honneur. Une disparité regrettable, presque une interisation sournoise mais qui dénote une meilleure habileté à honorer son histoire et qui peut avoir une influence non-négligeable sur l'inconscient collectif liée à cette problématique chromatique.
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