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San Siro, monument en péril

San Siro, monument en péril

Le 31/03/2019 à 17:00Mis à jour Le 31/03/2019 à 17:09

SERIE A - L'information est encore difficile à croire. Et pourtant, elle est bien vraie : l'AC Milan et l'Inter Milan songent à détruire San Siro, leur stade historique. Le tout pour ensuite y reconstruire une enceinte ultra-moderne. Depuis l'annonce de cette nouvelle, beaucoup de voix s'élèvent dans l'espoir que les deux clubs lombards fassent marche arrière. Oui, un monument est en danger.

"La première fois que j'ai vu San Siro, il est impossible de ne pas avoir un frisson. Quand il est illuminé, on croirait voir un vaisseau spatial dans la périphérie milanaise..." En 2009, le très célèbre Time Magazine semblait être lui aussi tombé sous le charme du Stade Giuseppe Meazza. Difficile de ne pas le comprendre. Impressionnante, l'enceinte milanaise, basée dans le quartier de San Siro, ne peut laisser personne indifférent.

Et pourtant, ce patrimoine du football mondial est actuellement en danger. Comme l'a dévoilé la presse italienne cette semaine, l'AC Milan et l'Inter Milan, les deux qui y résident, songent à le détruire. Oui, le détruire. Pourquoi ? Pour y reconstruire près de ses ruines un stade ultra-moderne. Tout beau, tout neuf. Et tant pis pour le vieillot San Siro, qui a vu défiler sur sa pelouse les plus grands joueurs depuis son inauguration en 1926.

"Temple du football"

"Je suis contre ce projet de destruction, il ne faut pas démolir San Siro. Je ne pourrais jamais le comprendre. C'est un stade avec une identité unique et magnifique en Italie, meilleure encore que celle de l'Olimpico de Rome (...) Son histoire, c'est l'histoire du football milanais. Et c'est l'un des temples du football", nous confie Paolo Condò, grande plume de La Gazzetta dello Sport. "Pour moi, la meilleure solution est que l'un des deux clubs l'achète. Et qu'on donne un terrain à l'autre pour qu'il construise son propre stade", poursuit-il.

La Curva Sud à San Siro

La Curva Sud à San SiroGetty Images

Pour lui, détruire "La Scala del Calcio" serait donc un crime de lèse-majesté. Un avis partagé par une grande partie des tifosi, qui n'hésitent pas à exprimer leur colère via les réseaux sociaux. Une pétition a d'ores et déjà été lancée pour empêcher ce projet d'aboutir. Si tous sont conscients de la nécessité d'un nouveau stade, ils ne veulent pas entendre parler d'abattre San Siro.

Un temps évoqué, sa possible modernisation a visiblement été abandonnée. Les raisons ? Des travaux trop coûteux, trop longs, trop contraignants. "Avec le temps qui passe, il faut évidemment rénover les stades. Wembley (Londres) et le Maracanã (Rio de Janeiro), deux autres stades mythiques, l'ont été", explique Paolo Condò. De plus, il ne faut pas oublier que Milan a accueilli une finale de Ligue des champions (Real Madrid - Atlético Madrid, NLDR) il y a à peine trois ans. Pas une éternité. "Il était considéré alors comme l'un des meilleurs stades d'Europe. Il l'est donc toujours", assure le journaliste.

Un nouveau stade à 600 millions d'euros

Pour remplacer le Stade Giuseppe Meazza, les deux clubs plancheraient sur une nouvelle enceinte de 60.000 places. Son coût ? Aux alentours des 600 millions d'euros selon la presse transalpine. Pendant sa construction, qui prendrait probablement trois ans, l'Inter et le Milan évolueraient toujours à San Siro. Si certains tifosi approuvent ce virage stratégique, ils peinent toutefois à comprendre l'intérêt d'une nouvelle enceinte à partager (encore) avec le grand rival. "Cela permet de diviser toutes les dépenses", explique Condò, également consultant pour Sky Sport Italie.

Vidéo - Maxwell : "San Siro, ça sent l'histoire du football"

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"On doit avoir un stade utilisable quand il n'y a pas de matchs. Pour gagner, on doit avoir des bons joueurs, et les bons joueurs sont coûteux (...) On a les mêmes recettes depuis quinze ans. Pendant ce temps, le Real, le Barça et Manchester United ont doublé leurs recettes", s'est justifié Paolo Scaroni, le président de l'AC Milan, vendredi. Paradoxe, les trois clubs cités évoluent toujours dans leur stade. Le problème est peut-être ailleurs. Mais bien décidé à aller au bout du projet, Scaroni n'a pas hésite à menacer "de quitter San Siro" si les collectivités locales s'y opposent.

Cette logique économique peut évidemment se comprendre. Avec un stade multifonctionnel, accessoirement accompagné d'un naming qui viendrait remplacer le nom d'une légende comme Giuseppe Meazza, les deux clubs lombards peuvent s'assurer une stabilité financière à long terme. Faut-il donc faire l'impasse sur le sentimentalisme et franchir le pas comme Tottenham, qui emménage dans sa nouvelle enceinte le 3 avril prochain après 118 ans à White Hart Lane ? Facile à dire, plus dur à faire.

Ne transformez pas le rêve en cauchemar

Pour beaucoup, San Siro est un rêve. De jeunesse pour certains, qui ne demandent qu'à être éblouis par son architecture si unique et historique. Et d'une vie pour d'autres, qui conservent intimement l'espoir de s'y rendre un jour. Avoir rendez-vous à Giuseppe Meazza, c'est avoir rendez-vous avec le football et son âme.

Lorsqu'il était à la tête de l'Inter, entre 2008 et 2010, José Mourinho aimait répéter qu'une fois rempli, ce stade n'avait aucun égal. "Il te transmet une énergie unique", avait confié une fois le Special One. Pourtant pas le premier venu. "En m'y rendant pour la première fois en 1984 pour la Gazzetta, j'ai tout de suite compris de quoi serait fait mon avenir. Dans ce lieu magnifique, j'ai ressenti une satisfaction jamais oubliée. Et trente-cinq années ont pourtant passé...", nous raconte Paolo Condò.

Si les logiques économiques sont souvent reines dans ce monde impitoyable du football moderne, San Siro fait partie de ces derniers lieux où la magie apparaît lorsque les lumières s'illuminent. Où les yeux redeviennent ceux d'un enfant émerveillé. Où le football doit continuer à écrire les pages d'une histoire encore inachevée. Et à y raconter les plus belles de son passé. Ne gâchez pas tout.

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