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Serie A - Le père Noël est une ordure

Le père Noël est une ordure

Le 27/12/2018 à 11:49Mis à jour Le 27/12/2018 à 14:57

SERIE A - Le Calcio ne prend pas de pause durant les fêtes, mais la belle affiche programmée hier soir à San Siro entre l'Inter et le Napoli ne s'est malheureusement pas déroulée dans l'esprit de Noël.

L’allure alourdie par les lasagnes bolo, chapons farcis et autres “panettone”, les tifosi se dirigent vers un San Siro emmitouflé dans le brouillard. C’est le premier vrai boxing day à l’italienne depuis que la Lega a décidé de jouer pendant les fêtes afin de concurrencer la Premier League sur ce créneau. Le 26 décembre est également férié en Italie, c’est le jour où on en profite pour rendre visite aux membres de la famille que l’on n’a pas vu au repas de Noël la veille avec, en théorie, un menu allégé et les immanquables "tortellini in brodo".

Je pensais d’ailleurs offrir un peu de répit à mon estomac, mais ma belle-mère m’a pris au piège dégainant également le reste des cannelloni et de la carne bollita. Je remarque que je ne suis pas le seul à avoir les yeux fatigués par un cycle digestif ininterrompu depuis 48 heures, et ce n'est pas ce soir que les camionnettes vendant les “panini alla salamella” autour du stade feront leur meilleure recette. Miser sur la salade eût été plus judicieux.

Des conditions de travail caloriques

254 000 personnes ont répondu à l'appel de la Serie A, c’est dans la lignée de la moyenne saisonnière et donc pas forcément le succès escompté puisque l’idée était justement d’attirer plus de gens dans les stades. Je ne suis toujours pas convaincu que le peuple italien ait besoin de sa dose de ballon rond durant la période des fêtes (il y a encore une journée samedi), pas parce que Noël est sacré mais juste que c’est le bon moment de souffler, notamment pour nous, journalistes.

Miralem Pjanic e Cristiano Ronaldo, Juventus

Miralem Pjanic e Cristiano Ronaldo, JuventusGetty Images

Nous ne sommes pas le seul corps de métier concerné et il y a plus à plaindre, or, je peux vous garantir que sortir le chromebook pour finir un article entre deux plats servis par ma belle-mère aurait pu me coûter très cher. Elle est des Abruzzes, et on ne plaisante pas avec ces choses-là. En outre, étant né le 24 décembre, je dois ajouter un événement exceptionnel à cette période chargée en calories. “De notre correspondant...Burp !...Valentin...Burp !...Pauluzzi...Prout !” Ça donnait à peu près ça ces jours-ci. Mais je suis un rescapé, car, d’habitude si nombreux à faire le voyage, les collègues napolitains se comptaient cette fois sur les doigts de la main, hier, dans les différentes salles de presse. Le "capitone fritto" ne fait pas de prisonniers.

Un rituel et un frisson

Hasard du calendrier, cette “Santo Stefano” proposait ainsi un Inter-Napoli. Troisième contre second. Les dauphins de la Juve, en friture, pour rester dans le thème. Je ne suis pas un habitué de San Siro en hiver, les matches étant souvent programmés le soir à des températures polaires, mais là, le déplacement était requis. C’est désormais un rituel. Vingt minutes de route depuis chez moi avec la 206 cabossée immatriculée Picardie jusqu'à une rue que je ne révélerai pas (les places sont chères !). Dix minutes à pied à slalomer entre les supporters et l’arrivée côté Curva Sud, avec toujours ce petit frisson parcourant l’échine, identique à celui de la toute première fois en 2004, au détour d’un retour de vacances, quand l'hypothèse de faire de ce monument un de mes lieux de travail relevait de l’utopie.

General view inside the stadium prior to the Group B match of the UEFA Champions League between FC Internazionale and Tottenham Hotspur at San Siro Stadium on September 18, 2018 in Milan, Italy.

General view inside the stadium prior to the Group B match of the UEFA Champions League between FC Internazionale and Tottenham Hotspur at San Siro Stadium on September 18, 2018 in Milan, Italy.Getty Images

Je remonte jusqu’à la gate 8, présente ma carte de presse au gars de la sécu. “Fulvio Collovati. Radio Rai”, entends-je derrière moi. Tiens, un collègue champion du monde. Jusque-là, 26 décembre ou pas, c'est une soirée comme les autres. Je file dans le préfabriqué faisant office de salle de presse, dépose mes affaires et me dirige vers le buffet pour me servir un verre d’eau, grand absent de mes derniers repas. “Non, on n’ouvre pas avant 18h30”, m'avertit la dame du service catering. “Même pas un verre d’eau ?” ; “Non” ; “Ok, bon ben joyeux Noel quand même.”

Pas de pitié, même à Noël

20h15. Après avoir rédigé et envoyé les papiers en gardant un oeil sur Roma-Sassuolo, il faut se bouger la couenne en tribune de presse. Escaliers obligatoires. Tous les moyens sont bons pour se laver la conscience après ce marathon culinaire. La Juve vient d'être tenue en échec à Bergame, un résultat qui peut rendre cette prometteuse affiche encore plus enjouée, chouette ! Une demi-heure plus tard, Kalidou Koulibaly prend une première rasade de cris de singes venus des ultras locaux de la Curva Nord. Une triste habitude pour un adversaire noir de l’Inter et pour le défenseur sénégalais déjà pris pour cible à l’Allianz Stadium en septembre. Le speaker effectue plusieurs annonces, évidemment inutiles. Énervé, ”K2” conteste ironiquement la décision d'un arbitre incapable de stopper la rencontre comme le permettrait le règlement et écope d’un rouge.

Kalidou Koulibaly et Mauro Icardi

Kalidou Koulibaly et Mauro IcardiGetty Images

En outre, ces actes racistes sont doublés de chants anti-napolitains visant à la discrimination territoriale, ils sont même entonnés depuis les rampes, d’où défluent les spectateurs des tribunes latérales. Et dire que toutes ces personnes, la veille, se trouvaient en famille, en train de fêter la naissance du petit Jésus et les valeurs de partage et de tolérance inhérentes à Noël. Un de mes premiers papiers publié ici abordait le durcissement des sanctions à propos des différentes manifestations discriminatoires dans les tribunes. C’était il y a cinq ans.

Rien n’a changé et rien ne changera. Les portes-paroles de l’Inter sont restés muets. Keita Baldé, adversaire mais compatriote de Koulibaly n’a pipé mot. J’aurais aimé ponctuer ma toute dernière chronique sur une note positive, mais c'est malheureusement impossible. De toute manière, vous avez bien compris, durant toutes ces années, qu'il ne fallait pas compter sur moi pour enjoliver la dure réalité de l'actualité footballistique italienne. Merci à ceux qui m’ont lu et relu. Quant au père Noël...

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